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Eléments de compréhension de la pauvreté chronique en Afghanistan
Johan Pasquet

Un contexte défavorable, des ménages dépourvus de ressources et de biens : quelques clés pour comprendre où vivent et qui sont les plus pauvres. Enquête de terrain dans des régions contrastées d’Afghanistan.

Dans les campagnes reculées d’Afghanistan tout comme dans les villes afghanes en pleine croissance, les plus pauvres vivent dans un dénuement persistant. Souvent difficiles à identifier, ils apparaissent comme les oubliés du processus de reconstruction. Fondé sur des travaux de terrain conduits en 2007 dans quatre provinces contrastées d’Afghanistan [1], cet article vise à analyser les principales causes et les caractéristiques de la pauvreté chronique dans ce pays, examinant à la fois le contexte environnant et l’unité familiale.

 Des conditions défavorables qui aboutissent à des situations de pauvreté chronique

En Afghanistan, les personnes chroniquement pauvres doivent souvent faire face à un contexte défavorable caractérisé par une grande incertitude liée à l’instabilité politique, les conflits armés, l’insécurité foncière (et le risque d’éviction qui en découle), une forte exposition aux catastrophes naturelles, des opportunités d’emploi aléatoires et limitées. Une analyse comparative prouve cependant que les milieux urbains et ruraux influencent de manières différentes la vie des personnes les plus pauvres. En particulier, l’isolement des populations rurales limite fortement leur accès aux marchés, ce qui engendre une économie locale où les flux monétaires sont rares. Pour les afghans les plus démunis, qui dépendent souvent du travail salarié précaire, vivre en ville ou à la campagne change également la donne en termes d’accès à l’emploi : le marché du travail en milieu rural est en effet caractérisé par sa forte saisonnalité tandis que celui des zones urbaines est très concurrentiel. En raison d’une densité démographique plus importante, l’environnement urbain souffre d’une plus forte pression sur les ressources telles que l’eau potable. A Kaboul, le retour actuel de populations déplacées, auquel s’ajoute l’exode rural, accentue cette pression. Dans les campagnes, des conditions agro-écologiques défavorables sont responsables en grande partie des situations de pauvreté. Elles se traduisent notamment par une faible productivité des terres agricoles. Ceci a un impact négatif non seulement sur les revenus des paysans mais aussi sur ceux des foyers les plus pauvres, qui dépendent du travail agricole et dont les salaires varient en conséquence. Finalement, la pauvreté chronique en Afghanistan est éminemment liée à des facteurs historiques et en particulier aux longues années de guerre, responsables de lourdes pertes humaines. De nombreuses familles pauvres ont ainsi perdu l’un de leurs membres ou comptent un ou plusieurs infirmes. Par ailleurs, les longues années de déplacement ont fortement bouleversé leurs moyens d’existence.


[1] Cette étude, menée par le Groupe URD pour le Ministère des Affaires Féminines, JICA et GTZ, visait à mieux comprendre les conditions de vie des femmes chroniquement pauvres et des veuves ayant une famille à charge. Le présent article s’appuie également sur plusieurs travaux de terrain conduits par l’auteur en Afghanistan au cours des trois dernières années. L’analyse découle en outre des diverses publications de AREU dans le domaine socio-économique.