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Humanitaires en mouvement n°19, numéro spécial "Localisation de l’aide "

Les acteurs locaux : des ressources clés et des appuis essentiels dans le domaine de la protection
Réiseal Ni Chéilleachair & Dr. Fiona Shanahan

 Quand on a besoin d’aide, on se tourne vers le local

Lorsque des personnes sont confrontées à une crise, elles cherchent en général du soutien auprès de ceux qui sont les plus près d’elles : au sein de leur famille, de leurs groupes sociaux et de leurs communautés. La continuité de la présence et la cohérence du soutien, sans considération d’échelle ou de statistiques, est souvent ce qui distingue un acteur local d’un acteur international. Dans le domaine de la protection, le local est clé : c’est là que repose la confiance.

Dans le cadre des engagements de Trócaire en matière de protection et en vue d’un appui à la protection mieux enraciné pour les communautés et avec les communautés elles-mêmes, l’organisation a récemment mené un travail de recherche en Birmanie, en RDC et au Liban auprès d’ONG locales qui mettent en œuvre des interventions de protection dans des environnements difficiles à atteindre, inaccessibles ou complexes en ville.

Pour que la localisation prenne tout son sens, notre étude avance qu’une « réponse localisée » doit impliquer que les initiatives sont conçues par des ONG locales en partant du terrain pour garantir une bonne articulation entre le soutien demandé et le soutien proposé. Il est également important de reconnaître que, dans le secteur de la protection, la grande majorité des intervenants de première ligne sont des femmes locales. C’est tout particulièrement le cas pour les actions de réponse aux violences à caractère sexiste mais c’est aussi évident, de façon plus large, au sein des domaines traditionnellement dominés par les femmes comme la santé mentale et le soutien psychosocial. Or, ces femmes sont confrontées à d’importantes difficultés à l’intérieur du secteur humanitaire. Les ONG locales mettent souvent en œuvre des interventions où l’accès est compliqué, il existe peu d’organisations spécialisées – voire aucune – qui s’occupent de cas signalés, et enfin participants et personnel du projet font face à des risques importants.

 Des questions complexes

Les ONG locales qui interviennent en mettant en œuvre des actions de protection, y compris des réponses aux violences à caractère sexiste, rencontrent donc des problèmes significatifs. Dans les contextes étudiés, les ONG locales acteurs de la protection connaissent des difficultés d’accès, notamment au niveau des négociations avec les acteurs armés pour accéder aux populations dans le besoin. Des schémas complexes de violence se déroulant dans des contextes affectés par un conflit de façon prolongée ont un impact sur la mise en œuvre des services, en particulier lorsque le soutien concerne des individus qui ont subi des événements multiples et cumulatifs, potentiellement traumatiques.

Un plus grand nombre de dossiers à traiter et de nouvelles arrivées rapprochées dans les camps ou les communautés d’accueil sur une période prolongée ont également des effets négatifs sur le personnel situé en première ligne, dont la majeure partie est issue de la communauté affectée par le conflit. Les ONG locales peuvent aussi rencontrer des difficultés pour ce qui est d’affirmer et de préserver leur autonomie technique, et leur contrôle sur le programme dans des contextes où des pressions considérables peuvent être ressenties par les ONG locales afin qu’elles mettent en œuvre des modèles ou des méthodologies promues par des organisations internationales.