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Humanitaires en mouvement n°10, N° spécial " Sahel "

Les multiples fronts de la lutte contre la sous-nutrition
Christina Lionnet

La bande sahélienne est une zone marquée par une double fragilité : fragilité alimentaire et nutritionnelle chronique, accentuée par des épisodes saisonniers conjoncturels plus ou moins marqués. Alors que la région est touchée une fois de plus cette année par une crise alimentaire, la nécessité de limiter l’impact des pics de sous-nutrition réguliers tout en réduisant les vulnérabilités structurelles, paraît essentielle. Action contre la Faim (ACF) s’y emploie en appliquant une approche intégrée, visant à s’adresser simultanément à tous les facteurs, directs ou sous-jacents, de la sous-nutrition.

Durant ces dix dernières années, les taux de sous-nutrition au Sahel ont régulièrement franchi les seuils d’alerte internationaux, avec plus de 10% de malnutrition aiguë dans de nombreuses zones et plus de 20% dans les zones ou régions les plus vulnérables en période de pic.

Indépendamment des crises, les taux structurels élevés de sous-nutrition s’expliquent par une combinaison de facteurs : problèmes de disponibilité, d’accessibilité et de diversité de la nourriture ; présence de maladies infectieuses ; accès limité à l’eau et l’assainissement ; manque de services de santé adéquats ; comportements et pratiques de soins infantiles inadaptés.

Depuis 2005, les efforts mis en œuvre pour combattre la sous-nutrition en Afrique de l’Ouest se sont essentiellement concentrés sur l’amélioration de la réponse aux crises, sans que des solutions durables soient suffisamment mises en avant. La fréquence de ces pics a tendance à augmenter et avec elle, la gravité de leur impact sur les populations, tandis que les capacités de résilience diminuent. Le cas de la crise alimentaire actuelle au Sahel, survenue deux ans après celle de l’été 2010, illustre cette érosion progressive de la résilience des populations les plus vulnérables face à l’effet cumulatif des chocs. Elle illustre également la nécessité de réduire la vulnérabilité nutritionnelle sur le long terme, tout en "s’armant" pour atténuer les pics épisodiques qui fragilisent profondément les familles.

On dispose aujourd’hui de connaissances accrues concernant les causes globales de la sous-nutrition et les interconnections nécessaires entre les divers secteurs techniques. La lutte contre la sous-nutrition implique que celle-ci soit reconnue comme un enjeu de santé publique et prise en charge au même titre que d’autres maladies. Elle nécessite également d’actionner des ressorts multiples, comme l’agriculture, le changement des comportements, l’accès à l’eau, l’hygiène et l’assainissement, ou encore la protection sociale, au sein de politiques multisectorielles.

La lenteur des progrès effectués dans le développement de ces politiques multisectorielles fait cependant partie des 6 lacunes principales [1] identifiées par ACF dans la réponse apportée aujourd’hui à la vulnérabilité nutritionnelle en Afrique de l’ouest.


[1] Les autres lacunes concernent :
1) l’absence d’une analyse partagée sur le contexte nutritionnel et son évolution, et le manque d’anticipation des pics qui en résultent
2) les difficultés persistantes à répondre à de multiples urgences dans la région, en particulier les urgences de petite et moyenne échelle
3) la multiplication des acteurs œuvrant à la mise à l’échelle du traitement de la malnutrition aiguë sévère (MAS), alors que le suivi de qualité et les liens terrain/décideurs sont trop souvent inexistants
4) l’insuffisance des actions précoces visant la malnutrition aiguë modérée (MAM)
5) l’aspect encore limité des actions préventives visant à réduire la vulnérabilité des familles "à risque", alors que l’on manque d’éléments fiables déterminant ce qui est rentable et peut être répliqué en la matière.