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A l’heure d’Ebola, du choléra et du Chikungunya : risques sanitaires passés, présents et à venir
François Grünewald & Hugues Maury

Il existe une forte probabilité que, dans les décennies à venir, les dynamiques de propagation épidémique s’accélèrent du fait de la mobilité géographique croissante et accélérée de la population mondiale. Les dynamiques des dernières pandémies sont là pour le prouver. Ainsi, le fait que ces épidémies « nationales » deviennent transfrontalières, qu’elles passent parfois du stade « épidémie » au stade d’alerte « pandémie », voire d’« urgence de santé publique de portée internationale » (USPPI), et que leurs impacts sur l’économie et la sécurité puissent devenir importants, doit faire entrer durablement la santé dans le champ de l’analyse géopolitique.

 Épidémies et pandémies : réflexions sur le risque sanitaire [1]

Les grandes pandémies ne sont pas des phénomènes nouveaux. Certaines font partie de la mémoire collective de l’humanité (peste, choléra, grippe espagnole…) et ont ravagé à plusieurs reprises certaines régions du monde dont l’Europe. L’histoire de ces grandes épidémies est fortement liée à l’augmentation de la mobilité des biens et des personnes, les maladies transportées par les explorateurs et les commerçants (tuberculose, syphilis, rougeole, etc.) ayant eu dès les premiers contacts intercontinentaux des effets dévastateurs sur les populations autochtones. L’impact démographique de ces épidémies sur des régions entières, comme l’Amérique latine et les Caraïbes, en a d’ailleurs façonné l’histoire avec la disparition massive des « premiers habitants ».

 

Encadré 1. La peste en Europe

La peste qui s’était répandue au début du Moyen Age dans toute l’Europe avait ensuite disparu aussi bien en Occident qu’en Orient. En 1346, après six siècles d’absence, elle a resurgi dans la région de la mer Noire. L’affrontement entre Mongols et Génois à Constantinople entraîna la contamination de populations qui, dans leur fuite, amenèrent le bacille de Yersin à Messine, puis à Marseille par l’intermédiaire de galères qui débarquèrent en novembre 1347. La peste atteignit Paris en juin 1348 puis toucha le sud de la Grande-Bretagne et la Flandre. Du monde musulman à l’Europe occidentale, la peste décima alors les populations et fragilisa les structures sociales, faisant disparaître en quelques mois, entre un tiers et la moitié de la population européenne. Une estimation plus précise est difficile car seuls les registres de baptêmes et des enterrements permettent de prendre la mesure du désastre mais tous les calculs aboutissent à un minimum de 40 % de décès dans chaque village. Du point de vue économique, les conséquences de la peste furent très graves. Faute d’hommes, la production fut totalement désorganisée. Les champs furent laissés en friche et des villages entiers se retrouvèrent abandonnés. Il faudra attendre la seconde moitié du XVe siècle pour que l’impact du fléau soit en partie résorbé.


[1] Le présent article fait suite à une première publication sur les « Hots spots » (http://www.urd.org/IMG/pdf/DiploHS04.pdf) et diverses évaluations sur Haïti couvrant notamment la réponse au choléra. Il contient des éléments d’une recherche multidisciplinaire sur les risques non intentionnels futurs menée en 2010.