La revue du Groupe URD

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Les défis de la reconstruction du centre-ville de Port-au-Prince
Richener NOEL, Août 2013

 

 4. Quelle place pour le patrimoine historique dans la reconstruction du centre-ville ?

La préservation du patrimoine culturel historique (matériel et immatériel) du centre-ville est en danger ; plusieurs éléments expliquent une telle situation. D’abord, l’État haïtien, à travers ses différentes instances impliquées de près ou de loin dans le patrimoine, sous un leadership de l’Institut de Sauvegarde du Patrimoine National (ISPAN), n’avait établi aucun plan d’urgence de préservation du patrimoine en cas d’éventuelle catastrophe, quand bien même un tel dispositif paraissait essentiel. En effet, ces questions de préservation du patrimoine architectural s’étaient déjà posées en 2008 quand le centre-ville de Jacmel avait été frappé par des cyclones successifs. Cette absence de préparation a ouvert la voie à de nombreux tâtonnements et de choix hâtifs provoquant des dégâts irréparables.

Après le séisme, des bâtiments à valeur historique ont même été rasés en centre-ville sous l’égide du Ministère des Travaux Publics. N’était-ce des protestations de l’ISPAN, les dégâts auraient pu être plus importants encore [2].

Des instances nationales et internationales désirant aider ont également naïvement détruit de nombreux éléments importants. L’État n’a pas non plus prévenu les pillages, laissant les dépeceurs emporter, incendier et détruire nombre d’immeubles d’importance patrimoniale dans le centre-historique de Port-au-Prince. Par la suite, beaucoup de bâtiments parmi les 403 tagués « Patrimoine historique » par l’ISPAN ont subi des actes de vandalisme [3]. Sans les mesures adéquates, les mêmes conditions qui ont favorisé ces méfaits risquent de se reproduire à l’avenir.

Ensuite, les efforts déjà entamés dans le processus de la reconstruction (surtout les arrêtés) ont montré que l’État haïtien se fait une vision limitée du patrimoine à protéger au centre-ville. Le professeur Olsen Jean-Julien a adressé au Président de la République une lettre ouverte dénonçant cette « vision partielle » du patrimoine. Parmi les exemples cités, on peut retenir que les arrêtés ne font aucune mention ni état des avancées internationales sur le patrimoine urbain, notamment la CHARTE INTERNATIONALE POUR LA SAUVEGARDE DES VILLES HISTORIQUES adoptée par l’ICOMOS, à Washington DC, en octobre 1987 ; en réduisant le Champ de Mars à un « Jardin historique », l’État minimise une bonne partie de la dimension du patrimoine de cette place publique, qui comprend non seulement la composition architecturale et végétale des places, mais aussi tous les éléments entourant les places (types et façades des maisons, paysage formé par ces derniers, etc.), ainsi que les traditions orales qui les entourent. La délimitation du centre-ancien, sur la base d’une carte réalisée en 1880 crée aussi des controverses, car mettant de côté toute l’histoire du XXe siècle de la ville. Le plan de la Zone réservée du littoral fait d’ailleurs abstraction de toute la mémoire des aménagements réalisés à l’occasion de la célébration du bicentenaire de Port-au-Prince. La préférence par la Présidence de la terminologie centre-ancien en lieu et place de centre-historique a en ce sens une signification réductrice.

En outre, si un arrêté a déjà fixé les règles de conduite dans la (re) construction du centre-ville en vue de protéger trois éléments de patrimoine (les galeries-piétons, le tracé et les places publiques), rien n’est encore dit sur l’implication de l’État dans la récupération des bâtiments estampillés par l’ISPAN encore existants. Cette question est d’autant plus pertinente que la reconstruction d’un bâti historique est complexe et onéreuse.

Bâtiment ISPAN

Bâtiment estampillé par l’ISPAN

L’ISPAN pourra-t-il mettre à disposition de ces propriétaires des techniciens compétents pour les travaux de restauration ? En plus, les bâtiments « anciens » n’offrent pas la même possibilité d’exploitation que les maisons nouvellement construites. Quelle forme d’accompagnement permettant d’augmenter leur rentabilité afin que les propriétaires puissent y investir ?


[2] Bulletin de l’Institut de Sauvegarde du Patrimoine national (ISPAN), numéro 33, 1er mai 2013.

[3] Bulletin de l’ISPAN, numéro 18, 1er novembre 2010.