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Evictions & Relogement des populations déplacées de Port-au-Prince

En ce début 2012, la population déplacée vivant dans les camps de l’Aire Métropolitaine de Port-au-Prince est estimée à 490 545 personnes, réparties entre 660 sites (470 sur des terrains privés, 178 sur des terrains publics) [1]. Selon les prévisions du IASC [2] et dans l’hypothèse où les engagements pris pour 2012 seraient respectés, il resterait en fin d’année pas moins de 74 405 familles pour lesquelles aucune solution de relogement n’aura été proposée. Partant de l’analyse que les conditions de vie dans les camps de déplacés devraient continuer à se dégrader en raison de la diminution de l’offre de services de base (eau, santé, assainissement), des solutions alternatives sont étudiées et intégrées aux stratégies des différents acteurs impliqués dans les programmes de relocalisation. L’objectif implicite de la stratégie du Gouvernement haïtien est que d’ici à la fin 2012 des solutions durables de logement soient offertes à l’ensemble des personnes vivant aujourd’hui encore dans les camps. Plusieurs initiatives sont ainsi actuellement mises en œuvre dans le cadre de cette politique de relogement. La première se focalise sur les maisons et le bâti, et s’articule autour de trois axes principaux : réparation ou construction de logements permanents, construction d’abris temporaires et subventions au loyer. La deuxième cherche à intégrer le bâti dans le tissu urbain : c’est l’approche logement-quartier développée par UN Habitat et reprise par de nombreux acteurs, dont la Banque Mondiale.

La construction d’abris temporaires, si elle est à ce jour la réponse la plus importante, n’a que marginalement profité aux personnes vivant dans les camps (20% sur les unités distribuées à fin 2011), celles-ci étant majoritairement locataires avant le séisme (78% des personnes déplacées dans les camps rapportent un statut de locataire contre 19% de propriétaires) [3]. Un accent est donc à présent porté sur l’aide locative pour un montant total de 500 USD par famille déplacée (estimation pour une année de loyer).

Le projet gouvernemental pilote 16/6 (16 quartiers / 6 camps), doté d’une enveloppe de 79 millions USD [4], ou encore le programme de relocalisation des populations déplacées du Champ de Mars, financé à hauteur de 20 millions USD par la Coopération Canadienne (CIDA), s’appuient ainsi principalement sur la subvention au loyer comme instrument d’aide au relogement. Si cette option s’inscrit dans une réponse plus globale de reconstruction, il n’en demeure pas moins qu’elle reste contrainte par la capacité locative de l’Aire Métropolitaine de Port-au-Prince. En effet, si 115 000 maisons ont été détruites, 14 000 gravement endommagées et 160 000 modérément endommagées dans les communes affectées suite au séisme [5], celui-ci n’a toutefois fait qu’aggraver un déficit endémique de logements, lequel était estimé à un million d’unités sur l’ensemble du pays (source : Massachusetts Institute of Technology / Banque Mondiale). Il est à noter par ailleurs que le projet 16/6 n’a obtenu à ce jour qu’une allocation partielle (30 millions USD), ce qui ne permet pas de couvrir les dépenses liées notamment à la réhabilitation des quartiers.

Outre ces relocalisations programmées, il convient de mentionner les cas d’évictions forcées, qui accentuent davantage encore la pression sur le stock locatif, mais surtout les risques auxquels sont exposées les populations affectées. Selon l’OIM, depuis juillet 2010, 64 721 personnes ont été expulsées sans aucune contrepartie de 148 camps et la tendance semble s’accentuer depuis le dernier semestre. Près de 100 000 personnes installées dans 176 camps sont ainsi menacées d’éviction, soit près de 20% de la population totale vivant dans les camps, et ce en dépit du fait que les évictions forcées soient proscrites par la loi haïtienne. Les menaces concernent principalement les personnes vivant sur des terrains privés (93% contre 5%).

Dans ce contexte transitoire de fermeture des camps et de reconstruction non encore effective des quartiers, il est essentiel de se doter d’un certain nombre d’outils permettant de s’assurer que l’objectif global d’amélioration des conditions de vie des personnes déplacées à travers la participation communautaire est bien atteint et surtout que la situation humanitaire des populations victimes du séisme (déplacées ou résidentes) ne se dégrade pas. Parmi les questions qui devraient être adressées dans ce contexte transitoire, nous en retiendrons ici cinq :

  • 1) Quel est notre niveau de connaissance des opportunités de relogement des personnes déplacées dans les quartiers ? Il s’agit ici non seulement de la disponibilité en logements, mais aussi de l’accès aux services de base, aux activités économiques et plus largement d’acceptation / intégration des personnes dans les quartiers. Une partie de la réponse à cette question pourrait venir des processus d’énumération participative mis en place dans le cadre de l’approche logement-quartier promus par UN Habitat.
  • 2) Quel est notre niveau de connaissance du profil et de la situation des personnes déplacées vivant aujourd’hui encore dans les camps ?
  • 3)Quels sont les outils de suivi, notamment épidémiologique, mis en place dans les camps et dans les quartiers de retour pour s’assurer que l’arrêt de l’assistance directe (exemple de l’accès à l’eau et à l’assainissement) ne s’accompagne pas d’une dégradation de la situation sanitaire dans les camps et dans les quartiers (risques d’autant plus importants dans un contexte où l’épidémie de choléra est loin d’être maitrisée et au contraire, peut de nouveau se propager au cours de la saison des pluies).
  • 4) Quels sont les indicateurs et les outils de suivi et d’évaluation mis en place pour vérifier que l’objectif, affiché par les programmes de relocalisation, d’« Amélioration des conditions de vie des personnes déplacées à travers une approche participative » est bien respecté.
  • 5) L’échéancier du désengagement de la réponse humanitaire ayant été fixé par le Gouvernement haïtien et les bailleurs de fonds, quels sont les garde-fous / balises mis en place pour s’assurer que cette sortie de programme ne s’accompagne pas d’une dégradation de la situation humanitaire ? Il est par exemple tout à fait envisageable que ce retrait ne se traduise pas par une crise ‘ouverte’ à proprement parlé, mais par une dégradation lancinante de la situation probablement imperceptible à court terme (exposition aux risques environnementaux et sociaux plus importants, insécurité, migrations, moindre accès aux services de santé/éducation, surexploitation des terres…).

Les questions liées à la relocalisation des populations déplacées sont ainsi très étroitement liées à la reconstruction, c’est-à-dire à l’offre de logements, d’infrastructures publiques, à l’accès aux services de base et aux activités économiques dans les quartiers de l’Aire Métropolitaine de Port-au-Prince. Le suivi et l’évaluation des programmes de relocalisation impliquent donc la prise en compte d’indicateurs liés à l’aménagement urbain, sans que les difficultés auxquelles les populations déplacées sont exposées dans les camps soient opposées à celles des populations résidentes dans les quartiers. Il doit au contraire s’inscrire dans une approche plus large de suivi des indicateurs et d’analyse de l’impact du programme de reconstruction, impliquant une compréhension plus globale et holistique.

[1] Source OIM, IASC : « Matrice de suivi du déplacement », Février 2012

[2] Inter-Agency Standing Committee

[3] Ibid

[4] A ce jour, cinq des six camps visés par ce programme 16/6 sont fermés (Place St-Pierre, Place Boyer, Maïs Gâté, Silvio Cator, Canapé Vert).

[5] Banque Mondiale