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La revue du Groupe URD

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Organisation et gouvernance dans l’ère de l’humanitaire numérique
Andrej Verity & Mary Milner

Le secteur de l’action humanitaire assiste à l’émergence d’« humanitaires numériques » souvent appelés Communautés volontaires et techniques (CV&T). Celles-ci exploitent les nouvelles technologies pour combler le fossé entre les populations affectées et les organisations appelées à intervenir. Le volontariat et la technologie ont été d’importants moteurs d’innovation dans ce domaine par le passé et les CV&T modernes sont susceptibles de provoquer une nouvelle révolution. Toutefois, ces réseaux étant souvent nébuleux et mal définis, les organisations humanitaires formelles éprouvent des difficultés à collaborer avec eux et les intégrer de façon efficace. Afin de garantir l’impact positif de cette innovation, un cadre de gestion approprié, un engagement des deux parties et une interface neutre telle que le Digital Humanitarian Network seront nécessaires.

Nombreux sont ceux qui aiment écrire que nous devons changer notre approche en matière de gouvernance, mais peu de choses ont été faites pour comprendre spécifiquement comment réaliser ces changements. De plus, il existe toujours beaucoup de discussions au sujet de la lenteur de la communauté humanitaire quant à l’adoption de nouvelles technologies et de nouvelles approches. Un rapport récent, L’innovation collaborative dans les affaires humanitaires - Organisation et gouvernance dans l’ère de l’humanitaire numérique [1], a cherché à trouver des réponses ou des directions en se fondant sur un important travail de consultation d’autant de littérature que possible.

 Historique : les volontaires et l’innovation technologique

Les volontaires et la technologie sont le socle sur lequel s’est construit le secteur humanitaire. Le système humanitaire a en effet été initialement amorcé par des volontaires et stimulé par la technologie, constituant en soi une innovation dans le système établi des relations internationales basé sur des États souverains. Des technologies du XIXe siècle telles que le télégraphe et le moteur à vapeur ont ainsi réduit la distance entre la souffrance lointaine et l’intérêt du grand public. Cette connectivité croissante et l’universalité du mouvement de la Croix-Rouge ont donné lieu à une mobilisation politique et civile conséquente derrière l’effort visant à établir la structure organisationnelle et le cadre légal international régissant l’humanitaire. La Société des Nations et les Nations unies ont permis au système humanitaire de se développer afin de dépasser le niveau des États-nations et de constituer un développement majeur en matière de droit international et de relations internationales, c’est-à-dire une innovation. Cet éloignement de la souveraineté absolue peut être considéré comme le commencement de l’érosion du pouvoir de « l’État », un processus que les technologies de l’information et de la communication (TIC) ne semblent qu’accélérer.

Aujourd’hui, grâce à la diffusion médiatique instantanée amenant des guerres civiles aussi horribles que télégéniques dans les salons du monde entier, les efforts de la communauté internationale en matière de maintien de la paix et d’action humanitaire ont brusquement gagné en intensité après la fin de la guerre froide. En fait, « de 1948 à 1988, l’ONU n’a mené que cinq missions de maintien de la paix, [alors que] de 1989 à 1994, celle-ci autorisa 20 missions et augmenta le nombre de soldats de la paix de 11 000 à 75 000 ». Ce renforcement spectaculaire des efforts internationaux, combiné à un réseau d’ONG maintenant immense, signifiait que le système humanitaire nécessitait une meilleure coordination afin d’assurer son efficacité. En 1991, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté la Résolution 46/182 sur le « Renforcement de la coordination de l’aide humanitaire d’urgence du système des Nations unies », qui a créé le Inter-Agency Standing Committee [2] (IASC : Comité permanent inter-organisations) et le Département des affaires humanitaires, qui deviendra en 1998 le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (Office for the Coordination of Humanitarian Affairs ou OCHA [3]).