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Humanitaires en mouvement n°10, N° spécial " Sahel "

Discours d’ouverture de Mme Alice Martin-Daihirou lors de la conférence "Crise alimentaire en bande sahélienne"
Alice Martin-Daihirou

Mots-clés: Point de vue /

L’insécurité alimentaire et la malnutrition affectent de manière chronique une part importante des populations des pays du Sahel. Ce phénomène a été porté à l’attention de la communauté internationale par des grandes sécheresses et des crises alimentaires qu’elle a surtout connue durant les années 1970 et 1980, et par des perturbations climatiques qui ont énormément affecté les économies ainsi que les écosystèmes de cette région d’Afrique de l’Ouest et Centrale. En 2007, 2008 et 2010, la sous-région a connu les pires inondations depuis plus de 30 ans. En 2005, 2009 et 2011, la sécheresse, et la crise alimentaire et pastorale ont affecté plusieurs pays de la sous-région. La fréquence trop rapprochée des crises ne permet pas aux populations vulnérables de reconstituer les pertes dues à ces phénomènes catastrophiques.

Les systèmes de production et les modes de vie des populations de la sous-région, essentiellement agropastorales, demeurent toujours vulnérables aux aléas climatiques. Ainsi, l’augmentation ces dernières années de phénomènes extrêmes comme les sécheresses, les inondations, la hausse des prix des denrées alimentaires, les invasions acridiennes et les épidémies compromettent les efforts déployés par les gouvernements de ces pays pour l’atteinte des Objectifs du Millénaire pour le Développement.

Au Tchad comme dans les autres pays de la bande sahélienne, la population reste très vulnérable face aux chocs fréquents et exposée à des risques élevés de crises et de catastrophes. Les activités agricoles et pastorales sont largement dépendantes des aléas climatiques qui ont une incidence sur la productivité agricole et la disponibilité en eau pour l’abreuvement des animaux.

A l’échelle du pays, les productions agricoles parviennent difficilement à couvrir de manière adéquate les besoins des populations. A cela s’ajoutent les problèmes de stockage et de gestion des récoltes, le non fonctionnement des marchés, les échanges transfrontaliers informels, l’inefficacité des systèmes de transferts des produits agricoles qui limitent la régularité des approvisionnements des zones structurellement déficitaires de la bande sahélienne.

Malgré la volonté politique affichée des gouvernements et les nombreuses interventions soutenues par les bailleurs de fonds, les agences du système des Nations unies et les ONG, la situation nutritionnelle reste toujours préoccupante. La malnutrition chronique touche plus de 39 % des enfants, 21 % sous sa forme sévère avec des taux dépassant le seuil critique dans beaucoup de pays, surtout dans la bande sahélienne.

La question du changement climatique, des crises alimentaires et nutritionnelles tracasse de nos jours tout le monde, en particulier les scientifiques, les politiques et les acteurs humanitaires et de développement qui multiplient les réunions de haut niveau pour apporter des réponses à cette problématique chronique […]

Dans de nombreux pays, la fin d’une catastrophe annonce souvent la suivante, parce que le premier choc a entamé les capacités de résilience des communautés, souvent par manque de préparation pour répondre aux catastrophes. Il est donc important d’utiliser un vaste arsenal d’outils pour comprendre la nature et la dimension des catastrophes.

Afin d’éviter que des chocs économiques ou des catastrophes ne déclenchent des crises de faim aiguë, la mise en place des systèmes d’alerte rapide et d’analyse de la vulnérabilité est fondamentale pour aider les communautés, les gouvernements et la communauté internationale à prendre les devants pour combattre la faim de manière plus efficace et efficiente, en privilégiant la prévention, la préparation et l’atténuation des effets des catastrophes. Le système d’alerte précoce ou rapide doit impérativement fonctionner et les plans de contingence être mis à jour. Il est clair que les pertes de productivité résultant des catastrophes aggraveront les crises alimentaires et nutritionnelles déjà récurrentes dans cette région très fragile du continent. Ainsi, les options d’adaptation portant sur l’amélioration de la résilience des systèmes agricoles au travers de méthodes et de technologies modernes pour faire face à ces crises, doivent être entreprises.

Il s’agit par exemple de :

  • La redéfinition des calendriers agricoles en jouant sur les dates de semis et le cycle cultural des variétés pour mieux gérer la variabilité pluviométrique ;
  • La mise au point des variétés des semences adaptées au stress hydrique et /ou thermique ;
  • La maîtrise de l’eau et des sols, et la protection des cultures face aux aléas climatiques ;
  • L’irrigation à partir des eaux de surface et eaux souterraines ;
  • L’adoption de méthodes de gestion raisonnée de la fertilité des sols ;
  • Le développement et la diversification des activités génératrices de revenus, telles que la transformation des produits agricoles ;
  • La lutte contre les ennemis de culture et les maladies phytosanitaires ;
  • Le renforcement de la surveillance de l’espace et des animaux ;
  • La constitution de stocks de fourrage et l’ensemencement des pâturages ;
  • L’amélioration des performances zootechniques.

En général, les populations vulnérables ont une bonne maitrise des manifestations de la variabilité et des changements climatiques. Au fur des années, elles ont développé des stratégies de survie ou d’adaptation. De plus en plus, l’assistance alimentaire et non-alimentaire joue un rôle prépondérant pour sauver les vies et renforcer la capacité de résilience des populations vulnérables. Cependant, la question fondamentale demeure : ces stratégies suffiront-elles pour faire face aux effets des catastrophes ? D’où la nécessité de bien évaluer les leçons tirées des précédentes réponses humanitaires et de les mettre en perspective face aux défis à venir ; mais aussi de proposer des outils de préparation et de planification des réponses adaptés, et des stratégies culturellement, socialement et économiquement fondées et efficaces, en tenant compte du lien entre la réponse humanitaire et le développement ; et enfin de combiner les efforts menés durant une situation conjoncturelle aux efforts d’ordre structurels.

 

Alice Martin-Daihirou, Coordinatrice humanitaire par intérim et représentante du Programme Alimentaire Mondial au Tchad.

 

Ce discours a été tenu lors de l’ouverture de la conférence « Crise alimentaire en bande sahélienne : leçons tirées des précédentes réponses humanitaires et mise en perspective face aux défis à venir » organisée par le Groupe URD, avec le soutien de la FAO, le 21 mars 2012 à N’Djamena.