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La revue du Groupe URD

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Humanitaires en mouvement n°11, N° spécial " Résilience "

Les habits neufs de l’empereur ou l’opportunité de faire les choses de manière radicalement différente ?
Intervention de François Grünewald

À terme, la résilience doit-elle être considérée comme un nouveau paradigme directeur de l’aide internationale, puisqu’elle fourni à la fois des fondements théoriques et des éléments pratiques pour sa mise en œuvre ? Probablement. Cependant, de nouvelles perspectives s’imposent pour envisager les questions de coordination et les actions transectorielles, au lieu de se concentrer sur les « étiquettes » et les définitions.

L’une des principales conclusions de ces 8ème Universités d’Automne de l’Humanitaire est qu’aucune organisation ne peut prétendre renforcer la résilience toute seule. Une coopération entre les différents acteurs et différentes spécialités est nécessaire. Les défis sont de taille face aux échelles géographiques et temporelles distinctes, ou aux problèmes de nature transectorielle ou multidimensionnelle. Le renforcement des capacités ne peut plus s’opérer de manière uniquement isolée – que l’on considère cette question du point de vue des individus ou des secteurs – mais doit se réfléchir sous un angle plus global et intégré. Or le concept de résilience peut aujourd’hui contribuer à faire le lien entre ces différentes échelles, ces différents secteurs, augmentant les chances d’adopter une approche plus systémique, en opposition aux approches pragmatiques propres aux silos.

Si l’on pourrait considérer qu’il s’agit là d’une simple nouvelle « couche de peinture » sur ce que les organisations tentent déjà de faire, l’émergence de la résilience dans les débats actuels sur l’aide humanitaire et le développement offre néanmoins l’opportunité de choisir une perspective nouvelle, d’apporter un autre regard sur les situations et de revisiter notre « boîte à outils ». Tout cela peut d’autant plus contribuer à réformer le système de l’aide internationale et surmonter des difficultés de longue date telles que :

  • Le lien entre l’urgence et le développement ;
  • Les interactions de multiples acteurs à des niveaux différents ;
  • La flexibilité et l’agilité des systèmes d’aide, au niveau des bailleurs mais aussi des organisations.

Politiquement parlant, la résilience est aussi une notion permettant de réunir différents concepts, mettant en lumière des tensions spécifiques et, point le plus important, plaçant les populations au cœur des cadres de l’action humanitaire. La résilience encourage en effet les acteurs humanitaires à considérer les populations comme des partenaires et non des bénéficiaires, à se concentrer sur les capacités et les compétences des individus, à coopérer étroitement avec les communautés.

L’un des principaux défis est donc d’adopter une approche axée sur les populations, les considérant comme des partenaires et non des victimes. Mais cette approche ne doit pas devenir exclusive, les communautés résilientes ayant bien entendu aussi besoin de services sociaux résilients, de systèmes de gouvernance résilients, etc. que ce soit au niveau local ou national.

Il est temps d’impulser une réelle dynamique pour prendre des risques, être innovants, changer, s’adapter, penser autrement et (se) transformer. Mais l’architecture de l’aide internationale sera-t-elle capable d’évoluer suffisamment pour laisser sa chance au concept de résilience ? Une flexibilité accrue des agendas politiques et financiers est nécessaire, tant au niveau national qu’international. L’ensemble des différentes parties prenantes de l’aide internationale doit s’impliquer pour renforcer la résilience et trouver des moyens solides de mieux l’intégrer dans son action. La priorité est de re-évaluer ce que nous avons accompli jusque là, reconnaitre les limites de nos programmes, nos institutions, nos approches et de transformer notre discours en actions.

Cependant, trois problématiques restent encore à explorer davantage :

  1. Le rôle des écosystèmes et de l’environnement dans le processus de consolidation de la résilience.
  2. L’application du concept de résilience aux contextes de conflit armé, et notamment aux programmes de protection des populations, qui porte potentiellement des risques de détournement des responsabilités. Il pourrait être également intéressant de lier le concept de sécurité humaine avec celui de résilience.
  3. Pour finir, des interventions accrues pour renforcer la résilience vont-elles se faire en soutenant les sociétés civiles dans leur rapport aux autorités en risquant éventuellement de créer des tensions ou au contraire vont-elles se faire en dynamisant les espaces de dialogue et de coopérations entre les institutions de l’Etat et celles du secteur non étatique ?

 

Texte issu de la conclusion de François Grünewald
Directeur Général et scientifique, Groupe URD