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Humanitaires en mouvement n°8, N° spécial " Villes et crises "

Le re-logement post-catastrophe en ville : appuyer les dynamiques sociales ou renforcer le status quo ?
Sandra D’Urzo

La multiplication de conférences et de débats sur la vulnérabilité urbaine montre qu’il est important, au sein des acteurs humanitaires, de mieux comprendre et d’aborder ce sujet. Il y a plusieurs symptômes de ce changement progressif : l’utilisation d’approches « non habituelles » en matière de logement post-catastrophe comme les aides financières et les familles d’accueil éloignent les organisations internationales des solutions d’urgence traditionnelles comme les tentes et les bâches. Fournir des solutions de logement dans des villes de grande taille est extrêmement complexe : pertes de vies humaines et d’expertise, de biens et d’actifs, urgence pour identifier des emplacements provisoires pour réinstaller les populations, contraintes politiques et légales, questions d’équité, perte de mémoire et d’identité … beaucoup des leçons apprises – en termes de construction d’alliances pour se préparer aux catastrophes et en termes de travail dans le cadre de procédures légales et foncières – peuvent contribuer à dépasser ces problèmes récurrents. Il n’y a pas qu’une seule réponse mais il est certain que de profiter des « opportunités urbaines » telles que l’accès à des technologies, une économie de marché développée et l’innovation, peut agir comme guide pour concevoir une réponse sur l’habitat plus adaptée aux besoins.

"Prenez un scénario urbain dans l’un des pays les plus pauvres au monde, ajoutez deux millions de personnes entassées dans des immeubles mal construits sur le flanc d’une montagne ou sur d’autres sites à risque, enlevez les codes de construction, le contrôle qualité, la planification urbaine, les réseaux d’eau et d’assainissement, puis agitez fort" [1]. Cette ‘recette’ n’est rien d’autre que la chronique d’un désastre annoncé, celui qui a secoué et détruit Port-au-Prince le 12 Janvier 2010. Elle est aussi facilement applicable à d’autres villes de pays pauvres, car ces villes concentrent une population marginale habitant des zones considérées à haut risque de catastrophe.

Mais nous avons récemment vu que même les villes de pays plus fortunés ne peuvent se considérer à l’abri. Le séisme au Japon et le tsunami qui l’a suivi ont frappé l’une des côtes urbanisées les mieux préparées aux catastrophes, avec des normes qui réglementent les constructions et des structures mises en place pour mitiger l’effet des désastres soudains.

Au-delà des ressources et des capacités radicalement différentes dont disposent ces pays, la réalité est que la concentration urbaine dans des contextes multirisques génère des défis de reconstruction inouïs : comment fournir des solutions de logement dans des délais très courts, à l’échelle d’une ville, alors que les zones touchées sont saturées de débris ou rendues inaccessibles ? Comment organiser et utiliser les centres collectifs et les immeubles de logement pour accueillir des réfugiées dans les premiers temps après une catastrophe ? Comment influencer la politique de logement et promouvoir une reconstruction équitable et une utilisation des sols sans risque quand les structures administratives sont extrêmement faibles ? Comment déblayer les gravats, acheter les terrains et évaluer les dommages structurels que les autorités locales ne veulent pas ou ne peuvent pas réaliser ?
Il n’y a pas qu’une seule réponse à ces questions, mais les modes opératoires classiques de beaucoup d’agences humanitaires, qui sont conçu pour apporter de l’aide dans des espaces bien confinés (et souvent gérés en direct par l’aide internationale) comme les camps de réfugiés trouvent ici leurs limites. Leur assistance est souvent synonyme de distribution massive de solutions d’abris d’urgence, qu’il s’agisse de bâches, de tentes ou de centres collectifs. Ces solutions pré-établies sont rarement adaptées dans des quartiers d’habitat dense où se juxtaposent des maisons endommagées et d’autres entièrement détruites, de l’habitat locatif et de propriété, de plein pied et du pluri-étage, avec un statut foncier clair ou au contraire très ambigu. Par exemple, dès la deuxième semaine après le séisme, il était impossible d’installer des tentes familiales dans les quartiers de Port-au-Prince, ces tentes étant conçues pour abriter une famille sur des standards d’espace vital minimal nécessitant une surface de 25 m2 au sol. Or cette surface était en moyenne occupée par quatre familles différentes avec l’installation de bâches de fortune. La densité urbaine n’a été que le premier des casse-têtes auquel se sont confrontées de nombreuses organisations en Haïti, les obligeant à s’orienter vers des options plus flexibles, contextuelles, et ancrées davantage sur les dynamiques sociales et économiques existantes.

Mais cela ne va pas de soi. Il faut une bonne connaissance de l’organisation spatiale des quartiers, des réseaux de solidarité et d’entraide au sein de la population (ce que l’on appelle en anglais des safety nets), des stratégies de survie et de relogement préférées par la population.
Dans une ville où 80% des habitants sont locataires (bien souvent d’une chambre dans un immeuble) qui faut-il aider à reconstruire, le locataire ou le propriétaire ? Avec quelles garanties et accords sur les conditions de loyer ? Faut-il aider uniquement les plus démunis, c’est-à-dire les sans-ressources ou sans-abris bien avant la catastrophe, ou la ‘classe moyenne’ des enseignants, des infirmières qui ont perdu leur foyer mais aussi leur travail quand les écoles et les hôpitaux ont été engloutis avec le reste ? Il s’agit là d’appréhender la complexité de la société civile qui se côtoie sans arrêt en milieu urbain, et dont il faut distinguer les mécanismes de fonctionnement ‘en communauté’.


[1] IFRC, rapport publié pour la commémoration des 12 mois du séisme en Haïti

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