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La revue du Groupe URD

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Claire Pirotte
Présidente actuelle du Groupe URD - Médecin, ayant notamment beaucoup travaillé pour Médecins sans Frontières

Claire Pirotte
Présidente actuelle du Groupe URD,
Médecin, ayant notamment beaucoup travaillé pour Médecins sans Frontières

En tant que co-fondatrice du Groupe URD, et présidente du Groupe URD, quels sont les temps forts qui ont pour vous marqués cette aventure ?

En 1993, l’idée de constituer le Groupe URD a germé lorsque j’ai rejoint le Comité français de solidarité internationale (Comité Français Contre la Faim) pour développer la recherche sur les enjeux du LRRD (lien urgence-réhabilitation-développement).
A l’époque, les ONG d’urgence et de développement n’avaient aucun contact, il s’agissait de deux mondes étanches. Elles n’avaient pas le même profil, pas les mêmes temps d’actions, ni la même philosophie. J’avais fait à la fois des missions d’urgence et de développement, et j’avais le pressentiment qu’il fallait lier les deux.
En 1993/1994, nous avons donc constitué un groupe de dialogue et d’échange, composé de 10 ONG d’urgence et de 10 ONG de développement. Nous cherchions ainsi à comprendre nos différences, en faisant le point tous les 10 mois. Ces réunions permettraient de voir si nous étions vraiment trop différents ou si au contraire il y avait des opportunités.

Nous avons alors rédigé un rapport présentant 6 grandes différences entre ces deux mondes (cf : Entre Urgence et Développement). Plusieurs notions centrales étaient présentées dans ce rapport : la notion du temps (les urgentistes agissent vite, les développeurs prennent leur temps) ; les questions de gratuité ou de prise en charge (gratuité pour l’urgence, tandis que les développeurs tendent vers le recouvrement des coûts) ; action spécifique ou globale ; la relation à l’individu ou au groupe (alors que la phase d’urgence se focalise sur l’aspect médical, celle de développement s’intéresse à l’individu dans son groupe social) ; les relations avec les pouvoirs publics locaux et les relations avec les organisations locales.

Nous nous sommes rendu compte qu’il y avait une telle matière à développer qu’il ne fallait pas se séparer, d’autant plus que nous avions affaire aux mêmes groupes de populations. À ce moment, François Grünewald et moi-même n’opérions plus dans le cadre du CFSI, mais dans le cadre d’une association, qui deviendrait le Groupe URD dans sa forme actuelle. Nous travaillions en freelance, et avons publié le livre Entre urgence et développement, pratiques humanitaires en questions en 1997, aux éditions Karthala. L’éditeur avait besoin d’un correspondant juridique. Nous nous sommes alors constitués en association loi de 1901.

Nous avions des définitions différentes du mot crise. La crise n’est pas un coup de tonnerre dans un ciel serein. Il y a toujours des signes avant-coureurs. Il existe une période post-crise qui est au moins aussi importante à gérer car elle conditionne le futur. Les guichets aide/développement étaient complètement séparés, ce qui posait problème car quand les urgentistes s’en allaient, il était impossible de passer à la phase de réhabilitation.

A cette époque, les travaux du Groupe URD se concentraient uniquement sur la problématique du LRRD. Les travaux du livre avaient acquis un peu de notoriété. La sortie d’un ouvrage collectif, fruit de 30 contributions différentes a renforcé notre légitimité. Cette démarche était unique et pionnière, il n’existait auparavant aucun lien entre l’urgence et le développement. François avait quant à lui quitté le CICR, et s’ést mis en freelance comme expert libéral, afin de réaliser des missions pour le Groupe URD. Les premières évaluations ont alors démarré.

Nous voulions simplement prouver nos idées et essayer d’influencer les pratiques humanitaires. Notre démarche était entièrement bénévole. Nous écrivions des projets de recherche et nous nous battions pour les mettre en œuvre. Par la suite, François et moi-même avons commencé à dispenser des cours. Le Groupe URD a ensuite été sollicité par le gouvernement pour faire partie de la Commission de Coopération au Développement et par ECHO, qui se structurait davantage à ce moment. Notre voix avait de l’influence car nous étions spécialisés sur le sujet. Dans les milieux anglo-saxons, les ONG étaient moins scindées entre urgence et développement, mais malgré tout ne coopéraient pas.

