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Accord de paix en Colombie : début d’une nouvelle crise ou scénario pragmatique pour le changement ?
Gabriel Rojas

Cet article a été écrit avant que ne soit connu le résultat du référendum visant à accepter ou rejeter l’accord de pays en Colombie. Maintenant qu’il est clair que les partisans du « non » ont gagné avec seulement six cents voix d’avance et que le gouvernement colombien est confronté à un énorme problème de légitimité par rapport au processus de paix avec les rebelles FARC, le contenu de de document n’en demeure pas moins pertinent. Cet article présente en effet les principaux arguments actuellement discutés entre les deux camps. Il indique également les alternatives susceptibles de réconcilier les différentes positions de manière à préserver l’accord et à poursuivre le complexe processus de paix.

 Un pays divisé

En septembre 2016, les Colombiens ont dû lire les 297 pages les plus importantes de leur vie. C’est en effet la longueur de l’Accord de paix obtenu par le gouvernement du président Santos et les représentants des FARC-EP [1] à La Havane (Cuba) après quatre années de négociations. Dans un pays où les gens lisent en moyenne moins de deux livres par an, la tâche est monumentale [2]. Il s’agit toutefois de la lecture la plus importante depuis un demi-siècle car, après cinquante-deux ans de conflit armé, 266.000 morts, plus de sept millions de déplacés internes et 46.000 personnes disparues [3], la Colombie a finalement la possibilité de mettre un terme à la confrontation armée avec le plus vieux mouvement de guérilla du monde occidental.

Pour les Colombiens, la dernière étape avant l’approbation de l’Accord est un référendum : un mécanisme de participation directe prévu par la Constitution colombienne pour permettre au peuple de voter sur une décision politique fondamentale prise par le pouvoir exécutif [4]. Un tel mécanisme cherche à donner une légitimité à l’Accord de paix à travers une simple question : « Soutenez-vous l’Accord mettant fin au conflit armé et construisant une paix stable et durable ? » [5]

Pour les Colombiens, la réponse n’est pas aussi évidente qu’elle pourrait le sembler, malgré les aspects positifs du processus de paix :

1. L’Accord a reçu le soutien du Conseil de sécurité de l’ONU, qui vérifiera et suivra le cessez-le-feu bilatéral de même qu’il supervisera la démobilisation des combattants. L’UNICEF et la Croix-Rouge fourniront une assistance aux enfants soldats.

2. De plus, des gouvernements aussi divers que ceux des États-Unis, de Cuba, du Venezuela et de la Norvège ont été impliqués de façon active dans les négociations et sont engagés dans la réussite de la mise en œuvre de l’Accord.

3. Le modèle de justice de transition qui sera mis en œuvre après la signature de l’Accord est une proposition innovante (célébrée par la Cour pénale internationale) [6] qui s’inspire des expériences de conflit à travers le monde pour satisfaire les droits des victimes et demander aux criminels de rendre des comptes grâce à des sanctions alternatives et réparatrices.

4. Le contenu de l’Accord entre les deux parties comprend des changements structuraux pour satisfaire les droits élémentaires et sociaux du peuple colombien (en particulier, la répartition des terres et la participation politique).

5. Enfin, et comme mentionné précédemment, le contenu de l’Accord sera soumis à la Nation sous la forme d’un référendum le 2 octobre 2016.


[1] Forces armées révolutionnaires de Colombie – L’armée du peuple (en espagnol).

[2] Chiffres officiels du Département administratif national des statistiques (DANE en espagnol), disponibles dans l’enquête de consommation culturelle 2014 : http://www.dane.gov.co/files/investigaciones/eccultulral/presentacion_ecc_2014.pdf

[3] Chiffres officiels provenant du Registro Único de Víctimas. Disponible sur l’Unidad de Victimas : http://rni.unidadvictimas.gov.co/RUV

[4] Constitution politique de la Colombie. Art. 103. Loi 134/1994.

[5] J’ai traduit la question formulée par le gouvernement de Santos le 30 août 2016 sur ordre de la Cour constitutionnelle, après accord du Sénat. En espagnol, la question est la suivante : « ¿Apoya usted el acuerdo final para la terminación del conflicto y la construcción de una paz estable y duradera ? ». Disponible sur Portafolio : http://www.portafolio.co/economia/gobierno/pregunta-del-plebiscito-para-la-paz-499968.

[6] Selon la déclaration du procureur de la CPI, Fatou Bensouda, sur la conclusion des négociations de paix entre le gouvernement de Colombie et les Formes armées révolutionnaires de Colombie – L’armée du peuple : « L’importance cruciale d’une véritable redevabilité – qui, par définition, inclut une sanction effective – pour nourrir une paix durable ne saurait être exagérée. En tant qu’État partie au Statut de Rome de la Cour pénale internationale, la Colombie a reconnu que les crimes graves menacent la paix, la sécurité et le bien-être du monde, et a exprimé sa détermination à mettre un terme à l’impunité des criminels, contribuant ainsi à la prévention de pareils crimes. Je note avec satisfaction que le texte final de l’Accord de paix exclut les amnisties et les pardons pour les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité relevant du statut de Rome ». Disponible sur : https://www.icc-cpi.int//Pages/item.aspx?name=160901-otp-stat-colombia.