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Humanitaires en mouvement n°17, N° spécial " Sommet humanitaire mondial "

Désintermédiation : le futur de l’aide dans un monde numérique ?
Ian Gray

Le prochain Sommet humanitaire mondial se veut une tentative pour apporter du changement au sein du système humanitaire. Toutefois, avec ou sans ce Sommet, les fondations d’un changement complet sont déjà en place. Quelles sont ces fondations et comment changeront-elles les modèles actuels de la réponse humanitaire ?

 Qu’est-ce que la désintermédiation numérique disruptive ?

J’ai récemment reçu via Tweeter l’image d’une présentation donnée par IBM à des acteurs humanitaires. Celle-ci listait un certain nombre d’entreprises qui modifiaient différents secteurs industriels au moyen d’une désintermédiation numérique, dont Uber (taxis), AirBnB (hôtellerie), Skype (télécommunications), Alibaba (commerce de détail) et Netflix (cinéma). L’hypothèse avancée était que le secteur humanitaire lui-même pourrait être bouleversé et « désintermédié ». Est-ce véritablement possible ?

Tout d’abord, qu’est-ce que la désintermédiation ? Concrètement, c’est le fait de « supprimer les intermédiaires » dans une chaîne de valeur. Les organisations humanitaires sont invariablement des « intermédiaires » puisqu’elles transfèrent des valeurs d’une entité (les bailleurs et soutiens) à une autre (les communautés affectées par une crise). Ce transfert prend le plus souvent une forme monétaire mais il peut aussi se faire sous forme de savoir-faire, d’accès à des réseaux, des connaissances et des partenariats. La désintermédiation numérique supprime les intermédiaires en utilisant des technologies numériques.

Ensuite, qu’est-ce que la « disruption » ? L’utilisation du terme dans le secteur privé a été porté à la connaissance du grand public par Clayton Christensen, professeur à la Harvard Business School, qui a utilisé le terme dans un article fondateur, Disruptive technologies : Catching the wave (Les technologies disruptives : prendre la vague), publié en 1995 par la Harvard Business Review [1], article qui a été suivi par son livre, Le Dilemme de l’innovateur (1997) [2]. Dans ces travaux, Christensen exposait une théorie basée sur des exemples de jeunes entreprises innovantes qui bouleversaient le milieu des acteurs plus traditionnels de chaque industrie. La question qui demeure est de savoir si le secteur humanitaire est l’une de ces « industries » traditionnelles susceptibles d’accueillir une innovation disruptive, en particulier sous la forme d’une désintermédiation numérique, que nous désignerons désormais comme D3 (acronyme de l’expression anglaise Disruptive Digital Disintermediation).

J’utilise souvent la phrase « Si vous pouvez le numériser, alors vous pouvez supprimer des intermédiaires », et bien qu’elle soit excessivement simpliste, elle constitue une bonne règle générale. Une heuristique tout aussi simpliste consiste à voir la réponse humanitaire comme ce qui couvre trois domaines : les populations, les objets et l’argent. Par conséquent, il peut être intéressant d’utiliser cette simplification extrême de manière à souligner comment les composantes de D3 sont déjà en place pour chacun de ces domaines.


[1] Bower, J. L. et Christensen, C. L. (1995), ‘Disruptive Technologies : Catching the Wave,’ Harvard Business Review, January-February Edition 1995, Harvard Business School Publishing, Boston, Massachusetts

[2] Christensen, C. L. (1997) The Innovators Dilemma : When New Technologies Cause Great Firms to Fail, Harvard Business Review Press, Boston, Massachusetts.