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Ebola : le coût d’une gouvernance insuffisante en matière de santé
François Grünewald

Il est désormais admis que, malgré son ampleur, la réponse à l’épidémie de fièvre Ebola qu’a connue l’Afrique de l’Ouest en 2014-2015 n’a pas été à la hauteur de la gravité de la situation. Si certains rares acteurs ont néanmoins su tirer les leçons de crises passées, la plupart des institutions internationales qui auraient dû jouer leur rôle de chef de file dans de telles circonstances ont manqué à leur mission en réagissant trop tardivement, trop lentement et de façon insuffisante, augmentant ainsi le coût général des opérations et ne permettant pas d’éviter de trop nombreuses victimes.

A une époque où les ressources de l’aide sont sous pression en raison du grand nombre de crises prolongées et de catastrophes naturelles à la fois régulières, importantes et à déclenchement rapide, il est crucial d’atteindre le meilleur niveau d’efficience possible. En effet, une crise gérée de façon inadéquate au point de devenir incontrôlable engendrera inévitablement des coûts très élevés pour être contenue.

L’objectif de cet article est d’analyser comment une meilleure gestion de l’épidémie de fièvre hémorragique Ebola (FHE) en Afrique de l’Ouest (essentiellement en Guinée, Sierra Leone et au Libéria) pourrait avoir non seulement réduit de façon significative son impact sur la population et sur les systèmes de santé nationaux mais également permis à la communauté de l’aide d’économiser de nombreuses ressources.

Cet article ne prétend pas être une évaluation économique complète de la réponse à l’épidémie 2014-2015 de FHE en Afrique de l’Ouest, ni une évaluation globale de ses différents impacts. Beaucoup de publications et d’évaluations ont été réalisées et contribueront à la compréhension du sujet tout en aidant à identifier des pistes pour que la communauté de l’aide et les autorités nationales puissent avancer et se préparer pour la prochaine épidémie mortelle à haut risque qui se produira inévitablement sans que l’on sache exactement quand. Cette étude souligne simplement le fait que, dans ce type de situation, la capacité à prendre des décisions, l’anticipation, le leadership et le courage sont des éléments essentiels pour une réponse efficace et en temps opportun permettant de garder le contrôle d’une situation dramatique.

Améliorer la réponse à tout risque épidémiologique important signifie concevoir et mettre en œuvre des mécanismes et des systèmes qui rendent possible le fait de contenir rapidement la maladie, l’objectif étant qu’une épidémie ne prenne pas des proportions telle qu’elle devienne incontrôlable ou très chère à contrôler. De précédentes crises ont permis de définir une série d’étapes critiques devant être mises en œuvre pour gérer efficacement les déclenchements d’épidémie. Or, en Afrique de l’Ouest, ces étapes n’ont pas été suivies par les organisations humanitaires, à l’exception de MSF et du système Croix-Rouge.

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Les étapes clés de la réponse Ebola : leçons apprises du passé

Alerte : cela implique qu’au moins un petit nombre d’infrastructures de santé couvrent la zone avec un système d’information sanitaire de base capable de déclencher l’alerte et d’activer rapidement des mécanismes de confirmation ;

Circonscrire et gérer le domaine d’intérêt : cela implique d’identifier les populations, de détecter les cas, de procéder à des enterrements sans risque, d’isoler les victimes et de contrôler les mouvements en se concentrant de façon spécifique sur l’aide aux établissements de santé pour limiter les risques qu’ils ne deviennent des lieux clés de la contamination ;

Traitement (soins pour les patients et soins pour les intervenants) : aucun traitement n’étant pour l’instant disponible, cela signifie renforcer la capacité des patients à combattre la maladie et limiter l’occurrence de maladies supplémentaires susceptibles d’affaiblir davantage les patients ;

Prévenir : communiquer au moyen de messages de santé publique, empêcher que la maladie ne se répande à d’autres pays, et mettre en œuvre des mesures de préparation ;

Garantir un minimum de stabilité systémique : alimentation/nutrition, services de base, relèvement, aide psychosociale, soutien aux systèmes de santé normaux pour éviter qu’ils ne déclinent à cause de l’épidémie Ebola ;

Coordonner : coordonner la réponse et ses différentes composantes, y compris la logistique polyvalente ; Préparer : cela comprend notamment le soutien aux autorités sanitaires nationales au niveau de la surveillance épidémiologique, des systèmes d’alerte et du développement d’une capacité d’intervention rapide ; Réhabiliter le système de santé et aider à ce qu’il retrouve une bonne réputation : il est en effet souvent fortement dépossédé de ses rôles et affaibli à la fin de l’épidémie.