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La revue du Groupe URD

Outils et méthodes

CHS Norme humanitaire fondamentale (CHS)
Pictogrammme Sigmah Logiciel Sigmah
Pictogrammme Reaching Resilience

Reaching Resilience
Pictogrammme brochure Formation Environnement
Pictogrammme brochure Manuel participation
Pictogrammme COMPAS Méthode COMPAS
Pictogrammme globe terrestre "Mission Qualité"
Pictogrammme PRECIS Humatem Méthode PRECIS

Le Référentiel Technique National de l’Eau Potable et de l’Assainissement pour harmoniser et réguler le secteur

L’État haïtien a entrepris, en 2009, une réforme en profondeur du Secteur Eau Potable et Assainissement (EPA) en instituant la Direction Nationale de l’Eau Potable et de l’Assainissement (DINEPA). Elle a pour mission principale la régulation du secteur EPA, le développement de l’accès à l’EPA, et le contrôle des acteurs du secteur.

Plusieurs étapes majeures ont déjà été franchies par la DINEPA depuis sa création : l’intégration des structures étatiques existantes, le déploiement des Offices Régionaux d’Eau Potable et d’Assainissement (OREPA), le démarrage des projets d’infrastructures en eau potable et assainissement, le cluster WASH en collaboration avec l’UNICEF, etc. La dernière réalisation en date est le Référentiel technique national de l’eau potable et de l’assainissement qui constitue un outil opérationnel et innovant en vue de la régulation du secteur EPA.

 Constat général : une diversité d’acteurs, de techniques et de matériaux qui met à mal la durabilité des ouvrages

Depuis de plusieurs années, les acteurs de l’aide internationale sont intervenus en Haïti, nombreux, divers, essayant de pallier les difficultés de l’État à délivrer un service minimal de l’eau à tous les citoyens haïtiens. Le séisme du 12 janvier 2010 a généré un afflux supplémentaire d’aide humanitaire apportant des savoir-faire, des techniques et des matériaux de tous les pays. Avant le séisme certains réseaux d’eau étaient déjà hors-service des suites des cyclones de 2007 et 2008, par manque d’entretien mais aussi et souvent en raison de défaut de conception : les pièces de rechange, les outils nécessaires ou la main d’œuvre n’étaient pas toujours disponibles, concrètement, en Haïti pour assurer la durabilité des ouvrages.

De plus, les stratégies nationales de la DINEPA ne sont pas nécessairement connues de tous les partenaires du secteur. Elles peuvent entrer en contradiction avec des méthodologies ou des designs habituellement utilisés par des entreprises ou des ONG. On n’a pas suffisamment capitalisé sur les nombreux programmes mis en œuvre et, lorsqu’un tel travail a été effectué, sa diffusion n’a pas toujours suffisamment été étendue à tous les acteurs du secteur.

Coordination des acteurs, harmonisation des matériaux et des ouvrages, respect des stratégies nationales, … le rôle de contrôle et de régulation de la DINEPA est mis à rude épreuve. L’organe de gestion de l’eau et de l’assainissement ne disposait pas d’un outil règlementaire pour assurer sa mission de régulation. Fin 2011, elle a confié à l’Office International de l’Eau (OIEA) la rédaction du Référentiel Technique National de l’Eau Potable et de l’Assainissement dont le lancement a été effectué à Port au Prince le 22 octobre 2013.

 Un corpus de documents complets et organisés

Une importante d’équipe d’experts de l’OIE a été mobilisée pendant 2 ans pour rédiger ce corpus de documents prescriptifs et règlementaires, sous le pilotage de la DINEPA et de l’UNICEF (financeur du projet).

Les visites de terrain, des rencontres des intervenants du secteur, et séminaires de relecture impliquant les représentants des institutions nationales, des entreprises et ONG partenaires de la DINEPA ont permis de rédiger plus de 110 documents couvrant un large éventail des techniques EPA adaptées au contexte haïtien : de la chloration de l’eau à domicile à la conversion des normes internationales pour les conduites d’eau, des latrines collectives aux étapes clef de suivi de chantier, etc.

 

Remise officielle du rapport

Remise officielle du rapport : E. Beigbeder (UNICEF) à Gauche et L. Duvalsaint (DINEPA) à droite

 

On y trouve des documents pour les opérateurs sur le terrain (ex : gestion des kiosques, procédure de vidange manuelle des ouvrages d’assainissement, pose des conduites …), des documents rappelant des prescriptions minimales pour les ouvrages (conception des réseaux AEP, des réservoirs, etc.), mais aussi un état de l’art de certaines techniques de l’EPA (études préalables, conversion des normes…).

Le référentiel se présente sous la forme d’un portail d’accès (CD) qui permet de trouver les documents recherchés de manière intuitive, avec un accès par thématique (eau, assainissement, génie civil, études…) et par une codification des documents.

Le référentiel technique de l’Eau Potable et de l’Assainissement a été conçu pour :

  • Être réaliste et utilisable sur le terrain aujourd’hui : Les visites de terrain et les rencontres des intervenants en Haïti ont permis s’assurer que le référentiel traduise ces réalités. Le pilotage par les institutions haïtiennes de l’eau et surtout la relecture par les services de la DINEPA et des organismes partenaires, tels que la PEPA, ont confirmé la bonne compréhension des recommandations et leur adéquation aux stratégies nationales ;
  • Interdire certaines pratiques ou utilisation de matériaux non pérennes pour le secteur EPA : Par exemple des produits qui représentent un danger lors de leur utilisation par des professionnels ou des particuliers ont été interdits (modèles de latrines non conformes, produits de désinfection difficiles à utiliser…), tout comme des pratiques non conformes (procédure de vidange de fosses d’assainissement, tests d’étanchéité…).
  • Viser un objectif de développement à plus long terme (10 ou 15 ans) et donc des techniques et des moyens qui aujourd’hui ne sont pas présents en Haïti : Les latrines EcoSan ou encore les filtres à sable lent, par exemple, sont des techniques prometteuses mais qui aujourd’hui connaissent des limites dans leur mise en œuvre pour le contexte haïtien (forte ingénierie sociale nécessaire). Elles sont donc décrites dans des fiches du référentiel mais ne font pas l’objet de prescriptions obligatoires. De la même manière, l’assainissement collectif étant particulièrement rare à ce jour en Haïti, cette thématique a été abordée dans le référentiel sous la forme d’un état de l’art mais il n’engendre pas de prescription puisqu’il n’y a pas d’historique pour le contexte haïtien.

Lors de la présentation aux acteurs EPA à Port au Prince, la DINEPA aurait pu craindre que certains partenaires restent « sur leurs gardes » : ONG dont les programmes seraient en contradiction avec le référentiel, entreprises craignant de ne pouvoir répondre aux prescriptions minimales ou fournisseurs dont les matériaux n’entreraient pas dans la stratégie de la DINEPA… En réalité, le public ayant reçu une information complète sur le projet et sa construction s’est montré enthousiaste.

Pour les ministères représentés, le référentiel technique national de l’eau potable et de l’assainissement représente une avancée pour la régulation des programmes mis en œuvre en Haïti. Les ONG et bailleurs de fond ont particulièrement apprécié le fait d’avoir un document unique auquel se référer pour s’assurer que les programmes mis en œuvre correspondent effectivement à la politique sectorielle. Même les entreprises ont accueilli très favorablement cette démarche qui leur offre un moyen de démontrer que leur savoir-faire est en adéquation avec le niveau d’exigence demandé pour les chantiers ou études de la DINEPA…