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Etude sur Sécurité et aide humanitaire en Haïti
Arnaud Dandoy, Caroline Broudic, Juin 2013

 

En effet, la restauration d’une confiance réciproque devrait privilégier une compréhension fine de la structure et de l’organisation sociale dans les quartiers et privilégier le dialogue afin de mieux gérer les tensions. Or, les approches sécuritaires développées par de nombreuses organisations humanitaires, et particulièrement depuis le séisme, sont plutôt axées sur un principe de confinement qui crée une distance et une défiance entre le personnel et la population locale. Ce principe de confinement est parfois poussé à l’extrême, comme dans le cas de la Base Logistique ou Log Base des Nations-Unies, zone ultrasécurisée à quelques kilomètres de la ville, ou du quartier résidentiel de BelVil, véritable îlot de richesse en plein cœur de Pétionville, où ont élu domicile des représentants de la bourgeoisie haïtienne et de la communauté internationale [3].

De manière plus générale, on peut associer à ce phénomène de ségrégation spatialisée, avec des intensités variables, la bunkerisation des bureaux des organisations internationales ainsi que des résidences de leurs employés expatriés, délimitées par des murs d’enceinte et des barbelés, des agents de sécurité privés qui contrôle l’accès, parfois un mirador qui donne à ces formes architecturales et urbanistiques l’aspect d’espaces militarisés. L’obsession sécuritaire qui règne au sein des organisations internationales justifie également des immixtions arbitraires dans la vie privée des travailleurs humanitaires. Ces architectures défensives se combinent en effet avec l’imposition de règles strictes concernant la vie familiale ainsi que les pratiques de mobilité et de déplacement des travailleurs humanitaires : interdiction de marcher dans la rue, interdiction d’utiliser les transports publics et/ou de conduire, imposition de couvre-feux, impossibilité d’accéder à certaines zones « à risque » de Port-au-Prince, etc.

L’efficacité de ces dispositifs de sécurisation est cependant discutable. Certains de ces dispositifs sécuritaires provoqueraient même l’effet inverse de ceux escomptés, en alimentant le sentiment d’insécurité et entrainant une spirale dérivant toujours plus loin les uns des autres. Cet isolement volontaire de la communauté internationale peut également avoir des impacts négatifs pour ceux laissés en-dehors de ces bulles de sécurité (principe de « déplacement » du crime). Il est intéressant de noter que l’aménagement du territoire et la cohésion sociale sont des enjeux au cœur des politiques des organisations internationales en Haïti. Cependant, rares sont celles qui considèrent leur propre rôle dans la fragmentation sécuritaire des villes et la division sociale.


[3] Ces espaces protégés plus ou moins autonomes sont calqués sur le modèle des « communautés fermées » américaines, décrites notamment par Blakely and Snyder (1997) comme des « quartiers résidentiels dont l’accès est contrôlé, et dans lesquels l’espace public est privatisé. Leurs infrastructures de sécurité, généralement des murs ou grilles et une entrée gardée, protègent contre l’accès des non-résidents. Il peut s’agir de nouveaux quartiers ou de zones plus anciennes qui se sont clôturées, et qui sont localisés dans les zone urbaines et péri-urbaines, dans les zones les plus riches comme les plus pauvres" (Blakely and Snyder, 1997).