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Le logement en Haïti/ quelle perspective près de quatre après le séïsme ?
Richener Noel, octobre 2013

La question du logement est triplement fondamentale dans le contexte post-séisme en Haïti : d’abord, le pays vit un important déficit chronique en matière de logement, ensuite la qualité inappropriée des habitations est largement responsable des considérables pertes humaines au moment du séisme et enfin le nombre de personnes à reloger urgemment était estimé à près de deux millions au lendemain de la catastrophe. De ce fait, le problème du (re) logement était posé non pas en matière d’abris visant un retour à la « normalité » pré-séisme, mais dans le sens d’un aménagement décent et sécuritaire (liant ainsi la quantité à la qualité) ; il s’agissait de ne pas répéter les erreurs du passé. Aujourd’hui, près de quatre ans après le séisme, la situation a évolué : d’intenses actions de reconstruction de logement sont visibles partout à travers le pays, principalement dans la région métropolitaine, et des centaines de milliers de personnes ont pu trouver à s’abriter de façon transitoire ou permanente. Cependant, compte tenu du nombre important de constructions anarchiques et de l’impossibilité d’instituer un leadership fort dans ce domaine, la construction de logements ne s’inscrit toujours pas dans un cadre de relèvement. En dépit de l’implication d’un certain nombre d’institutions dans la construction de logements (appui à la reconstruction, formations…), un nombre toujours plus important de maisons continue à échapper au contrôle des pouvoirs publics. Le chantier du renforcement des institutions haïtiennes nécessaire dans le contexte actuel semble tarder à réellement s’amorcer.

 INITIATIVES INSTITUTIONNELLES DE CONSTRUCTION DE LOGEMENTS

L’État haïtien n’a jamais envisagé de s’impliquer directement – c’est-à-dire comme maître d’œuvre – dans la construction de logements ; c’est du moins ce qui a été exprimé dès le départ à travers le document de Politique nationale de logement [1]. « Notre rôle, comme État, est avant tout d’appuyer les familles et le secteur privé pour leur permettre de construire un parc de logements à un prix abordable, sûrs et de qualité, au travers d’un effort concerté de formation, d’information et de respect de la conformité [2]. » L’UCLBP allait jusqu’à décourager une offre de relogement clef en main, qui casserait à son avis l’élan du marché du logement et entrainerait l’État sur un terrain dont il n’aurait pas la maîtrise. Cette considération de ne pas ouvrir un chantier public de logements se basait sur l’idée que les familles allaient prendre l’initiative de l’auto-construction ; en général, les familles haïtiennes font elles-mêmes construire leur maison. Selon l’Institut Haïtien de Statistiques et d’Informatique (IHSI), plus de 80 % des ménages propriétaires ont construit ou fait construire leur logement [3] . Cette décision de ne pas offrir des maisons achevées a été plus ou moins respectée dès le début de la phase de reconstruction, la plupart des bailleurs de fonds ayant également hésité à se lancer dans de tels projets.

Malgré ces réticences, un certain nombre de projets de construction de logement a cependant été réalisé ou est en cours dans la région métropolitaine de Port-au-Prince et dans d’autres villes et régions rurales du pays. Le Bailleur de fonds suisse, la Chaine du Bonheur, a par exemple, à travers des organisations non gouvernementales (ONG), financé la construction de plusieurs milliers de logements dans les régions des Palmes et du Sud-Est. Par ailleurs, à Gressier, Léogâne, Cabaret, un nombre important de logements sont en cours de construction notamment avec l’aide de l’Agence Américaine de Développement International (USAID). Du côté de l’État, plusieurs initiatives de construction de logements ont été lancées depuis 2011. Le Ministère de l’Intérieur et des Collectivités Territoriales (MICT) a été l’instigateur en 2012 d’un programme dénommé « Katye pa m poze » (Mon quartier est tranquille), qui visait à construire des parcs de maisons dans certaines villes de province, surtout dans les chefs-lieux des départements du pays. Les informations, telles que le coût et le nombre total de maisons construites ou à construire, les calendriers de réalisation, le niveau d’avancement actuel, les procédures du choix des bénéficiaires n’ont toutefois pas été rendues publiques. Ce projet porté par le ministère de l’Intérieur, ne semble pas avoir impliqué les instances publiques s’occupant normalement du logement (l’Entreprise Publique de Promotion de Logements sociaux, l’Unité de Construction de Logements et Bâtiments Publics). Le projet de Morne-à-Cabris (appelé aussi Lumane Casimir) est un autre exemple de construction de logements par l’État. Représentant un investissement de plus de 48 millions de dollars (36 millions Euros), il vise à loger ou reloger plus de 3 000 familles dans un quartier nouvellement aménagé. Il a lui aussi été lancé dans la plus grande discrétion ; très peu d’informations ont été divulguées dans la presse le concernant. Selon le Premier Ministre haïtien, Laurent S. Lamothe, (rapporté par un article d’Ayiti Kale Je [4] ), lors d’une rencontre avec la commission économique et financière du Sénat haïtien, le projet de logements de Morne-à-Cabris est, en fait, celui qui avait été préalablement prévu pour Fort-National (porté par l’ancien Gouvernement de Jean Max Bellerive).

Outre ces activités de construction de logements, il faut aussi noter les programmes d’aménagement de certains quartiers de la région métropolitaine (Villa-Rosa, Haut-Turgeau, Baillargeau, Martissant, Christ-Roi…) financés par l’Union Européenne, la Banque Mondiale, le Fonds de Reconstruction d’Haïti, les Nations-Unies ou encore l’Agence Française de Développement (AFD) et qui visent surtout à la revitalisation tout en y améliorant l’offre de logements et l’accès aux services de base [5].


[1] Par l’Unité de Construction de Logements et de Bâtiments Publics (UCLBP), version d’avril 2012.

[2] Version numérique, Page 7.

[3] IHSI (2003):Enquête sur les conditions de vie, 2003.

[4] Disponible sur le site de l’Alter-Presse, http://www.alterpresse.org/spip.php..., lu le 26 septembre 2013.

[5] Les projets de construction de logements menés par les institutions ne sont pas toujours légaux ou suivis des autorités étatiques. Le rapport de recherche « Reconstruction et environnement dans la région métropolitaine de Port-au-Prince : cas du Horne-Hôpital ou l’histoire d’un déni collectif » a montré que ces projets ont souvent un caractère anarchique.