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Les défis de la reconstruction du centre-ville de Port-au-Prince
Richener NOEL, Août 2013

Le Gouvernement haïtien nourrissait de grandes ambitions pour le centre-ville de Port-au-Prince ravagé par le séisme du 12 janvier 2010. Dans la perspective d’empêcher une reconstruction désordonnée, un Arrêté d’Utilité publique publié le 2 septembre 2010 avait alors donné à l’État le plein pouvoir pour un projet global et moderne qui aurait marqué le renouveau de la ville de Port-au-Prince. Certains membres du secteur économique ont toutefois dénoncé l’appropriation par l’État de cet espace. Cette attribution était qualifiée d’illégale, du fait qu’aucun projet spécifique n’avait été retenu, et d’infertile selon les protestataires, parce que cette action de l’Exécutif aurait bloqué tout effort de mise en œuvre de projet de la part du secteur privé. Cependant plus d’un an après un nouvel arrêté présidentiel reportant ledit arrêté, corrigeant les prétendues erreurs commises par le premier et minimisant la surface déclarée d’utilité publique, aucun projet d’envergure de construction ou de reconstruction n’est lancé, sinon les projets de l’État lui-même. Entre temps, nous assistons à une reconfiguration des pôles économiques dans la région métropolitaine de Port-au-Prince qui assigne à certains quartiers de nouvelles fonctions et enlève à d’autres des rôles gardés jusque-là. Les différents secteurs impliqués dans cette reconstruction reconnaissent que l’abandon du centre-ville souvent attribué au séisme s’inscrit dans une problématique plus large, qui concerne des facteurs plus structurels, d’ordre environnemental et démographique. Nous faisons ici la synthèse de ces éléments. Au bout du compte, cette analyse permet de saisir certains défis et enjeux de la reconstruction de la ville de Port-au-Prince.

1. Centre-ville de Port-au-Prince : définition et délimitation

Le « Centre-ville » de Port-au-Prince ne fait pas l’objet d’une délimitation claire et officielle ; les différentes législations utilisent de préférence les terminologies « centre-historique » et « centre-ancien ». Dans l’Arrêté du 5 septembre 2010, le centre-historique représente un polygone circonscrit au nord par la rue des Césars au sud : la rue St Honoré, à l’est : la rue Capois et à l’ouest : le rivage de la mer. Les arrêtés de mai et juin 2012 sur la reconstruction de Port-au-Prince font, quant à eux, état de trois entités distinctes : l’aire du Centre-ancien, désignant la ville de Port-au-Prince dans ses limites coloniales, délimitée par les rues Monseigneur Guilloux à l’est, Dehoux et Oswald Durand au sud, Rempart au nord, et Quai à l’ouest ; la Zone réservée au niveau du littoral située en face du Bicentenaire et, le jardin historique désignant l’aire du Champ de Mars.

Plan centre-ville

Ils ne précisent pas si ces entités font partie du centre-ville ou de la ville en général, le centre-ville étant plus large que le centre-historique. Ils font référence à une entité historique qui est normalement le quartier le plus ancien de la ville ; fonctionnelle s’agissant de la principale zone commerciale, du centre du pouvoir politique et de l’administration centrale et des principaux cabinets privés, et ; géographique, comme étant le point central ou le cœur de l’agglomération de la capitale d’Haïti. Le centre-ville regrouperait normalement le centre commercial ou le bas de la ville (downtown), le centre administratif, dont le Champ de Mars, le Bicentenaire, mais aussi une partie du quartier de Bel-Air (le point originel de la ville appelé aussi l’ancienne ville). Sur le plan historique, spatial et urbanistique, il n’y aurait aucune raison d’omettre les quartiers la Saline et les ports de l’aire du centre-ville de Port-au-Prince.

Cette partie de la ville est l’une des plus touchées par le séisme de 2010. Bâtiments publics et administratifs, établissements de commerce, édifices religieux, écoles ont, pour nombre d’entre eux, été détruits, et par là-même une partie importante de la richesse du patrimoine architectural historique. Au lendemain de la catastrophe, mis à part le secteur informel, la plupart des anciens occupants se sont implantés ailleurs. En raison de l’incapacité de la police à sécuriser le site, les récupérateurs de matériaux, appelés surtout dépeceurs, l’avaient envahi et ont même pillé une grande partie des bâtiments du centre-ville (historique). Beaucoup d’entre eux ont été incendiés, vandalisés et des artefacts (matériaux, pièces d’ornements à valeurs historiques et patrimoniales) emportés.