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Améliorer la qualité des diagnostics
Véronique de Geoffroy - François Grünewald

 

 Recommandations par phase du processus de financement

 

  • Lors du diagnostic des besoins :

5. Il s’agit à ce stade de garantir l’implication adéquate des autorités locales et des populations et de privilégier, dès que possible, les approches participatives. Il faut néanmoins aussi accepter que cette approche participative ouvre des « Boites de Pandore » dont il s’agit d’accepter la dynamique potentiellement surprenante et termes d’identification des besoins de nature parfois inattendue et éventuellement en dehors des standards préétablis.

6. Par ailleurs, cette étape cruciale nécessite une approche pluridisciplinaire et devrait, autant que faire se peut, être conduite par des équipes mixtes, composées d’individus venant de plusieurs institutions pour tenter de contrer le biais de l’offer-driven.

7. L’analyse des besoins humanitaires n’est plus, dès lors, un simple exercice de collecte d’information mais plutôt une analyse des vulnérabilités et des risques basée sur une lecture nécessairement multidimensionnelle des situations.

8. L’adaptation à des changements de la nature, et de l’ampleur des besoins au fur et à mesure que les situations elles-mêmes changent, est un des enjeux les plus importants de l’action humanitaire, tant face aux crises qui tendent à devenir durables après le pic de l’urgence, que face aux processus complexes qui accompagnent la lente et fragile marche vers la sortie de crise.

9. Il est urgent de mieux prendre en compte les indicateurs d’alerte précoce, afin de déclencher des actions de mitigation dès que possible, actions beaucoup moins chères en termes de souffrance et d’argent.

10. Enfin, il ne faudrait pas que la qualité des diagnostics disponibles entraîne un sous-financement des situations où ces derniers sont plus difficiles à réaliser (Tchétchénie versus Tsunami).

 

  • Lors de l’estimation des ressources nécessaires

11. Il serait utile d’imaginer un mécanisme permettant de suivre, en temps réel, les transferts de fonds privés en réponse à une crise afin que les ressources publiques puissent compléter si nécessaire et ré-allouer les ressources là où les besoins sont les moins couverts.

12. Le pouvoir des media est tel sur ces questions de financement à hauteur des besoins que la réflexion en cours dans le cadre de la GHD doit nécessairement prendre en compte l’articulation avec le rôle des média. Des mécanismes pour assurer une meilleure couverture médiatique des crises oubliées, un soutien aux media locaux, une plus grande attention au discours véhiculé sur les ‘victimes’, sont autant de sujets de première importance qui pourraient faire l’objet d’une stratégie innovante pour améliorer la collaboration entre les media, les acteurs humanitaires, les bailleurs de fonds et les populations bénéficiaires.

13. On ne peut pas compter sur une formule mathématique qui calculerait automatiquement le coût de la réponse à des besoins déterminés et permettrait des comparaisons de coûts entre crises. Les tentations dans ce sens, bien compréhensibles, nous semblent même dangereuses et risquerait de conduire à de fausses interprétations. L’estimation des ressources nécessaires, comme le diagnostic des besoins, est un exercice nécessairement contextuel. Les projets faits rapidement, dans l’urgence, pour accéder aux fonds, mériteraient souvent d’être révisés dans un deuxième temps.

  • Pour l’allocation des ressources

14. Comme les besoins humanitaires fluctuent d’une année à une autre, il est important de s’assurer que le financement est disponible par avance et de façon prévisible pour répondre aux crises prolongées où les besoins sont souvent connus en avance. Dans l’éventualité d’une urgence de grande échelle ou lorsque la multiplication des crises de taille petite à moyenne submerge le montant des ressources planifiées, les bailleurs doivent être prêts à mobiliser des ressources supplémentaires. Les fonds de contingence sont essentiels pour assurer la réactivité de mobilisation des ressources et le bon « timing » des opérations.

15. La proposition de la GHDI visant à créer un cadre à l’intérieur duquel les fonds sont alloués de façon transparente et soumise à l’examen public, sur la base des hypothèses faites, des sources d’informations et des critères de sélection est une excellente idée. Un tel cadre constituerait une étape dans la bonne direction vers des décisions plus responsables en matière d’allocation des ressources.

16. Il est essentiel que les allocations de fonds soient protégées des tentations de rendre l’aide conditionnelle ou de l’utiliser à des fins politiques ou médiatiques. Pour cela, les principes fondamentaux de l’action humanitaire (indépendance, impartialité, neutralité) devraient être plus largement connus au sein des agences des bailleurs et de ceux qui peuvent les influencer, comme les politiciens et le grand public.

 

  • Pour les mécanismes de suivi et d’évaluation

17. Comme les besoins évoluent souvent, les bailleurs devraient permettre ou encourager que les diagnostics soient régulièrement mis à jour (peut-être avec un budget ad-hoc à cet effet) de façon à ce que les projets puissent être réajustés. Le concept d’Observatoire de l’Action Humanitaire [3] devrait être développé plus avant.

18. Les évaluations ne devraient pas être seulement une vérification de ce qu’un projet est conforme aux standards pré-établis mais devraient évaluer de façon systématique la réponse des besoins des populations et utiliser des méthodes participatives.

19. L’efficacité et l’efficience seules ne sont pas suffisantes pour décider si le financement a été approprié ou non. Il est nécessaire de prendre en compte une diversité de critères, y compris l’existence/persistence des besoins humanitaires. En tant que tel, le Principe 6 de la GHDI pourrait être un critère d’évaluation approprié.

20. Si les bailleurs veulent garantir la pertinence de leur financement, ils devraient soutenir l’apprentissage à partir du terrain et aller au-delà de la seule redevabilité vers « la responsabilité de fournir une aide de qualité ». Il est important qu’ils soutiennent une analyse stratégique et une évaluation régulière de l’aide durant la mise en œuvre des projets.

 

Véronique de Geoffroy, directrice des opérations, Groupe URD
François Grünewald, directeur général et scientifique, Groupe URD


[3] Tels que l’AREU en Afghanistan ou d’autres types d’observatoires et d’approches similaires y compris celles testées par le Groupe URD dans différents contextes (Amérique Centrale après l’Ouragan Mitch, Afghanistan, Golfe de Guinée et en cours de mise en place au Tchad).

En savoir plus

GHDI - Principe 6 , en anglais