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Humanitaires en mouvement n°19, numéro spécial "Localisation de l’aide "

La Birmanie : un laboratoire d’innovation pour la localisation
François Grünewald

Mots-clés: Asie du Sud-Est /

La Birmanie occupe une place particulière parmi les différents contextes où la localisation a une influence majeure sur la manière dont les pratiques de l’aide ont évolué. A ce titre, il fut l’un des pays d’études du projet de recherche « More than the Money : Localisation in Practice », que le Groupe URD a réalisé pour Trócaire. Cet article en retrace les grandes lignes.

 Introduction

« Alors que la communauté internationale respecte des dates butoirs et suit des lignes directrices, les acteurs locaux sont pris ici entre lignes de front et problèmes ethniques. »
Membre du personnel d’une ONG nationale en Birmanie

La Birmanie : une histoire turbulente

La Birmanie ayant traversé différentes crises durant les quatre dernières décennies, sa situation est aujourd’hui particulièrement complexe. A l’heure actuelle, suite au soulèvement des États du nord, un processus de paix est en cours de mise en œuvre mais le conflit est loin d’être résolu. La situation est même encore plus compliquée dans la partie occidentale du pays avec la crise en cours des Rohingyas au sein de l’État d’Arakan, laquelle relève de problèmes spécifiques d’ordre à la fois politique, socio-économique et religieux. De plus, le pays a été régulièrement affecté par des événements climatiques extrêmes depuis le cyclone Nargis en 2008. On trouve ainsi actuellement une combinaison complexe de situations humanitaires et de type LRRD, comprenant des processus de continuum et de contiguum, où la communauté de l’aide se focalise de plus en plus sur le renforcement de la résilience.

Le rôle crucial des acteurs locaux

En Birmanie, une caractéristique importante du contexte est le rôle critique des organisations de la société civile dans la réponse aux catastrophes. Bien évidemment, de nombreuses organisations de la société civile, associations de moines bouddhistes et individus réagissent lorsqu’une catastrophe se produit : la générosité est profondément enracinée dans la culture birmane, comme l’ont montré les vastes réponses menées localement qui ont suivi le cyclone Nargis et les inondations de 2015.

Bien que le gouvernement civil récemment élu et des parts importantes de l’économie continuent d’être contrôlées dans une large mesure par l’armée, les forces démocratiques progressent en Birmanie. Les organisations de la société civile et le secteur privé se sont en effet développés et sont mieux organisés pour répondre aux différentes crises. Celles-ci ont également accumulé beaucoup d’expérience depuis les opérations transfrontalières liées à la résistance politique dans les années 80. Le secteur privé joue lui aussi un rôle important dans la réponse aux catastrophes naturelles. Les entreprises locales, qui suivent beaucoup la tradition bouddhiste visant à « faire le bien », mobilisent toutes sortes de matériels de secours et les envoient sur les lieux de la catastrophe. Toutefois, les mécanismes de réponse semblent être radicalement différents dans des zones comme l’État d’Arakan où la capacité de réponse locale est bien moins développée pour des raisons historiques et politiques.

Comme dans de nombreux pays du sud-est asiatique, les mécanismes de réponse étatiques et paraétatiques ont toujours joué un rôle essentiel dans la réponse aux crises en Birmanie, et la tendance actuelle est celle d’une implication encore plus grande (du ministère des Affaires sociales, des Secours et de la Réinstallation avec ses départements respectifs, l’armée, l’Agence nationale de gestion des catastrophes / Forces de Protection civile et la Croix-Rouge birmane en tant qu’auxiliaire de l’État en période de catastrophe).

La valeur ajoutée clé des ONG nationales et locales sur la plan stratégique reste leur capacité à atteindre des régions où les organisations internationales sont dépourvues d’accès, en particulier les régions du nord affectées par le conflit (États de Kachin et Shan). Les organisations internationales ont ainsi sous-traité leurs activités ou établi des partenariats dans la mesure où les ONG locales de ces zones gèrent la réponse humanitaire à la fois en termes de prestation de service et de plaidoyer. Dans les régions contrôlées aussi bien par le gouvernement que par l’opposition, les organisations confessionnelles sont présentes depuis longtemps et capables de fournir des services indispensables aux populations déplacées. En raison de leur présence de longue date et du savoir local concernant la région et le conflit, la revendication de ces acteurs est légitime pour ce qui est d’obtenir une place centrale dans le dispositif humanitaire.


En savoir plus

More than the Money – Localisation in practice, rapport final, juillet 2017, en anglais