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La revue du Groupe URD

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Marginalisation & vulnérabilité sexuelle dans les camps de déplacés de Port-au-Prince

La population vivant toujours dans les camps de déplacés plus de deux ans après le séisme était estimée par OIM (Organisation Internationale des Migrations) à un peu moins de 500 000 personnes en février 2012. Si la stratégie affichée par le Gouvernement haïtien est d’assurer une solution de relogement durable aux personnes déplacées, il n’en demeure pas moins que le désengagement progressif d’une réponse humanitaire sans arrivée massive de l’aide au développement augmente les risques auxquels cette population est aujourd’hui exposée. La récente étude du CHRGJ [1], « Yon Je Louvri » [2], donne un aperçu des corrélations étroites entre l’accès aux ressources vitales et aux services de base et la vulnérabilité à toute forme d’exploitation, dont la violence sexuelle.
L’absence de données fiables sur la situation pré-séisme ne permet pas de comparaisons, mais les chiffres post-12 janvier sont par eux-mêmes éloquents. Ainsi, 14% des familles interrogées dans le cadre de cette étude ont admis qu’un membre au moins de la famille avait été victime de violence sexuelle depuis le tremblement de terre. Sachant que ce sujet reste tabou, il est convenu que ce chiffre est sous-estimé et qu’il minimise notamment les problèmes liés à « l’exploitation sexuelle » et au « sexe de survie ». Ces phénomènes caractérisent la relation étroite entre l’aide humanitaire et la vulnérabilité à la violence sexuelle à au moins deux niveaux : 1) Le sexe de survie est un mécanisme d’adaptation provoqué par l’éclatement des structures familiales et communautaires, la perte de protection et de filets de sécurité, et le manque d’opportunités économiques efficaces ; 2) L’exploitation sexuelle est la pratique par laquelle des membres des comités de camp, des responsables de la distribution de biens ou services, ou de l’évaluation de l’admissibilité aux prestations d’aide humanitaire auraient exigé des rapports sexuels en échange des ressources de survie de base, d’argent ou de logement. Ces phénomènes, s’ils ne sont ni nouveau, ni spécifiques à Haïti, ont été exacerbés par les conséquences du séisme.
Une étude de UNHCR confirme ces pratiques en indiquant que les femmes interrogées reconnaissaient fréquemment échanger des actes sexuels contre de la nourriture ou d’autres biens nécessaires à leur survie, incluant les coupons de distribution d’aide, l’accès à des programmes Argent-Contre-Travail ou même contre un repas.

Le rapport du CHRGJ met l’accent sur les risques d’une aggravation du phénomène consécutive à de nouvelles pressions : les menaces liées aux évictions forcées et le coût des services de base (accès à l’eau et à la santé). Il émet ainsi un certain nombre de recommandations adressées au Gouvernement Haïtien ainsi qu’aux organisations internationales et nationales. L’analyse de ces dernières, sur la base des différentes évaluations faites en Haïti par le Groupe URD, fait apparaitre trois grands enjeux :

  • 1) Il importe de renforcer l’autonomisation économique des femmes par l’appui à des activités génératrices de revenu ;
  • 2) Il faut veiller à ce que le passage d’une assistance humanitaire, souvent gratuite, à un système économique viable, donc nécessairement payant, n’entrainent pas de nouvelles vulnérabilités qui contraindraient des ménages ou individus vulnérables à adopter des stratégies à risque, y compris le commerce sexuel ;
  • 3) Il est essentiel de mettre un terme aux expulsions forcées des personnes déplacées en s’assurant qu’elles aient un accès sécurisé au logement.

Une meilleure compréhension de la corrélation entre l’accès à l’aide humanitaire et ces abus de pouvoir caractérisés devrait par ailleurs permettre d’intégrer ces risques à la conceptualisation et à la mise en œuvre de tous programmes en Haïti : processus d’identification et de sélection des personnes bénéficiaires, composition des comités et approche participative, outils de contrôle et de suivi, stratégie de désengagement. Il s’agit ainsi non seulement de prendre en compte ce lien entre les violations des droits économiques et sociaux et la vulnérabilité sexuelle dans le contexte actuel de retrait de l’assistance humanitaire, mais aussi dans le cas de futures crises.

[1] Center for human rights and global justice

[2] CHRGJ : « Yon Je Louvri : Reducing vulnerability to sexual violence in Haïti’s IDP camps”, 2012