Les premiers fonds étaient le produit des activités, et nous ont permis de financer la photocopieuse et le téléphone. Puis nous avons reçu un tout petit financement du ministère français des affaires étrangères. En 1997, lors de l’arrivée des emplois jeunes sur le marché, nous en avions deux. Nous nous sommes installés à Plaisians cette même année, et la « Fontaine des Marins » est devenu le siège de l’association.

Un autre grand temps fort fût pour moi le lancement du projet Qualité et les débats très vifs autour des questions de Qualité, dès le développement du programme SPHERE. Dès le départ, nous nous sommes positionnés contre. C’était le moment de développer autre chose. Tout au long de notre histoire, nous avons toujours été réactifs par rapport à ce qu’il se passait, mais aussi parfois anticipateurs. Nous allions souvent à l’encontre des idées reçues, qui montraient leurs limites mais n’étaient pas pour autant revues.

Je pense que le Groupe URD est à la fois un poil à gratter et un phare dans la brume. En ce qui concerne la qualité, nous avons été poil à gratter. Nous nous sommes battus contre la nouvelle tendance de la standardisation impulsée par les ONG anglo-saxonnes. Ce fut difficile car leurs financements étaient bien plus élevés que les nôtres. Le projet SPHERE aurait pu devenir la norme pour tout le monde. Après quatre années de recherche opérationnelle sur la qualité dans l’action humanitaire, analysant différents types de crises et l’ensemble des secteurs d’interventions, nous avons développé le COMPAS Qualité. Bien que cet outil ait été reconnu comme opérationnel, il n’a jamais réellement été appliqué.
Mais nous avons aussi été un phare dans la brume, car nous avons permis à beaucoup de gens de concevoir leur action de manière différente. Nos idées ont permis d’aboutir à une évolution des pratiques. Nous nous sommes positionnés très concrètement sur le terrain.

Aujourd’hui, 20 ans après, le Groupe URD a atteint une certaine maturité. Il est toujours dans la bagarre, toujours très vivant. Un directeur d’ONG ayant 20 ans de pratique, ce n’est pas négligeable. Composé de trois personnes très stables, le noyau de base est resté soudé, ce qui est très rare dans les ONG. Il n’y a jamais eu de disputes ayant mis en péril l’existence du Groupe URD, ni de lutte de pouvoir ou de dissension quant à la stratégie.

Les défis restent les mêmes : nous nous battons contre l’inertie. Nous sommes mieux reconnus, disposons de plus de moyens, mais le fond du problème n’est pas le même. Nous avons réussi à conserver la même stratégie, sans virer vers le consulting privé ou l’institut de formation. Le champ de l’humanitaire s’est restreint. Nos thématiques de recherche ont changé car nous nous sommes adaptés à un monde qui a évolué (environnement, sécurité, etc).

Dans 20 ans, je pense que les organisations comme le Groupe URD auront un rôle accru. Il faut toujours quelqu’un qui ait du recul sur une situation pour pouvoir l’analyser. Lorsque nous sommes opérateur, nous n’avons plus ce recul. Or cela est d’autant plus nécessaire dès lors que les crises se complexifient…

Quand nous nous sommes installés dans la Drôme, tout le monde nous a dit que nous étions fous. C’était l’époque avant internet et la ligne de TGV reliant Paris à Marseille. Pour écrire le livre, je recevais les disquettes par la poste, ce qui ne nous a pas empêché de continuer. Dans toutes nos orientations, nous ne nous sommes jamais trompés. Maintenant tout le monde nous envie d’être en milieu rural. Si je devais nous définir, je parlerais « d’innovation bien argumentée ».

Les nouvelles problématiques sont plus généralisées. Elles ne se posent pas simplement dans le domaine de l’humanitaire, mais aussi dans d’autres domaines de la vie. Le secteur humanitaire ne fait que refléter ces crises (crises économiques par exemple).

Pour finir, je retiendrai en vrac quelques autres temps forts de mon expérience au Groupe URD : la sortie du Compas Qualité, l’emploi du 10ème salarié, ’ouverture du premier Observatoire (Kaboul) ou encore le projet DG ECHO INSPIRE.