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L’humanitaire rationnel a-t-il remplacé l’humanitaire relationnel ?
Arnaud Dandoy

Cet article répond aux critiques qui ont suivi la publication du rapport de l’Observatoire Haïti du Groupe URD sur la sécurité des organisations humanitaires dans l’Aire métropolitaine de Port-au-Prince. Il reprend les principales conclusions du rapport et rappelle l’importance de situer les politiques de sécurité des organisations humanitaires dans un contexte historique et culturel particulier : celui d’un mouvement de rationalisation du champ humanitaire dans la période post-Guerre Froide. L’article conclut en soulignant le danger d’enfermer la question de l’insécurité humanitaire dans une logique technocratique de calcul et de contrôle.

L’Observatoire Haïti du Groupe URD a publié en octobre 2013 son rapport sur les politiques de sécurité des organisations humanitaires [1]. Le sujet de cette étude a été motivé par le constat que les règles sécuritaires auxquelles se soumettent les grandes organisations internationales (Agences des Nations unies, ONG humanitaires, bailleurs de fonds, etc.) sont extrêmement strictes et n’ont pas été revues depuis le séisme du 12 janvier 2010. Le rapport conclut que l’application systématique et décontextualisée de mesures sécuritaires contraignantes, notamment en matière de déplacement et de mobilité, est contreproductive et susceptible de mettre davantage en danger la sécurité du personnel humanitaire. Il ne s’agit pas bien sûr de minimiser le phénomène de la violence urbaine à Port-au-Prince, qui reste extrêmement préoccupante. L’existence d’une menace bien réelle pour les humanitaires oblige cependant à prendre du recul par rapport au discours catastrophiste sur l’insécurité à Port-au-Prince. En effet, le mythe d’une menace endémique et omniprésente est une cause de fourvoiement dans la compréhension du problème de l’insécurité humanitaire et autorise bien des dérives sécuritaires. En l’occurrence, il parait essentiel que la question de la sécurité au sein des organisations humanitaires ne soit pas uniquement du domaine réservé aux responsables de la sécurité. La sécurité ne peut pas être évaluée isolément sans un enracinement profond dans une analyse politique, sociétale, environnementale ou encore économique [2]. Cette étude a pour ambition de fournir aux organisations humanitaires soucieuses de revoir leur approche de la sécurité en Haïti des éléments susceptibles de les aider dans cette démarche.

La publication du rapport a fait couler beaucoup d’encre. En effet, il existe encore de nombreuses réticences, voire d’hostilité face aux thèses « à contre-courant » qui s’interrogent sur le bien-fondé et sur la légitimité des politiques de sécurité des organisations humanitaires. L’étude a ainsi provoqué une levée de boucliers de certains responsables de sécurité, qui s’offusquaient que l’on puisse remettre en question leur travail ainsi que leur autorité. En rompant avec un discours qui reste monopolisé par un petit groupe d’ « experts » sur la question, ce rapport ne fait pourtant que rétablir un certain équilibre. En effet, un des objectifs de cette étude était de prêter une voix aux humanitaires, de leur donner une parole qui souvent leur est confisquée au nom de leur supposée ignorance ou immaturité. Considérant que les humanitaires n’épousent pas spontanément les vues de leur organisation en matière de sécurité et sont souvent en désaccord avec leurs responsables de sécurité, on comprend qu’un tel rapport ait pu faire grincer des dents. Si cette étude a fait réagir, cela ne peut être que pour un mieux. La question de la sécurité est à ce point importante (question de vie ou de mort) qu’elle mérite qu’on en débatte et qu’on y apporte des critiques constructives. Non dans un esprit polémique ou d’ « aid bashing », comme on a pu le reprocher, mais pour faire avancer les réflexions sur les enjeux des politiques sécuritaires des organisations humanitaires. Invoquer le bashing humanitaire – un refrain à la mode – revient souvent à pratiquer une politique de l’autruche qui consiste à ignorer les problèmes pour ne pas avoir à les traiter par la suite.


[1] Lien : http://www.urd.org/Etude-Insecurite-et-aide

[2] Voir les travaux du Groupe URD « Pour une gestion programmatique de la sécurité », 1999, www.urd.org