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Humanitaires en mouvement n°17, N° spécial " Sommet humanitaire mondial "

Le financement de l’action humanitaire par les pays du Golfe : un engagement pérenne
Céline Billat

Les bailleurs non-occidentaux financent de plus en plus l’aide humanitaire et, parmi eux, les pays du Golfe sont les plus importants donateurs. L’Arabie Saoudite, les Émirats arabes unis (EAU), le Koweït et le Qatar sont les quatre membres du Conseil de Coopération du Golfe qui contribuent le plus significativement. Alors qu’elle représentait 1 % du financement humanitaire global en 2000, la participation des pays du Golfe a atteint 7 % en 2014. Cet article examine les facteurs qui soutiennent l’hypothèse d’un engagement durable et le maintien d’une contribution élevée dans les années à venir.

 Introduction

L’aide humanitaire est principalement financée par les gouvernements et les institutions des pays membres du Comité d’Aide au Développement (CAD) de l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Economiques) qui comprend actuellement l’Union européenne et 28 pays, en majorité occidentaux. Ces bailleurs ont financé 94 % de l’aide humanitaire durant la dernière décennie et 90 % (16,8 millions $) en 2014 [1].

Toutefois, parmi les gouvernements contributeurs, les bailleurs non-occidentaux prennent une part de plus en plus importante. Il s’agit essentiellement de deux groupes de pays : les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) et les pays du Golfe, entendus comme les six pays membres du Conseil de Coopération du Golfe (CCG), à savoir l’Arabie Saoudite, les Émirats arabes unis (EAU), le Qatar, le Koweït, Oman et Bahreïn.

Jusqu’à présent, les pays du Golfe dominent les flux financiers d’aide humanitaire rapportés par les bailleurs non-occidentaux. L’Arabie Saoudite a été le premier bailleur non-occidental entre 2000 et 2010, sauf en 2004 et 2009 où ce furent les Émirats arabes unis (EAU). Durant cette décennie, les EAU ont été les troisièmes plus importants bailleurs non-occidentaux, le Koweït le quatrième et le Qatar le huitième. Ainsi, l’Arabie Saoudite, les EAU, le Koweït et le Qatar sont les quatre membres du CCG classés parmi les dix bailleurs non-occidentaux finançant de façon significative l’action humanitaire [2]. Il est donc intéressant de considérer ces quatre pays en tant que groupe, membres du CCG, partageant des attributs géographiques, politiques, économiques, culturels et religieux qui donnent à leurs modes d’intervention et de financement de l’aide humanitaire des caractéristiques communes. Il s’agit notamment de leurs régimes monarchiques conservateurs, de leur identité arabe et sunnite, et de leur développement économique basé sur l’exploitation de leurs ressources naturelles (pétrole et gaz).

Pour autant, les pays du Golfe ne sont pas per se des bailleurs émergents puisqu’ils ont été des donateurs actifs depuis la découverte du pétrole et la fondation de leurs États dans les années 1960-70, une fois acquise leur indépendance vis-à-vis de l’Empire britannique. Un rapport de la Banque Mondiale [3] montre ainsi qu’entre 1973 et 2008, le Koweït, l’Arabie Saoudite et les EAU ont contribué en aide extérieure à hauteur de 1,5 % de leur Produit Intérieur Brut (PIB).

La première estimation de la contribution financière humanitaire [4] stricto sensu (distincte de l’aide au développement) des pays du CCG depuis les années 1970 est de 120 milliards $ [5]. En dehors de cette estimation, aucune autre donnée désagrégée n’existe concernant l’aide humanitaire jusqu’à l’année 2000, date de mise en place de la base de donnée FTS (Financial Tracking Service) par le Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires (OCHA).

Les contributions rapportées pour l’Arabie Saoudite, les EAU, le Qatar et le Koweït ont augmenté de 1 % du total des contributions humanitaires globales en 2000 pour atteindre 7 % en 2014. Sur ces quinze années, les pays du Golfe ont contribué à hauteur de 6,6 milliards $, l’Arabie Saoudite étant le premier contributeur de ces quatre pays avec 55 % de ce montant (3,6 milliards $), suivi des EAU avec 24 % (1,5 milliard $), du Koweït avec 14 % (922 millions $) et enfin du Qatar avec 7 % (458 millions $) (source : FTS).

Cette contribution significative des pays du Golfe à l’action humanitaire apparaît soutenable dans une perspective à moyen et long terme pour plusieurs raisons. Tout d’abord, parce que les motivations du financement de l’aide humanitaire, à la fois profondément ancrées dans la religion et fortement dépendantes d’intérêts stratégiques liés à des considérations de politique extérieure, sont d’ordre pérenne. Ensuite, parce que leur volonté de s’engager dans l’aide humanitaire sur le long terme se manifeste par la mise en œuvre de deux stratégies parallèles : d’un côté, l’intégration du système humanitaire traditionnel (entendu comme le système occidental coordonné par les Nations Unies) à travers la pénétration de ses institutions, le partenariat avec les acteurs occidentaux et l’accroissement du financement des Nations Unies ; de l’autre, la création de leur propre système institutionnel et opérationnel au niveau national et régional.


[1] Global Humanitarian Assistance Report 2015. Development Initiative.

[2] Oman et Bahreïn sont également membres du CCG mais n’ont pas encore émergé sur la scène humanitaire en tant que bailleurs importants et ne seront donc pas abordés dans le présent article.

[3] Tabor et al., « Arab Development Assistance  : Four Decades of Cooperation ». The World Bank (2010)

[4] Aide extérieure spécifiquement dédiée au financement de l’aide humanitaire.

[5] IRIN. 2012. « Analysis : A faith-based aid revolution in the Muslim world ? » http://www.irinnews.org/report/95564/analysis-a-faith-based-aid-revolution-in-the-muslim-world