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Cygnes noirs et principe de Pareto : se préparer à l’imprévisible
François Grünewald

L’analyse des scénarios du futur montre que l’apparition des phénomènes imprévisibles, rares et violents, dits « cygnes noirs », reste plus que probable. La planète est en effet confrontée à une multiplication d’événements de plus en plus dévastateurs, qui sortent des données statistiques du passé, et sont là pour nous rappeler à la fois notre vulnérabilité face aux phénomènes météorologiques extrêmes et la faiblesse de nos modèles prédictifs face à ce qui est inconnu. Dans le cadre d’une approche globale prospective, la réflexion sur les « cygnes noirs » est souvent une priorité de deuxième, voire de troisième rang. Or, étant donné l’importance de leurs impacts sur des populations et sur des économies fragiles, ils doivent être au cœur de la réflexion sur les procédures d’anticipation, de prévention, de prévision et de préparation, dans un nombre croissant de régions du monde.

La réflexion internationale [1] sur les aléas encore non connus ou à probabilité extrêmement faible mais à impact majeur – les fameux « cygnes noirs » (black swans en anglais) – en est encore à ses balbutiements du fait de la rareté de ces évènements et de celle concomitante des données statistiques qui les concernent. Les premières réflexions stratégiques se sont inspirées du principe de Pareto (également connu sous le nom de loi des 80-20) qui théorise un phénomène constaté dans de nombreux secteurs : environ 80 % des effets sont le produit de 20 % des causes. Sortir de la courbe de Pareto oblige à regarder ces évènements très rares, mais qui peuvent avoir un effet d’ampleur inconnue. Les questionnements de Nassim Nicholas Taleb – résumés dans son livre provocateur mais ô combien salutaire Le cygne noir : la puissance de l’imprévisible – relancent les débats sur l’utilisation des statistiques, l’adaptation de leurs modèles sous-jacents et les difficultés de prédire l’incertain sur la base des analyses fréquentielles des données du passé. Les réflexions fascinantes telles que la théorie des catastrophes de René Thom ou les travaux sur les phénomènes fractaux ou chaotiques, mais aussi les recherches sur les méthodes prospectives et sur la base des travaux de scénarii, apportent un ancrage théorique complémentaire pour aborder la question des « cygnes noirs ».

Les travaux sur l’impact à venir du changement climatique et l’incertitude quant à l’impact de phénomènes comme le dégel des permafrosts en Sibérie commencent tout juste à produire les premiers modèles prédictifs. Ceux-ci nous obligent justement à sortir de la courbe de Pareto et à s’intéresser aux parties de la courbe à très faible fréquence qui sont souvent mises de côté. Le dernier rapport du Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat (GIEC) [2] sur la gestion des risques d’événements extrêmes et des catastrophes pour progresser dans l’adaptation climatique est en cela très alarmiste. Avec l’accroissement de la température moyenne de près de 1°C au cours du siècle dernier, des changements radicaux commencent à être observés. La planète est en effet confrontée à une multiplication d’événements de plus en plus dévastateurs et qui sortent des données statistiques du passé. Les vagues de sécheresse de plus en plus fréquentes qui touchent régulièrement la corne de l’Afrique, le Sahel, mais aussi l’Australie et la côte sud des États-Unis, et sont souvent accompagnées d’incendies de forêts de grande ampleur, ou encore les cyclones ou pluies torrentielles qui affectent régulièrement les tropiques, la multiplication des tornades dévastatrices aux États-Unis, mais également les inondations qui frappent de plus en plus souvent l’Europe, et notamment le sud-est de la France, sont là pour nous rappeler à la fois notre vulnérabilité face aux phénomènes météorologiques extrêmes et la faiblesse de nos modèles prédictifs face à ce qui est inconnu.

Les nombreuses précautions méthodologiques (voir tableau ci-dessous [3]) rappellent notamment que plus un évènement est extrême et donc rare, moins il existe de données le concernant, et par conséquent plus l’analyse fréquentielle ex-post et la construction de modèles sont difficiles.

 

Tableau

[1] Voir notamment les travaux de Didier Sornette, sur les prédictions des évènements catastrophiques : http://www.ffsa.fr/webffsa/risques.nsf/b724c3eb326a8defc12572290050915b/0e7a2ea7d30774f7c12573ec0042ec93/$FILE/Risques_50_0026.htm et ceux de Anis Borchani sur les Statistiques des valeurs extrêmes dans le cas de lois discrètes : http://hal.archives-ouvertes.fr/docs/00/57/25/59/PDF/10009.pdf

[2] Site du Intergovernmtal Panel on Climate Change (IPCP) : http://www.ipcc.ch
http://www.developpement-durable.gouv.fr/-GIEC-et-expertise-climatique-.html
Site Internet MICE (Modelling de Change of climate extremes) : http://www.cru.uea.ac.uk/projects/mice/html/extremes.html
Site Internet IMFREX : http://medias1.mediasfrance.org/imfrex/web/
Site Internet regroupant des statistiques sur les évènements extrêmes : http://www.isse.ucar.edu/extremevalues/extreme.html

[3] Adapté de différents travaux sur la gestion de crise en entreprise.