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La revue du Groupe URD

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Leçons apprises sur les interventions visant les moyens de subsistance en milieu urbain
Synthèse des résultats d’un atelier inter-agence réalisé à Port-au-Prince

Sur l’initiative du Groupe URD, les représentants de quelques acteurs clés du milieu humanitaire se sont réunis à Port-au-Prince, le vendredi 6 décembre 2013, pour débattre des leçons tirées des actions de moyens de subsistance dans la capitale haïtienne. Cette rencontre, organisée dans le cadre de l’évaluation d’un programme mis en œuvre par la Croix-Rouge Britannique (BRC) dans la zone de Delmas 19 a été aussi l’occasion de décrypter des éléments du contexte d’intervention dans les quartiers et d’élucider les grandes approches retenues par ces différents acteurs.

Beaucoup d’ONG impliquées dans les urgences, consécutives au séisme du 12 janvier 2010, ont progressivement fait un saut vers la phase de développement durable, notamment à travers des activités visant un renforcement des moyens de subsistance des populations (livelihood). Ces acteurs, qui n’avaient pas tous de l’expérience dans ce genre d’activités en milieux urbains, ont dû développer des approches et des outils pour faire face aux défis du contexte difficile des quartiers de Port-au-Prince. En effet, en plus de la différentiation et du fort volume de populations qui caractérisent habituellement les villes, Port-au-Prince a la spécificité d’avoir été bouleversé par une très grande catastrophe naturelle provoquant d’incalculables impacts. La cohésion sociale a été affectée, en raison de la mobilité des populations à l’intérieur de la ville. L’on a aperçu aussi une faible structuration des rapports entre les populations ; les organisations communautaires de bases et les comités (émergés après le séisme) n’ont pas généralement d’expérience dans des activités de développement communautaire et souffrent d’illégitimité. Ceci explique en grande partie pourquoi la plupart des ONG sont obligées d’envisager dans leurs plans un axe de renforcement organisationnel. Du fait du retard dans l’organisation des élections locales, les autorités des collectivités territoriales de leur part souffrent aussi d’une certaine illégitimité pour négocier au nom des populations. En plus, l’insécurité persistante dans beaucoup de quartiers pousse les acteurs à adopter des stratégies de sécurité qui ne manquent pas d’impacter sur la qualité de leurs actions, notamment en ce qui concerne la de temporalité.

Pour les actions dans les camps, la situation n’est pas moins difficile ; en raison de leur caractère temporaire, les interventions doivent prendre une tournure ponctuelle. Les acteurs qui y interviennent mentionnent aussi une sorte de méfiance entre les membres des comités. Il paraît donc plus difficile d’envisager pour les populations des camps des projets durables de renforcement des capacités des moyens d’existence.

 Différentes approches d’identification des bénéficiaires en matière de projet moyens de subsistance

Les participants [1] à cet atelier ont débattu des approches retenues dans l’identification des bénéficiaires. Le tableau qui suit constitue une tentative de synthèse des différentes approches existantes ; les acteurs présents à l’atelier se reconnaissent dans l’une ou l’autre. On retiendra toutefois que les choses peuvent être plus nuancées dans la réalité.

 

Tableau BRC

 

 Six grandes leçons apprises des interventions en moyen de subsistance en milieu urbain

  • Donner dès les débuts aux populations affectées ou bénéficiaires des informations claires et structurées sur la nature des programmes (les activités envisagées et les moyens alloués, les attentes souhaitables, les modalités, la temporalité).
  • Prévoir une durée de projet appropriée et réaliste pour les programmes de sortie de crise (suffisamment de temps pour l’analyse, l’accompagnement et le suivi).
  • Exigence de compétences appropriées aux activités de sortie de crise. Il est fondamental que les ONG non expérimentées établissent des partenariats avec les organisations compétentes. En matière de crédit, il faut éviter de faire savoir aux populations le partenariat existant entre ONG et institutions de micro-finance ; car les populations n’arrivent généralement pas à comprendre qu’une ONG puisse se lancer dans du crédit.
  • Il est nécessaire d’envisager, dès l’élaboration des programmes, l’accompagnement et renforcement des capacités des organisations communautaires partenaires ou bénéficiaires.
  • Il faut prendre beaucoup de précautions si l’on doit faire des subventions en argent comptant. Après l’octroi de ceci, l’on aura beaucoup de difficultés à intégrer les bénéficiaires dans des logiques de crédits.
  • Il faut une très bonne connaissance du contexte/des besoins du quartier dans lequel on s’active. Cette connaissance doit être actualisée au cours de l’action. Certaines organisations ont même commandé des études au cours des interventions.

En conclusion, la culture d’assistanat de plus en plus présente en Haïti ces dernières années constitue un fort obstacle à tout élan de créativité du côté des populations : c’est l’un des aspects négatifs de la dynamique de l’aide telle qu’elle a été entreprise. En préparation de réponses à d’éventuelles crises futures, les acteurs humanitaires devraient à continuer à tester pour améliorer et consolider les méthodes de transfert monétaire afin de minimiser le plus possible les effets pervers de l’assistance. Entre temps, il faut s’attaquer aux défis actuels : renforcer les capacités des acteurs nationaux (Croix-Rouge haïtienne, ONG nationales et structures des pouvoirs publics) et concilier les approches humanitaires (centrées sur les vulnérabilités et les approches de développement (centrées sur le renforcement des capacités).

[1] Les ONG représentées dans l’atelier ou ayant participé aux discussions sont : Oxfam (Québec et Grande Bretagne), Entrepreneurs du Monde (EDM), Catholique Relief Services (CRS), la Croix-Rouge Française, la Croix-Rouge Britannique, Konsèy Nasyonal Finansman Popilè (KNFP), le Groupe URD, Fonkoze et Action contre la Faim (ACF).