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Evaluer l’aide humanitaire en Haïti au prisme de la résilience : premières leçons méthodologiques
Caroline BROUDIC, juin 2012

L’Université d’Etat d’Haïti et l’Université de Tulane (États-Unis) ont développé une méthodologie d’évaluation de l’aide humanitaire à travers la mesure de sept critères de résilience. Il s’agit ainsi d’évaluer la résilience des ménages et de mesurer les effets de l’aide humanitaire sur cette résilience. L’objectif à plus long terme est d’approfondir les outils méthodologiques et de les intégrer plus systématiquement dans les évaluations réalisées à travers le pays.

Le rapport « Évaluation de l’aide humanitaire en Haïti sous l’angle de la résilience » présente les résultats des recherches menées par la Disaster Resilience Leadership Academy (DRLA) de l’Université de Tulane (États-Unis) et par l’Université d’Etat d’Haïti (UEH). La démarche est basée sur le principe que « l’aide humanitaire ne peut être efficace que si elle se fixe deux objectifs : dans l’immédiat, prévenir encore davantage de morts et de souffrance ; et, à plus long terme, améliorer la capacité des communautés locales à répondre à toute future déstabilisation ». Elle consiste ainsi à identifier et analyser les critères de résilience et à mesurer les effets de l’aide humanitaire sur la résilience finale.

 Les principaux résultats de l’évaluation

La résilience est un concept relativement récent dans l’humanitaire, mais dont la référence s’est généralisée en Haïti notamment depuis le séisme du 12 janvier. Cette notion est à présent utilisée par différentes disciplines (psychologie, économie, environnement, santé…), ce qui implique d’en préciser le contenu. La présente étude s’appuie sur la définition suivante de la résilience : « La résilience désigne la capacité d’une communauté victime d’un sinistre à s’organiser, à tirer les leçons des incidences qui en découlent et à transcender leurs effets de telle façon qu’elle en sorte renforcée ».

L’équipe DRLA / UEH a retenu et mesuré 7 critères de résilience au niveau des ménages : 1) Niveau de ressource, 2) Endettement et prêts, 3) Comportements d’adaptation, 4) Capital humain, 5) Réseaux communautaires, 6) Protection et sécurité, 7) Psychosocial. L’étude s’articule autour de trois strates permettant les comparaisons entre les ménages résidant en camps, les ménages résidant hors camps dans les zones affectées par le séisme et les ménages résidant en-dehors des zones affectées. En ce qui concerne les zones directement affectées par le séisme, les scores obtenus pour ces différents critères sont moindres pour les ménages vivant dans les camps que pour ceux vivant en-dehors des camps, à l’exception des réseaux communautaires et du capital humain . Il semblerait ainsi que les personnes déplacées vivant dans les camps aient pu se structurer autour de réseaux communautaires (associations/organisations). Le résultat reflète peut-être davantage une perception qu’une réalité. En effet, le fait d’être déplacé dans un environnement où l’exposition à toutes formes d’insécurité (physique, sanitaire, alimentaire…) est accrue implique de développer de nouvelles formes de liens sociaux. Il apparait donc que les ménages vivant dans les camps étaient mieux au fait de l’existence de ces réseaux communautaires, probablement car ils pouvaient en retirer un bénéfice direct et immédiat. De plus, des structures (comités, associations…) se sont rapidement mises en place dans les camps pour canaliser l’aide humanitaire.

Le critère présentant l’écart le plus important entre ménages résidant dans les camps et hors camps est celui de la santé psycho-sociale. Le stress lié aux conditions de vie dans les camps semble ainsi indiquer que « les effets du séisme sur la santé psychologique des Haïtiens ne se limitent pas aux traumatismes dus au désastre lui-même – l’urgence psycho-sociale perdure, voire s’aggrave encore aujourd’hui, en particulier parmi les résidents des camps ». Ce résultat est important à prendre en compte dans le contexte actuel où le message implicite est de ne plus distinguer les camps des quartiers.

L’étude tente ensuite d’explorer d’une part la perception qu’ont les personnes interrogées de l’aide humanitaire et d’autre part, les effets de celle-ci sur les différents critères de résilience. La conclusion proposée est que « l’aide initiale a répondu aux défis du secours aux personnes, mais que les efforts ultérieurs n’ont pas été couronnés du même succès lorsqu’il s’agissait d’assurer la résilience de la reconstruction ». La critique principale mise en avant dans le rapport est que l’aide humanitaire n’aurait ainsi pas permis de renforcer la résilience des ménages, les besoins à moyen et long terme n’ayant pas été pris en compte. De ce constat découle des recommandations pour que des effets durables soient recherchés dès la phase d’urgence : « [ ] l’aide humanitaire doit se fixer un horizon qui aille au-delà du secours et du soutien aux victimes, pour mieux prendre en compte les racines profondes de la vulnérabilité : qu’il s’agisse de la pauvreté chronique, des inégalités sociales et de la dégradation de l’environnement, etc ».

L’étude préconise également des recommandations méthodologiques pour que les critères de résilience soient intégrés dans un processus continu d’évaluation : « Il est impératif de combler préalablement les lacunes de nos connaissances afin de mieux comprendre et quantifier comment les réseaux communautaires affectent la résilience et le lien entre cette dimension et les autres facteurs de résilience. Il faut également affiner les indicateurs scientifiques au niveau des communautés et de les rendre plus directement opératoires. Pour finir, il serait souhaitable qu’un nombre réduit d’indicateurs d’alerte, issus de la ‘structure de résilience’ ici proposée, soit sélectionné et continuellement évalué ».