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La revue du Groupe URD

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L’impact socio-économique de la présence de la communauté internationale dans la ville d’Abéché
Mahamat Mustapha Absakine Yerima

Pour répondre à la situation à l’Est du Tchad, la plupart des acteurs humanitaires ont ouvert des bureaux à Abéché. L’installation, très significative à partir de 2006, des acteurs humanitaires et militaires dans cette ville a provoqué un changement socio-économique notable qui aggrave les conditions de vie, déjà fragiles, d’une grande partie de la population. Cette situation est d’autant plus frustrante pour la population autochtone d’Abéché qu’elle ne profite pas des interventions des acteurs humanitaires.

Depuis 2003, la présence de la communauté internationale a modifié d’autant plus considérablement le visage d’Abéché qu’elle s’est accompagnée de l’arrivée de très nombreux nationaux venus de tout le pays pour trouver un travail dans des organisations humanitaires. La population a ainsi augmenté de 600 % en 6 ans, passant de 50.000 habitants avant 2003 à environ 300.000 en 2009 [1].
Cette double pression démographique, en générant une situation où la demande est très supérieure à l’offre, se trouve à l’origine de nombreux problèmes socio-économiques dont l’accès au logement, à l’emploi, aux soins, à l’énergie et à l’eau potable, mais aussi à l’origine de la dégradation de l’environnement et du coût élevé des produits de première nécessité ou encore de la sécurité.

 Nature et objectifs de la présence humanitaire à Abéché

La crise au Darfour a induit des arrivées importantes de réfugiés soudanais en 2003 dans l’Est du Tchad. Dès lors, des organisations humanitaires se sont installées à Abéché pour pouvoir accéder aux camps de réfugiés de Bahai (au Nord) à Koukou Angarana (au Sud). Cette présence a encore augmenté à partir de 2006 pour répondre également aux besoins des quelques 180.000 Tchadiens déplacés internes dans la même zone.
On dénombre donc aujourd’hui plus de 60 ONG humanitaires installées à Abéché, 10 agences des Nations unies, un déploiement considérable de la Mission des Nations unies pour la RCA et le Tchad (MIINURCAT) et des compagnies privées internationales. La ville joue un rôle de base logistique et de coordination puisque, à de rares exceptions, les programmes humanitaires se déroulent dans des camps, sites et villages situés plus à l’Est. Si les résidents d’Abéché ne sont pas les bénéficiaires directs des programmes d’aide, ils en subissent néanmoins les conséquences indirectes.

 De l’augmentation des prix à celle de la malnutrition

Les produits alimentaires ont connu une forte inflation suite à l’explosion de la demande, à l’absence de contrôle des prix et à la spéculation des marchands. Avant les conflits du Darfour, la ville d’Abéché s’approvisionnait à partir du Soudan (situé à 200 km) et de la Libye. Or, depuis 2003, les réseaux de commercialisation entre le Tchad et le Soudan étant dégradés, Abéché s’approvisionne essentiellement à N’Djamena (distante de 875 km) et en Lybie (plus de 2.000 km).
Les ménages pauvres sont évidemment les premiers à subir les conséquences de cette vie chère et connaissent d’importantes difficultés pour assurer leur sécurité alimentaire, en particulier celle des enfants en bas âge. Ainsi, selon le résultat d’une enquête nutritionnelle réalisée par Action Contre la Faim en juin 2009, le taux de prévalence de la malnutrition aiguë globale de la ville d’Abéché est de 20,6% (Référence NCHS 1977z-score), taux qui dépasse largement le seuil d’alerte (qui est de 15% selon la norme UNICEF).

 

NUt fr OK

[1] Selon le Gouverneur d’Ouaddaï, le Maire d’Abéché et le Responsable de STEE (Société d’eau et d’électricité) à Abéché.