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Humanitaires en mouvement n°7, N° spécial " Haïti "

Haïti : la reconstruction n’est pas au point mort, mais les défis demeurent immenses
Pierre Duquesne

Le premier anniversaire du terrible séisme qui a frappé Haïti le 12 janvier 2010 a légitimement conduit les Haïtiens eux-mêmes et la communauté internationale à s’interroger sur l’état d’avancement de la reconstruction du pays. Sans être exagérément optimiste, qu’il soit permis ici, sans nier l’ampleur de la tâche, de porter un jugement un peu moins négatif que celui émis en janvier dernier par de nombreux observateurs.

 Il ne s’agit pas seulement de reconstruction physique, mais de construction institutionnelle

La communauté internationale, y compris la presse, avait fait, dès le lendemain du séisme, et au-delà de la légitime compassion, le bon diagnostic : un tremblement de terre d’une telle magnitude n’aurait pas dû faire de tels dégâts, s’il n’avait touché un pays extrêmement fragile. En d’autres termes, la faille sismique avait révélé des failles structurelles.

De fait l’ampleur des conséquences du séisme est sans précédent par rapport à toute autre catastrophe naturelle : 120% du PIB en pertes physiques et économiques ; 250 000 tués ; 1,6 millions de déplacés, un volume de gravats égal à 15 ou 20 fois celui du World Trade Center à New York … Mais ce séisme a aussi frappé un pays qui également ne disposait que d’une administration anémique : pas de ministère du logement (et pas de cadastre), pas de véritable gouvernance du secteur de l’éducation (dont 85% relèvent du secteur privé), pas de financement organisé du système de santé, un taux de perception des recettes publiques parmi les plus bas du monde …

Or, un an après, en dépit du jugement posé à raison dans l’épreuve elle-même, la tentation a été grande de dire : rien n’a progressé. S’il est clair que telle ou telle décision aurait pu (dû) être prise plus rapidement (pas plus qu’ailleurs une campagne électorale n’est propice à la prise de décisions difficiles), on ne saurait déduire du fait que tout n’est pas réglé l’idée que rien n’a avancé.

Deux éléments sont à conserver en mémoire :

  • La reconstruction ne se mesure pas seulement au volume de gravats déblayés, ou même aux financements octroyés, mais à toute la construction institutionnelle du pays ; ainsi la France, conformément aux engagements du Président de la République le 17 février 2010 à Port-au-Prince, accueille-t-elle par exemple actuellement 450 étudiants haïtiens dans ses universités ou une vingtaine d’élèves à l’École Nationale de la Magistrature (pour une promotion de l’ordre de 150) ou encore 3 étudiants à l’École du cadastre (pour une promotion de 12) …
  • La (re)construction prendra au moins une décennie (en Indonésie, où il y avait un État puissant, la reconstruction post-tsunami aura duré près de cinq ans) : retrouver cette perspective longue est indispensable pour garantir la mobilisation de toutes les énergies dans la durée.