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La reconstruction post crise dans les villes, cas de l’Afghanistan. Quelles responsabilités pour les acteurs de l’aide à la reconstruction ?
Béatrice Boyer

 

 Le processus de réhabilitation est inefficace dans les villes en Afghanistan

Que ce soit dans la ville formelle ou dans les quartiers informels, c’est l’ensemble des infrastructures dont l’état est désastreux, qui est à mettre à niveau pour apporter une amélioration aux conditions de vie des populations urbaines et la question est d’abord pour les Afghans, de devoir prendre la mesure de cette ville composite, inédite pour eux. Or, peu préparés à ce type de défis, ils sont empêtrés dans des luttes intestines entre pouvoirs et administrations, mais la communauté internationale peine aussi à calibrer son aide.

Les quartiers de ville, quartiers formels résidentiels, centres urbains anciens comme les périphéries nouvellement urbanisées, ont tous été objets de dégradations, destructions, désaffections administratives, déstructurations sociales avec défiance des habitants vis-à-vis des autorités en général. Pénalisé autant par les incompétences et conflits locaux internes, institutionnels, que par l’absence de coordination internationale, d’expertises appropriées ou l’inadaptation des échelles d’actions, le processus de réhabilitation-reconstruction s’est amorcé trop lentement et avec trop peu d’efficacité. L’ensemble du secteur urbain nécessite la mise en œuvre d’un vaste programme d’actions sur la ville à coordonner à différentes échelles.

Or, non considéré comme un secteur à part entière, tant de la part des Afghans que de l’aide internationale, la prise en compte du phénomène urbain a été très lente et non prioritaire. Dans les premières formulations du I-ANDS [5], document d’engagement stratégique national et international de reconstruction de l’Afghanistan, l’ampleur des problèmes, des besoins et des coûts de réponses appropriées pour le secteur urbain n’y a pas fait l’objet d’une compréhension initiale globale. Ce secteur ne deviendra un enjeu en soi que progressivement et sous l’impulsion forte de la communauté internationale, en particulier de certains acteurs financiers de l’aide [6], qui prennent conscience des besoins considérables du secteur urbain. La notion de politique urbaine va se dessiner très lentement dans les mentalités locales. Le gouvernement afghan ne communiquera l’amorce d’un « Programme National de Développement Urbain » qu’à partir d’août 2005 dans le cadre de la deuxième version du ANDS [7]. Il ne s’agissait alors que de l’élaboration des grandes lignes de ce programme national et d’un premier inventaire de diagnostics [8] réalisé avec l’aide d’agences UN comme UN-Habitat, de coopérations bilatérales comme GTZ [9], ou d’acteur privé majeur comme AKDN [10] par exemple. Pourtant encore en 2008, c’est-à-dire sept ans après le début du déploiement de l’aide à la reconstruction du pays, certains bailleurs majeurs découvraient avec surprise l’ampleur des besoins sur ce secteur et l’absence d’interventions et de coordination pour y répondre [11].

Les divergences entre visions afghanes et aide internationale pour les priorités de la reconstruction ne sont pas seules responsables des handicaps au processus. A la méconnaissance du phénomène urbain et de ses mécanismes, aux dysfonctionnements, confusions des rôles et responsabilités institutionnelles, défauts de compétences (en gouvernance et gestion urbaine), aux absences d’outils d’aide à la décision, coté afghan, se sont ajoutées des compétences et modalités d’interventions de la part des acteurs de la post-urgence peu adaptées aux contextes urbains.


[5] I-ANDS : Interim National Development Strategy, accord de Bonn en 2001.

[6] En particulier la Banque Mondiale.

[7] ANDS : Islamic Republic of Afghanistan, National Development Strategy, Urban Development Sector 13 August 2005.

[8] Oveview of Challenges-and-Policy-Options-Urban-Sector, 2005.

[9] Coopération technique allemande.

[10] Agha Khan Fondation.

[11] Entretien de l’auteur avec un responsable de la CE en janvier 2008.