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Humanitaires en mouvement n°12, N° spécial " Environnement "

Intégrer l’environnement dans le fonctionnement d’une organisation humanitaire : l’expérience d’Action contre la Faim
Thibault Laconde

Pour la plupart des humanitaires, la prise en compte systématique des impacts environnementaux des programmes et du fonctionnement de l’organisation est une démarche nouvelle dont le déroulement et même la légitimité posent question. Action contre la Faim s’est engagé dans une démarche de ce type à partir de 2009. Cet article tente de tirer les principaux enseignements de cette expérience à l’intention des organisations qui souhaiteraient, à leur tour, se lancer.

 La prise de conscience et l’initiation de la démarche

Comment s’organise cette démarche ? Schématiquement, nous pouvons distinguer trois grandes étapes : une prise de conscience accompagnée d’un premier diagnostic, une phase de projets destinés à corriger les principaux défauts et une dernière étape permettant d’amorcer la transition vers un processus d’amélioration continue.

Le point de départ de la démarche est une prise de conscience de l’organisation, souvent sous l’effet d’un facteur extérieur : incident, obligation règlementaire, pression d’une partie prenante, décalage par rapport aux positions prises par les services communication ou plaidoyer ou encore écart trop manifeste vis-à-vis d’autres organisations comparables. Afin d’éviter un essoufflement rapide, cette prise de conscience doit être formalisée, par exemple sous forme d’une charte ou d’engagements, endossée par la direction de l’organisation puis largement communiquée aux collaborateurs. En effet, peu importe si a posteriori la pertinence de ces premières déclarations sera sans doute remise en question, plus la prise de conscience initiale est partagée et débattue, plus la démarche aura de chances de réussir. En particulier, il est indispensable de comprendre en quoi la maîtrise des impacts environnementaux se rattache au mandat et aux valeurs de l’organisation.

Cette prise de conscience doit être accompagnée ou immédiatement suivie d’un diagnostic des performances de l’organisation, qui a deux rôles essentiels pour le succès de la suite de la démarche :

  • D’une part, il permet de comprendre quelles activités de l’organisation contribuent le plus à son impact sur l’environnement et ainsi de s’assurer que la démarche répond bien aux besoins. Chez ACF et dans d’autres organisations qui ont fait ce travail, les résultats ont montré que l’impact environnemental des programmes est généralement négligeable par rapport à celui des phases amonts et des services de support nécessaires à leur mise en œuvre, inversant ainsi l’ordre des priorités qui aurait sans doute été choisi en l’absence d’un diagnostic initial.
  • D’autre part, le diagnostic initial fournira un point de référence à partir duquel pourront être jugés les progrès et donc le retour sur investissement de la démarche.

Le choix de la méthode employée pour le diagnostic initial ne doit donc pas être fait à la légère. Il est préférable de choisir une méthodologie existante plutôt qu’une méthodologie « maison » qui, à ce stade, risquerait de trop refléter les biais culturels de l’organisation. Quels que soient les problèmes pratiques et éthiques qu’elle pose, le choix devrait se porter sur une méthode quantitative [1] : des résultats chiffrés permettent de rendre compte de situations très hétérogènes, problème central dans l’humanitaire où les comparaisons entre deux missions ou entre le siège et le terrain n’ont rien d’évident. Enfin, ce choix doit être réaliste : tout en étant la plus large possible, l’étude initiale doit être à la mesure des moyens et des ambitions de l’organisation, et rester reproductible.


[1] Par exemple, le calcul de l’empreinte écologique, une analyse du cycle de vie sur les biens ou services produits par l’organisation ou un bilan des émissions de gaz à effet de serre.