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La revue du Groupe URD

Outils et méthodes

CHS Norme humanitaire fondamentale (CHS)
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Reaching Resilience
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Jean-Baptiste Richardier
Directeur général de la Fédération Handicap International et cofondateur de l’association

Jean-Baptiste Richardier
Directeur général de la Fédération Handicap International et cofondateur de l’association

Le Groupe URD fête cette année ses 20 ans. Jean-Baptiste Richardier, merci de vous présenter.

Médecin, je suis le Directeur Général de la Fédération Handicap International et cofondateur de l’association. Nous sommes à la fois « clients » et partenaires du Groupe URD. Pour la petite histoire, François Grünewald a fait ses « premières armes » dans l’action humanitaire de terrain comme volontaire chez Handicap International, à la frontière cambodgienne. Une excellent école, croyez-moi ! D’autre part, un des éléments qui nous rapprochent c’est l’aventure d’une localisation en dehors de Paris. Nous faisons partie des rares organisations françaises qui ont fait le choix de la délocalisation en province. Cela facilite les contacts.

Comment percevez-vous le rôle, le positionnement, et les spécificités du Groupe URD ?

Pour Handicap International le Groupe URD s’est longtemps confondu avec François Grünewald. Pour plaisanter nous disions que François, « c’est quelqu’un qui transportait sa maison dans valise ». Le Groupe URD est donc d’abord le reflet d’une personnalité infatigable qui très tôt a compris les enjeux de qualité de l’action humanitaire.

Aujourd’hui, le Groupe URD incarne bien l’espace dialectique entre la nécessité mais aussi la difficulté d’établir des normes, sans nuire à la nécessaire adaptabilité, créativité que requièrent les réponses humanitaires. Trop « corsetée » l’action humanitaire devient inopérante. C’est probablement l’activité de solidarité internationale pour laquelle il est le plus périlleux d’établir des normes, et en même temps il est nécessaire d’affronter cette problématique. L’originalité du Groupe URD est donc d’avoir prêché, dans le panorama des ONG françaises, pour des approches qualitatives dans les contextes les plus rudes. URD, trois lettres pour évoquer, au delà de la réponse d’urgence, les enjeux de prévention des conséquences des crises en œuvrant en faveur de l’aide au développement. Dans le contexte francophone, le Groupe URD a su en effet interpeller des ONG plus préoccupées par l’efficacité immédiate de l’aide, face à des ONG anglo-saxonnes friantes de modèles et de concepts, notamment d’intégration des populations civiles à la définition des projets. Il est difficile de battre les ONG anglo-saxonnes sur ce terrain ! Or le Groupe URD s’y est attaché grâce au projet COMPAS Qualité. Les ONG françaises ont inventé le « sans-frontiérisme », dont l’une des faiblesses est la prise en compte des acteurs locaux et de leur contribution aux secours. Au cours de ces deux décennies, le Groupe URD a offert aux ONG françaises un espace d’innovation conceptuelle dans ce domaine qui leur faisait défaut.

Une autre contribution du Groupe URD est celle d’un « agitateur vigilant », capable de mobilisation et d’influence, dévoué à l’analyse des évolutions de la solidarité internationale. Nous avons ainsi été alertés sur les premiers pas du projet SPHERE, avec sa rigidité originelle et son ambition d’universalité voire de monopole. A travers « Synergie qualité » - réponse française à cette ambition d’un modèle unique anglo-saxon - la croisade menée alors par le Groupe URD avec les principales ONG françaises a contribué à faire évoluer cet outil, aujourd’hui beaucoup plus pragmatique et utile au secteur humanitaire dans son ensemble.

Le Groupe URD est aussi résolument tourné vers l’innovation en lien avec les besoins des acteurs de terrain, comme en témoigne le développement du projet Sigmah testé par Handicap International en Afghanistan. On trouve chez le Groupe URD une vraie volonté d’engranger le savoir, de capitaliser sur ce que procure l’évaluation des pratiques, mais aussi en diligentant des recherches approfondies sur des thèmes spécifiques pour ensuite les partager avec le mouvement des ONG.

Bien sûr il ne suffit pas d’être visionnaire pour réussir, mais au fil du temps le Groupe URD s’est imposé comme un acteur incontournable. Cette capacité à analyser puis à faire fructifier le capital de l’expertise lui permet de revendiquer le statut d’un « think-tank » très ancré dans les pratiques opérationnelles. Ainsi, mieux que les « think-tanks » anglo-saxons, il réussi à réunir ambition académique et pragmatisme opérationnel.

Si vous deviez décrire brièvement/en un mot le Groupe URD ?

La synthèse entre l’ambition académique et le pragmatisme opérationnel.

Avez-vous une anecdote à partager ?

Les premiers pas de François Grünewald à l’époque où Handicap International faisait aussi les siens dans les camps de réfugiés cambodgiens. Nous étions partis quelques temps, et nous avions confié les clés de la maison à François. Quand nous sommes revenus, François avait arpenté la zone frontalière et ses nombreux camps de réfugiés dans tous les sens, pour faire tout… sauf ce qu’on lui avait demandé ! Au lieu de veiller au bon fonctionnement de notre fragile dispositif, il s’était lancé dans l’analyse et la mesure de l’impact et de la qualité de nos actions… laissant de côté le management du quotidien. Mais au fond, avec le recul, ce n’est pas surprenant…

Comment envisagez-vous le futur du Groupe URD ? Quels sont vos souhaits pour l’avenir ?

Le Groupe URD doit surtout garder le cap au sein des ONG françaises. Aussi turbulent soit-il, aussi incapable de se fédérer en raison de ses caractéristiques culturelles et identitaires, l’humanitaire à la française n’est pas simplement le reflet de notre indiscipline ; c’est le reflet d’un humanitaire qui refuse à raison d’être normé. Pour autant, ce salutaire refus de la tentation normative, il faut réussir à lui offrir un cadre, mais sans qu’il soit source d’immobilisme, de solutions figées et d’inadaptation. A l’inverse, si l’on veut conjurer l’avènement de la « dictature des modèles » et encourager un humanitaire à la française souple et réactif, innovant, en prise avec les nécessaires adaptations à des contextes à chaque fois spécifiques, les ONG françaises doivent se concerter, réfléchir et agir ensemble pour proposer une alternative crédible. Très rétives à se fédérer - mais aussi à établir des points de repère, des éléments de convergence, des indicateurs qui permettent de mieux s’y retrouver et reproduire quand c’est pertinent – les ONG françaises doivent se ressaisir. Car l’enjeu est là : l’opposition entre un monde figé et normé, séduisant pour les bailleurs, et une réponse en phase avec la réalité de chaque situation. .
Dans ce foisonnement, le Groupe URD a toute sa place pour contribuer à résister à la tentation du modèle unique. Ce n’est pas une position toujours confortable ; il y a des coups à prendre et des traversées du désert. Mais le temps de la solitude est derrière lui !