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Les métiers urbains en Haïti : vers une formation professionnelle en lien avec les dynamiques de développement
Cécile Bérut

Une étude de l’Observatoire du Groupe URD en Haïti, portant sur les nouveaux métiers urbains en contexte post-séisme, a fourni une analyse du marché de l’emploi des secteurs formels et informels, et présenté la configuration des dispositifs de formation professionnelle (FP) à Port-au-Prince et dans sa banlieue immédiate. Manque de données fiables sur l’emploi ; déficit de liens entre les centres de formation, les entreprises et les autorités chargées de la régulation de ce secteur ; difficultés d’accès à la formation ; mauvaise qualité des curricula et leur incohérence avec les besoins des entreprises, sont les principaux facteurs de blocage au développement de la formation professionnelle mis en lumière dans cette étude. Elle précise aussi les besoins actuels et à venir en ce qui concerne l’encadrement du secteur de la formation professionnelle et insiste sur la nécessité de sa réforme en profondeur en vue de mettre la formation en phase avec la dynamique de développement économique et social actuelle. Dans le présent article, nous vous invitons à découvrir un bref résumé du rapport de l’étude, tout en vous donnant le lien d’accès à celui-ci.

 Quelques efforts ponctuels, en faveur de la préparation aux métiers, réalisés par des acteurs humanitaires et de développement a la suite du séisme

Durant les années post-séisme, pour répondre aux besoins de renforcement de capacités de subsistances, des expériences ont été menées par des acteurs humanitaires et du développement pour l’appui à la formation professionnelle, à l’emploi et à la création de revenus, dans des quartiers de Port-au-Prince. Différentes expériences ont ainsi été mises en œuvre, par des ONG telles que CARE, Concern Worldwide, la Croix-Rouge française, Entrepreneurs du Monde, le GRET, la FOKAL, etc., comme l’appui à la création d’entreprises, l’insertion des jeunes dans le milieu professionnel, le renforcement des capacités, la réalisation de projets de développement urbain avec des appuis spécifiques en formations professionnelles (artisans, bibliothécaires, photographie, journalistes, etc.).

Ces expériences ont évolué depuis la période post-séisme vers des formations plus formelles, le développement de liens avec des instituts de formation, des recherches de diplômes reconnus par l’Institut National de Formation Professionnelle (INFP) et une volonté de renforcer des centres de formation plus que de développer en interne les formations professionnelles. Chacune des entités évoquées ci-dessus a également établi des liens avec des écoles professionnelles reconnues.

Des initiatives ont aussi été développées pour permettre à plus de jeunes de trouver un emploi (chantiers-écoles, financement de formation et emploi dans des projets de construction, mise en place de corps de métiers organisés…). Des entreprises ont initié des stratégies telles que des formations en interne, des liens privilégiés avec des centres de formation, le recrutement de personnes avec des références, l’accueil de stagiaires ou de jeunes en apprentissage. Par contre, les entreprises rencontrées ont montré leur peu de confiance dans les diplômes et dans le système de formation professionnelle. Ces dernières s’impliquent peu dans la définition des curricula et développent très peu de liens avec l’Institut National de Formation Professionnelle.

Un appui pertinent, vu le contexte de non-emploi, non-qualification, auto-emploi et débrouillardise des quartiers de Port-au-Prince

Haïti est fortement touchée par le chômage et présente peu d’opportunités de travail et d’emploi pour les jeunes des centres urbains du pays. Selon l’Institut Haïtien de Statistiques et d’informatiques (IHSI) le taux net d’activités serait de 47 % et le chômage s’élèverait à 16,8 %. L’emploi est avant tout informel et l‘agriculture reste encore le secteur d’activité le plus important avec 38,5 % de la population occupée par ce secteur. Le commerce occupe 29 % de la population. Le chômage touche également davantage les populations urbaines, soit 33,3 % en milieu urbain contre 9,45 % en milieu rural.

Dans les quartiers, les emplois les plus accessibles pour les jeunes passent généralement par l’auto-emploi autour des métiers de la construction et des services (plomberie, électricité), de la réparation de motocyclettes et du commerce. Des petites entreprises agroalimentaires (transformation de cacao en chocolat, transformation en pâte d’arachides, fabrication d’alcool ou de jus de fruits) se développent également, avec un savoir-faire local et traditionnel, sans un travail effectif et soigné sur la présentation des produits et leur commercialisation. En dehors de ces dynamiques de petites entreprises agroalimentaires, peu d’entreprises se sont développées dans les quartiers, du moins de manière formelle.

La nécessité d’aller vers des métiers plus valorisés est pourtant largement ressentie parmi les jeunes des quartiers. Ils développent une stratégie de course aux diplômes, aux certificats, stratégie qui n’est pas récente. La plupart des jeunes rencontrés lors de l’étude [1], dont au moins 80 % ont atteint le niveau secondaire (niveau rhétorique, ou niveau philo), se sont inscrits dans différentes écoles professionnelles. Les formations les plus demandées étant comptabilité, agent de banque ou billetterie pour agences de voyages pour les jeunes filles, et plomberie, mécanique ou électricité pour les jeunes hommes. La plupart ont des difficultés pour terminer le cursus dans sa totalité en raison d’un manque de fonds pour payer les frais scolaires. De nombreux jeunes commencent la formation, mais peuvent s’arrêter en cours d’année ou en cours de cursus si la formation dure plus d’une année et reprendre un ou deux ans plus tard. Quelquefois, ils perdent même le bénéfice des premiers mois étudiés et sont obligés de reprendre un cursus entier. Les écoles sont choisies en fonction des informations obtenues par les amis du quartier (leurs expériences), à travers la publicité, mais également en fonction du prix de l’écolage. Finalement, le choix ne s’effectue pas en fonction de la reconnaissance de la formation, du diplôme et des facilités d’insertion en fin de formation. Étonnamment, de nombreuses personnes enquêtées ont reconnu ne pas savoir quel type de diplômes et certificats leur seront délivrés en fin de formation. La durée de formations est très variable et peu de stages sont proposés par ces instituts.

Les efforts ponctuels et épars des différents acteurs sont donc incontestablement pertinents. Il est toutefois fortement recommandé qu’ils soient alignés sur une politique claire et un cadre de gestion établi et consolidé par l’INFP. Il serait aussi nécessaire de formaliser la plateforme des institutions travaillant sur la formation Professionnelle – l’INFP, une représentation des instituts de formation, du secteur privé, des entreprises, ONG et fondations travaillant dans le secteur – et de créer ainsi un espace d’échanges entre les différents acteurs travaillant dans le secteur. Cette plate-forme réunira les acteurs du secteur et pourra entre autres réaliser un travail sur le cadre légal avec le dépôt d’un projet de loi-cadre sur la Formation Professionnelle.


[1] Dans les quartiers de Delmas 7-11.