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Les cyclones et la question des liens urgence-développement
Caroline BROUDIC, Juin 2013

« Aujourd’hui 1er juin, s’ouvre officiellement en Haïti et dans d’autres pays de la région de la Caraïbe, la saison cyclonique qui se termine le 30 novembre. Une saison qui, traditionnellement apporte avec elle son lot de catastrophes, notamment d’inondations, de vents violents, de glissements de terrain, de coulées de boue, voire de raz de marée sur les zones côtières…, avec un lourd tribut en termes de pertes en vies humaines, biens matériels et dégâts environnementaux. Pour l’année 2013, les experts prévoient 18 cyclones nommés dans la région dont 9 peuvent se transformer en ouragans ». Message du Ministre de l’Intérieur et des Collectivités Territoriales, Monsieur David Basile, à l’occasion de l’ouverture de la saison cyclonique. 1er juin 2013.

Il n’est pas inutile, à l’approche de la saison cyclonique, de revenir sur certains enseignements, dans le domaine de la sécurité alimentaire, tirés des réponses aux désastres ayant frappé le pays ces dernières années.

1. Présentation de la problématique

Plus d’une quinzaine de cyclones et tempêtes cycloniques ont affecté, ces cinquante dernières années, diverses régions du pays et particulièrement la péninsule sud. Les évènements récents confirment cette vulnérabilité aux aléas météorologiques. Si la fréquence et intensité des cyclones en Haïti sont parfois imputées aux changements climatiques, cette corrélation fait toutefois encore l’objet de débats parmi les scientifiques et elle n’est pas à ce jour démontrée : « Les données disponibles en Haïti et les corrélations avec les pays et îles voisines permettent de déceler qu’il n’y a pas eu des changements majeurs des tendances dans la distribution des pluies depuis le début du 20ème siècle, au-delà des tendances sinusoïdales dans les limites de la variabilité climatique, contrôlée par les systèmes synoptiques de circulation régionale. Jusqu’à présent, l’influence du changement climatique n’est pas détectable dans les capacités de la résolution des données disponibles » [1]. Plusieurs études démontrent par contre une vulnérabilité croissante des populations rurales et urbaines aux aléas climatiques, en raison de la dégradation du milieu naturel et de la paupérisation des populations.

Un environnement dégradé

Les causes anthropiques des catastrophes successives, en accentuant les effets des aléas climatiques, sont largement démontrées : « L’extension des bourgs et des villes en secteurs potentiellement inondables, espaces qui constituaient auparavant des zones naturelles d’expansion des crues, expliquerait une grande part de la transformation du risque naturel en catastrophe humaine » [2]. Les conséquences de ce développement urbain incontrôlé sont aggravées par une déforestation massive en amont qui participe à l’augmentation du ruissellement : « Chaque année, Haïti perd l’équivalent de 20 000 tonnes de terres arables en raison de la déforestation massive » [3]. Si la coupe du bois pour la production de charbon est souvent dénoncée comme cause importante de la déforestation, l’extension des terres cultivées est probablement plus destructrice encore : « Cette extension des superficies cultivées, nécessaire à la survie de la population, expose chaque année de plus grandes surfaces aux effets des pluies. Il s’agit là probablement d’une des causes majeures de l’augmentation du ruissellement et de la fréquence des inondations en plaine, peut être même plus importante que l’accroissement de la coupe de bois pour la fabrication de charbon qui est couramment évoquée » [4]. Or, selon le Ministère de l’Agriculture, des Ressources Naturelles et du Développement Rural (MARNDR), plus de la moitié des terres du territoire national sont impropres à la culture sarclée (pentes > 40%).

Le trafic de bois avec la République dominicaine plus rarement évoqué n’en demeure pas moins une cause également importante dans certaines régions fortement exposées aux cyclones (exemple du Département du Sud-Est).


[1] Gouvernement d’Haïti, Analyse des menaces naturelles multiples en Haïti, 2010

[2] George Eddy Lucien, Considération sur la saison cyclonique dévastatrice de septembre 2008 en Haïti : de l’importance des actions majeures dans une perspective de durabilité, Décembre 2010, Etudes caribéennes

[3] GE Lucien, ibid

[4] Alex Bellande, Impact socioéconomique de la dégradation des terres en Haïti et interventions pour la réhabilitation du milieu cultivé, CEPAL 2009