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Humanitaires en mouvement n°15, N° spécial " Qualité de l’aide "

L’apprentissage et les organisations humanitaires : un « âge d’or » de l’apprentissage ?
Paul Knox-Clarke

Les avancées technologiques et la tendance à la ‘professionnalisation’ ont amené une hausse importante des offres de formation disponibles pour le personnel humanitaire. Pour autant, ces formations se traduisent-elles par de l’apprentissage et du changement au niveau des organisations ? Comment pouvons-nous soutenir ce processus de changement ?

L’action humanitaire est un secteur multidisciplinaire qui rassemble des nutritionnistes, des avocats, des épidémiologistes, des architectes, des logisticiens ainsi que de nombreuses autres expertises dans le but de réduire les effets négatifs des crises et des catastrophes naturelles. Les connaissances et les compétences, tout autant que les principes humanitaires et la solidarité, ont toujours été au cœur d’une action humanitaire efficace.

Il est toutefois possible que les compétences techniques d’un urbaniste à Cambridge ne soient pas aisément transférables à Kismayo. De même, ce qui est possible à Amiens ne l’est malheureusement pas forcément à Alep, et ce qui fonctionne dans la culture et l’économie de Maastricht peut échouer à Monrovia. Le transfert des connaissances et des compétences dans le contexte humanitaire demande un niveau de compréhension supplémentaire : une compréhension de la réponse humanitaire, de ses principes, de ses structures et de ses façons de travailler.

De nombreuses tentatives visant à « professionnaliser » l’action humanitaire ont lieu à ce niveau. La professionnalisation consiste à garantir que les travailleurs humanitaires possèdent les qualifications professionnelles pertinentes (en médecine ou en ingénierie, par exemple) mais aussi à assurer qu’ils ont une compréhension des spécificités du travail humanitaire : les « compétences fondamentales qu’il est jugé nécessaire d’avoir pour opérer sur le terrain humanitaire » (Walker, P. and Russ, C. 2010 p. 2).

Que vous soyez d’accord ou non avec l’idée de professionnalisation [1], cette tendance a causé une augmentation importante des activités de formation et d’apprentissage ces dix dernières années. En 2003, lorsqu’ALNAP a publié son rapport sur l’apprentissage au niveau du terrain (Beck, T. et Borton, J., 2003), les principales approches en matière d’apprentissage étaient la formation, le réseautage et l’échange entre pairs. Depuis, on a pu constater une forte hausse du nombre de masters consacrés à l’action humanitaire (y compris ceux proposés aujourd’hui par des membres d’ALNAP comme Fordham, Harvard, Manchester, Oxford Brookes et Tufts Universities). Dans le même temps, l’échange entre pairs qu’ont permis des occasions comme la réunion annuelle d’ALNAP [2] ou les Universités d’automne de l’humanitaire (UAH) du Groupe URD, ainsi que des publications comme Humanitarian Exchange de HPN, a été renforcé de façon considérable par des communautés de pratiques (CdP) en ligne et des forums, comme le Cash Listserv du Cash learning Partnership (CaLP) [3] et la CdP d’ALNAP sur la réponse urbaine et l’évaluation humanitaire [4]. L’amélioration des connexions Internet dans de nombreuses parties du monde a permis aux praticiens humanitaires d’apprendre au moyen de webinars et de formations en ligne [5]. De plus, des initiatives comme la Humanitarian Leadership Academy [6] visent à offrir des opportunités d’apprentissage à des travailleurs humanitaires dans les pays du Sud qui n’ont pas eu suffisamment accès, jusqu’à présent, à des programmes de formation.

Ainsi, peut-on parler de l’âge d’or de l’apprentissage humanitaire ? Sans aucun doute, les individus sont face à un nombre sans précédent d’opportunités de se former. On peut probablement dire que ces opportunités ont permis à de nombreuses personnes de développer de nouvelles connaissances et de nouvelles compétences. Mais cet apprentissage est-il utilisé ? Les forums, les formations courtes et les masters aboutissent-ils à des comportements différents, et plus efficaces, sur le terrain ? Par ailleurs, si une connaissance n’est pas utilisée, peut-elle vraiment être considérée comme de l’apprentissage ?


[1] De nombreux acteurs humanitaires sont préoccupés par la « professionnalisation » accrue du secteur : certains s’inquiètent du fait que l’approche plus technique qu’implique la professionnalisation aille contre l’éthique de l’action humanitaire qui est guidée par des valeurs. D’autres pensent que le fait de mettre en avant un seul ensemble de connaissances et d’apprentissage uniforme n’est pas souhaitable dans un secteur où le contexte et l’adaptation sont si importants.

[2] Voir http://www.alnap.org/news-events/annual-meetings

[3] Voir https://dgroups.org/groups/calp/calp-en

[4] Voir https://partnerplatform.org/alnap/humanitarian-evaluation et https://partnerplatform.org/alnap/urban-response

[5] Comme celles proposées par Disasterready : http://www.disasterready.org/

[6] Voir http://www.humanitarianleadershipacademy.org/