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Les maisons de la reconstruction : boîtes à dormir ou habitation "Lakou" à vivre, deux ans après le séisme
Béatrice BOYER et Cassandre MEHU _ avril 2012

« Une maison c’est quatre murs et un toit ! Pas bien compliqué ! ». Cette vision restrictive de l’habitat est à l’origine de bien des erreurs observées lors d’évaluations. Si en milieu urbain, les difficultés rencontrées avec les questions complexes du « relogement » sont loin d’être résolues, réparer ou reconstruire des maisons en milieu rural, pourrait paraitre plus simple. Mais la reconstruction de l’habitat rural pose d’autres interrogations que l’on pourrait caractériser d’« identitaires ». Deux ans après le séisme du 12 Janvier 2010, de nombreuses questions persistent sur les enjeux de l’aide à la reconstruction des maisons en milieu rural.

L’urgence des besoins légitime-t-elle l’importation brutale et massive de modèles d’habitats, minimalisés, dénués des caractéristiques culturelle locales ? Une maison rurale en Haïti est plus qu’un « toit et 4 murs » mais un élément d’un espace socio-culturel, empreint de mémoire et de tradition magico-religieuse. Cet espace autour duquel s’organisent parfois plusieurs habitations a une identité, le « lakou », qu’on retrouve dans toutes les Antilles sous une forme ou une autre, et qui est lié à l’Histoire des Caraïbes. L’existence de ce Lakou ou binôme – maison/espace adjacent - pose la question de l’étendue de la responsabilité des décideurs de programmes d’habitat en phase de post-urgence, face à la culture locale, aux modes de vie, de construire, comme face aux aspirations de modernité chez les habitants concernés ? Dans quelles mesures les réponses à apporter peuvent-elles être à la fois efficaces, respecter les modes d’habiter locaux et engager les habitants à construire mieux ? Quelles capacités d’adaptation, de transformation, d’appropriation sont transférées ?

Regards croisés sur le statut de ‘bénéficiaire’ habitants - structures internationales

Les processus d’identification des futurs bénéficiaires, ciblages de l’aide internationale par enquêtes répétées auprès d’habitants, marquage de maisons, critères annoncés, n’incitent-t-ils pas à une posture d’attentisme durant laquelle les habitants, potentiels bénéficiaires, s’abstiennent de tous commentaires comme de toutes réparations d’ailleurs. Jusqu’où vont les responsabilités des acteurs internationaux dans tous ces processus qui sont ressentis par les intéressés, comme autant de promesses et qu’ils tentent de négocier en leur faveur. Comment passer du statut d’habitant plus ou moins sinistré à celui de bénéficiaire d’une maison ? Comment être sur la liste ? Les perversions que cette situation entraîne sont nombreuses. Le concept de ménage comme base d’entité familiale bénéficiaire n’est-il pas réducteur par rapport aux réalités des structures familiales élargies en milieu rural ? Les modes haïtiens d’habiter l’espace en zones rurales, en plusieurs habitations familiales placées autour d’une cour – lakou fonctionnant avec une certaine solidarité et une organisation spatiale particulière ne risquent-ils pas de voler en éclats avec ce ciblage par ménage ?