Accueil | Publications | Humanitaires en mouvement | Humanitaires en mouvement n°4 | Afghanistan : chronique d’un échec annoncé

La revue du Groupe URD

Outils et méthodes

CHS Norme humanitaire fondamentale (CHS)
Pictogrammme Sigmah Logiciel Sigmah
Pictogrammme Reaching Resilience

Reaching Resilience
Pictogrammme brochure Formation Environnement
Pictogrammme brochure Manuel participation
Pictogrammme COMPAS Méthode COMPAS
Pictogrammme globe terrestre "Mission Qualité"
Pictogrammme PRECIS Humatem Méthode PRECIS

Afghanistan : chronique d’un échec annoncé
Laurent Saillard

Au lendemain de la chute des Talibans la guerre semblait pratiquement gagnée. Huit ans plus tard, le spectre de la défaite hante les esprits. Pourquoi ? Entre postulats de départ erronés et choix tactiques aux effets dévastateurs, l’Afghanistan est aujourd’hui au bord du gouffre, au bord d’une nouvelle guerre civile.

Dans son traité sur la Guerre, Carl Von Clausewitz écrivait : « La guerre n’est pas un acte politique en soi, mais plutôt un instrument, le prolongement d’une démarche politique, une autre façon de poursuivre un même objectif par d’autres moyens ». Si dans le cadre d’une guerre conventionnelle, comme celles que connu l’Europe au cours des 19ème et 20ème siècles, cette définition conserve tout son sens, il semblerait cependant que dans le cadre d’une guerre comme celle qui fait rage aujourd’hui en Afghanistan, l’un des théâtres majeurs de la guerre globale contre le « terrorisme » (bien qu’aujourd’hui on ne parle plus de GWT : Global War on Terrorism mais de COIN : Counter Insurgency), la guerre obéisse à d’autres règles qui, à défaut de servir un agenda politique précis, crées un vide que rien ne vient combler d’autre que la désillusion, le rejet et le spectre d’un cuisant échec politique pour un Occident qui croit encore à l’universalité de ses valeurs.

Au lendemain des attaques du 11 septembre 2001, le monde entier semblait approuver l’intervention de l’armée américaine et sa croisade contre le terrorisme, al Qaeda et les Talibans. La population afghane, dans sa très large majorité, accueillait à bras ouverts les forces armées étrangères et voyait en ses fiers soldats des libérateurs. Les Talibans, très vite, n’ont plus représenté qu’un petit groupe d’irréductibles en déroute, réfugiés dans les tréfonds de la zone tribale entre l’Afghanistan et le Pakistan. En 2002, les combats n’affectaient guère plus que 10% du territoire, la victoire semblait alors imminente.

Huit ans plus tard, les forces armées internationales, environ 100 000 hommes provenant de 41 nations différentes, se battent toujours en Afghanistan et, malgré leur indiscutable suprématie technologique, s’embourbent et se dirigent tranquillement vers ce qui ressemble de plus en plus à une défaite, si ce n’est militaire, du moins politique. Il peut paraître péremptoire d’avancer une telle affirmation. Pourtant, le constat est là, terrible, pénible. Après huit ans de lutte, non seulement l’opposition armée n’a pas été vaincue, anéantie, mais encore a-t-elle progressé au point de représenter une menace sérieuse sur plus de 60% du territoire, de perturber le développement économique, de défier l’autorité gouvernementale et d’infliger des pertes quotidiennes aux forces armées afghanes et internationales. L’avenir paraît si sombre que bien des Afghans tentent de fuir leur pays par tous les moyens. La désillusion est si grande que bien des Afghans regrettent le temps des soviets. Comment les nations occidentales, qui disposaient de nombreux atouts stratégiques, ont-elles pu se fourvoyer à ce point ?