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État des lieux de l’intervention humanitaire en situation post-crise dans les contextes urbains
Béatrice Boyer & Marion Bouchard

Dans les cas de catastrophes ou de conflits en ville, les besoins des populations requièrent une aide d’une ampleur considérable et spécifique face à laquelle le secteur humanitaire est mal préparé. Les vulnérabilités des populations en ville se surajoutent aux déficiences ou fragilités des systèmes et services urbains qui devraient structurer et rendre résilientes les villes. Le Groupe URD interroge ces enjeux d’interventions urbaines post-crise depuis plus de dix ans. Or, suite au séisme de 2010 qui a violemment affecté Port-au-Prince en Haïti, la prise de conscience nécessaire au changement de paradigme humanitaire pour intervenir en milieu urbain s’est accélérée avec un débat qui est désormais à l’œuvre dans nombre d’instances internationales.

La vulnérabilité des villes et des populations urbaines aux risques externes – aléas naturels ou guerres – révèle des usages à risques et des urbanisations mal ou pas du tout maîtrisées. Or, les humanitaires, appelés à jouer un rôle important en phase d’urgence après la crise, se trouvent confrontés aux modalités locales des fonctionnements urbains et de tous les autres acteurs présents et actifs : la société civile locale, les institutions locales et nationales, les différentes structures de l’aide, du développement ou du secteur privé. Ils contribuent aux phases du relèvement et certains amorcent la reconstruction.

L’action humanitaire en ville, limitée dans le temps et par ses mandats, impacte cependant fortement l’après-crise. Or, les difficultés d’opérer selon les mécanismes classiques de l’aide ont amené la communauté internationale - opérationnels comme bailleurs et décideurs - à reconsidérer ses procédés. De nombreux débats et recherches d’amélioration de pratiques pour intervenir en milieu urbain sont ainsi en cours sur le plan international. Cet article en propose un état des lieux.

 Préalable sur le lien entre évolution des urbanisations et évolution des crises

 

“L’urbanisation est une dynamique qui a pratiquement tout changé ;
la manière de penser, l’usage de l’espace public,
le mode de vie, les relations économiques et sociales,
et les modes de production et de consommation." [1]

 

Au siècle dernier, la majorité de la population mondiale était rurale, notamment la plus démunie. Les quelques grandes villes – on en dénombrait 16 de plus d’un million en 1900 –étaient situées dans des pays développés et synonymes de prospérité. Depuis, les villes n’ont cessé de croître de manière exponentielle, en nombre et en taille, et de façon plus ou moins maîtrisée. Ainsi, depuis les années 2000, plus de la moitié de la population mondiale est urbaine et selon les prévisions d’ONU-Habitat, plus de 80 % de la population urbaine vivra dans les pays du Sud en 2030. Caractérisées par la concentration des pouvoirs, elles sont aussi des lieux de densité d’activités : économiques, opportunités d’emploi et d’éducation, ébullition sociétale et culturelle, accès aux services de base et médicaux... Promesses d’un « mieux vivre » pour tous, les villes continuent d’attirer plus rapidement que ne se créent les infrastructures nécessaires à un accueil digne d’où des situations urbaines chaotiques, dangereuses, particulièrement dans les pays du Sud qui concentrent la plupart des mégalopoles (d’une à plusieurs dizaines de millions d’habitants). Entre un tiers et la moitié de ces citadins vivent dans des secteurs urbains informels (bidonvilles) [2].

Les villes n’échappent pas aux crises, elles les provoquent même. Sans détailler l’Histoire des sièges et des catastrophes urbaines, ni l’actualité des guerres actuelles en ville (Ukraine, Syrie, Irak…), force est de constater que nombre de facteurs peuvent engendrer des catastrophes ou des conflits d’intérêts : aléas soudains ou inattendus, changement climatique, proximité de littoraux, rareté des ressources, absence de préventions technologiques, appropriation de territoires ou de richesses… D’après le rapport du Disaster Emergency Committee (« Urban Disaster – lessons from Haïti ») [3], trois à cinq grandes catastrophes urbaines pourraient arriver dans les dix prochaines années.

Différents facteurs concourent à la fragilité des villes et dans le même temps à la gestion de la crise. Quelques-uns sont constitutifs de certaines villes – densité non maîtrisée, absence de sensibilisation au risque des populations et de bâti adapté, déficit institutionnel, déficit législatif de prévention, situation géographique à risques, phénomènes géologiques et climatiques d’ampleur, etc. – ; d’autres sont liés à la crise et à l’insécurité soudaine en ville ou à proximité, avec les déplacements de populations victimes, vers, hors et dans la ville, qui aggravent les désordres créés par la crise elle-même et compliquent la gestion de l’aide.

Les défis de l’intervention d’urgence induits par l’ampleur des impacts d’une crise en ville sont par conséquent à mettre en lien avec l’ampleur des enjeux de la reconstruction.


[1] Extrait de la Déclaration de Medellín, Forum Urbain Mondial de Medellín, avril 2014. Disponible à l’adresse suivante : http://worldurbanforum7.org/Media/Default/PDF/Medell%C3%ADn%20Declaration_%20French.pdf

[2] ALNAP, « Relever le défi urbain. Adapter les efforts humanitaires à un monde urbain. », 2012.

[3] ALNAP, « Relever le défi urbain. Adapter les efforts humanitaires à un monde urbain. », 2012.