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Evaluation d’un programme de développement local dans le Nord-Ouest
Extraits du Rapport final d’évaluation de PM Joassaint et E Balthazar, Mars 2013

Cet article présente des extraits du rapport d’évaluation d’un programme financé par l’Union Européenne (UE) et le FAES intitulé « Programme de renforcement et capitalisation des dynamiques de développement local du Nord-Ouest d’Haïti », mis en place par ID et ADEMA sur la période janvier 2010 à mars 2013. Cette évaluation a été conduite par deux consultants indépendants haïtiens (Pierre-Michel Joassaint et Eric Balthazar) en février/mars 2013 dans le département du Nord-Ouest. Cet article s’inscrit dans la continuité de deux articles publiés dans les Lettres de l’Observatoire n°5 et 6 : « La planification participative en milieu urbain et rural », « Les cyclones et la question des liens urgence-développement ».

1. Résumé de l’action

ID et ADEMA ont démarré une collaboration avec les municipalités de Jean Rabel et de Bombardopolis visant à renforcer les collectivités par la mise en place d’outils de planification stratégique conformément aux décrets de 2006.Cette collaboration s’articule autour d’une approche participative ayant pour but de solliciter la collaboration de tous les acteurs locaux dans le processus de développement et de les responsabiliser dans la prise en charge des actions identifiées et planifiées.

Les premiers financements mobilisés ont permis l’élaboration des plans communaux de développement de la Commune de Bombardopolis (ID et ADEMA) et de Jean Rabel, et Mole Saint Nicolas (ADEMA) entre 2006 et 2009. En vue de capitaliser sur ses expériences, ADEMA a développé un programme de renforcement des collectivités visant à fournir des outils de planification stratégique leur permettant d’exercer leur rôle de gestionnaire privilégié de la commune et de contrôler le développement territorial. Ce programme vise aussi l’exécution de projets issus des plans pour améliorer les conditions socio-économiques de la population locale. Dans le cadre de ce programme démarré en 2010, ID a étendu ses actions dans deux communes du Haut Nord-Ouest : L’ile de la Tortue et Saint Louis du Nord. Des Plans Communaux de Développement (PCD) ont été élaborés. Plusieurs structures prévues par le décret de 2006, notamment les Conseils de Développement Communaux (CDC) et les Conseils de Développement de la Section Communale (CDSC), sont mises en place pour accompagner le processus d’élaboration et de mise en œuvre des plans et faciliter l’implication de la société civile dans le processus de développement.

2. Pertinence de la stratégie

La démarche utilisée par ID et ADEMA dans le cadre de ses interventions dans le Nord-Ouest rentre dans une logique d’actions structurantes permettant d’appuyer un processus de développement par la mobilisation des acteurs locaux. Elle vise deux objectifs majeurs : la planification territoriale des actions de développement avec la participation de toutes les parties prenantes et une mobilisation citoyenne autour du développement des territoires concernés. Cette approche a permis aux collectivités locales de mieux appréhender leur rôle et se doter d’outils de planification stratégique pour une meilleure planification des actions sur leur territoire. Ce processus a permis aussi un rapprochement entre les CASECS, les maires et les acteurs de la société civile qui siègent dans une structure formelle, le CDC, pour discuter du développement de la commune.

Choisir l’élaboration du plan de développement comme élément fédérateur pour mobiliser la communauté locale autour des axes prioritaires de développement constitue une démarche qui va dans le sens opposé des interventions habituelles dans le pays et surtout sur cet espace du territoire où l’aide humanitaire a été le principal axe d’intervention depuis plusieurs décennies. Cette approche incite les structures organisées à passer d’une logique d’assistés à une logique d’acteurs participant au développement de leur communauté. Les investissements consentis dans les communes de Môle Saint Nicolas et Bombardopolis mettent bien en évidence l’importance des investissements viables pour dynamiser l’économie locale en vue d’amorcer un processus de développement porté par les acteurs locaux dans toutes ses composantes.

Cet exercice très participatif a pour mérite de faire ressortir les forces et les faiblesses des communautés et des territoires mais aussi d’initier un changement de paradigme dans l’approche du développement à savoir la mobilisation des ressources locales pour enclencher un vrai processus de changement sur les territoires concernés avec la participation des structures organisées de la société civile. Les autorités locales avec l’appui d’ID et ADEMA se positionnent comme le gestionnaire de leur espace territorial. Toutefois, compte tenu des défaillances de l’Etat dans son rôle d’appui aux collectivités, un processus de renforcement des mairies doit prendre en compte la nécessité de les doter en personnel qualifié pour assurer la maitrise d’ouvrage.

Cette stratégie fait appel enfin à la conjugaison des forces de toutes les catégories d’acteurs et notamment les structures déconcentrées de l’Etat qui doivent venir en appui aux collectivités leur permettant de structurer leur intervention sur le territoire. Il n’en demeure pas moins vrai que l’absence et ou l’insuffisance des services de l’Etat constitue une contrainte majeure à la décentralisation. Cet état de fait a des conséquences négatives sur le bon déroulement du programme. Cependant, si l’approche a la vertu de mobiliser les acteurs autour du processus de développement local, elle crée des attentes énormes au niveau des collectivités et de la société civile en terme d’appui technique, du fait même de l’absence de l’Etat.