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La revue du Groupe URD

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Les bailleurs émergents de l’aide humanitaire : le cas des pays du Golfe
Véronique de Geoffroy - Alain Robyns

En 2008, l’Arabie Saoudite est classée 3ème donateur pour l’aide humanitaire après les Etats-Unis et la Commission européenne. Pourtant la structuration du système international de l’aide s’est faite et se fait encore dans des fora principalement occidentaux et les donateurs dits « émergents » sont rarement intégrés dans les mécanismes de coordination. Il est donc crucial de mieux comprendre et connaître le rôle, les valeurs et les spécificités de ces acteurs pour les intégrer davantage dans les mécanismes de coordination.

Les efforts financiers pour l’aide humanitaire et la participation aux débats internationaux des pays du Golfe semblent démontrer un nouvel intérêt pour la question humanitaire. Certains pays du Golfe sont devenus très actifs dans le domaine de l’aide humanitaire en créant des structures gouvernementales pour l’aide d’urgence, en favorisant la mise en œuvre de l’aide, avec par exemple l’instauration de la cité humanitaire à Dubaï (Humanitarian City), en suscitant des débats sur l’aide humanitaire, en augmentant leurs financements aux agences des Nations unies ou encore en accueillant des conférences internationales comme le DIHAD [1]. En 2008, l’Arabie Saoudite fut classée 3ème donateur pour l’aide humanitaire après les États-Unis et la Commission européenne [2].

Pourtant, les crises récentes, comme la crise de 2006 au Liban, ont mis en évidence le manque d’intégration des représentants des donateurs arabes dans les mécanismes de coordination internationaux. Plus globalement la structuration du système international de l’aide s’est faite et se fait encore dans des fora principalement occidentaux, ce qui risquerait à terme de renforcer le sentiment que l’aide humanitaire est basée sur des valeurs occidentales alors qu’elle se veut universelle. Il est donc crucial de mieux comprendre et connaître le rôle, les valeurs et les spécificités de ces acteurs pour les intégrer davantage dans les mécanismes de coordination.

Au delà des difficultés pour trouver des chiffres et des informations détaillées sur les montants alloués et les types d’aide, la question de l’aide humanitaire dans les pays du Golfe, et plus généralement dans le monde musulman, rassemble un certain nombre de caractéristiques importantes à connaitre et à prendre en compte dans le cadre général du suivi de l’architecture internationale de l’aide et pour faciliter le dialogue.

La religion, source et justification des dons considérés comme obligatoires par l’Islam, permet de lever des fonds privés considérables, tant des entreprises que des individus, affectés aux œuvres de charité et à l’aide islamique. L’affectation prioritaire de ces financements aux conflits et catastrophes naturelles du Moyen Orient, comme pour la Palestine mais aussi le Liban, l’Iraq et le Yémen, relève de la solidarité islamique. En effet, celle-ci s’opère en premier lieu dans un cadre de proximité géographique et religieuse d’une fraternité musulmane envers ceux en terre d’Islam et envers les populations musulmanes.

Pour certains acteurs, l’aide humanitaire s’accompagne de programmes religieux en faveur des communautés musulmanes. Il n’est pas toujours aisé dès lors de faire la différence entre secours, aide humanitaire et activités religieuses, et c’est en cela qu’il est nécessaire, selon certains, de développer et de clarifier l’origine des fonds puisqu’elle influence le contenu de l’aide. Cette question constitue aujourd’hui l’un des débats centraux entre acteurs du monde musulman. D’une action caritative au départ, elle se professionnalise à l’instar des autres organisations humanitaires, tout en conservant les valeurs religieuses qui la sous tendent.


[1] « Dubaï International Humanitarian aid and development » forum qui se tient chaque année début avril à Dubaï.

[2] Global Humanitarian Assistance report 2009, disponible sur http://www.globalhumanitarianassistance.org/analyses-and-reports/gha-reports/gha-report-2009 .