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Humanitaires en mouvement n°15, N° spécial " Qualité de l’aide "

ONG humanitaires : regagner la confiance de l’opinion publique
David Eloy

Le secteur humanitaire souffre depuis plusieurs années de critiques de la part de l’opinion publique et des donateurs. Pour regagner leur confiance, les ONG doivent repenser radicalement (au sens étymologique du terme) leur communication, focalisée de manière quasi-obsessionnelle sur la figure du donateur. Or, les médias sont un allié indispensable dans la bataille pour la reconquête d’une opinion publique qui pourrait à terme se détourner d’elles. Encore faut-il s’interroger sur les évolutions qu’a connues le secteur de la presse (tout support confondu) et sur l’état de l’opinion publique aujourd’hui, pour pouvoir réinventer de nouvelles pratiques.

 Un paysage médiatique et une opinion publique en profonde évolution

Le temps où l’accès à l’information sur ce qui se passe à l’autre bout de la planète était réservé à une poignée d’individus curieux, est derrière nous. L’avènement d’Internet et des réseaux sociaux, dans un monde de plus en plus interdépendant, donne aujourd’hui à chacun la possibilité de s’informer facilement et, pourquoi pas, de vérifier l’information, y compris dans les domaines de la solidarité internationale, de l’urgence et du développement. Le risque pour les ONG est donc aujourd’hui davantage de passer inaperçues ou de subir les contrecoups d’une campagne négative pour leur image que de ne pas avoir accès aux médias tant le paysage médiatique a profondément évolué.

Est-ce à dire que, finalement, les individus qui s’informent sur la Toile délaissent les médias traditionnels et qu’Internet est devenu l’espace d’information à investir par les ONG ? Ce n’est pas ce qu’a démontré l’enquête « S’informer à l’ère du numérique » réalisée sous la direction de Josiane Jouët [1]. En effet, il en ressort que les Français ne délaissent pas les médias traditionnels et qu’ils consultent au contraire une pluralité de médias, articulant télévision, radio, presse écrite et Internet. « La presse écrite, que l’on dit menacée, conserve une grande légitimité sur le web, souligne Josiane Jouët. Les Internautes considèrent les grands titres de presse comme des sources fiables, qu’ils consultent pour être bien informés, même s’ils jugent que la couverture des événements y est parfois partiale. Elle demeure, pour eux, la source d’information la plus valorisée ». Si cette analyse est confirmée par le Baromètre TNS Sofres – La Croix sur la confiance dans les médias 2014, selon lequel 69 % des Français suivent avec grand intérêt les nouvelles données par les médias (tous supports confondus), dans le même temps, le Baromètre relève que seulement 55 % d’entre eux considèrent que « les choses se sont passées vraiment ou à peu près comme la presse écrite les racontent ». La crise de défiance est réelle. C’est, après l’avènement du numérique, un paramètre majeur.

L’augmentation significative de la consultation d’informations en ligne s’accompagne aussi d’une modification profonde des modes d’information : le survol devient la règle. « Nous avons pu analyser les statistiques du panel de Médiamétrie qui montrent que les internautes passent en moyenne 5 minutes par jour sur un site de presse, qu’ils y lisent environ 6 pages et donc y consacrent en moyenne moins d’une minute par page », détaille Josiane Jouët. L’enjeu pour les médias en ligne est donc bien de retenir l’attention de lecteurs de plus en plus volatiles. Une mauvaise nouvelle pour celles et ceux qui, comme les ONG, essaient de décrypter le monde et d’en rendre compte ? Pas nécessairement, plutôt la nécessité d’adapter les modes de narration et de proposer des sujets qui interpellent le lecteur, qui l’interrogent, qui le mettent en mouvement. Le partage de liens d’articles et de vidéos, par courrier électronique ou via les réseaux sociaux, est devenu une pratique courante des internautes, a fortiori des personnes les plus impliquées dans les questions d’intérêt public, donc les plus susceptibles de s’intéresser aux réflexions et aux actions menées par les ONG. Il faut par conséquent savoir jouer intelligemment de la viralité.


[1] S’informer à l’ère du numérique, sous la direction de Josiane Jouët et Rémy Rieffel, Presses universitaires de Rennes, Coll. Res Publica, 2013.

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