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Quel assainissement durable pour Haïti ? Recommandations et leçons tirées de la Conférence Nationale sur l’assainissement durable de Juin 2012, Port au Prince
Julie PATINET, Septembre 2012

(Les informations contenues dans cet article se basent principalement sur le compte-rendu des 11 présentations orales de la Conférence disponible sur le site de SOIL cité ci-dessous, ainsi que sur la connaissance du contexte par l’auteur)

  Sommaire  

Suite au tremblement de terre, de nombreux projets d’assainissement écologiques (EcoSan) divers et variés ont été mis en œuvre dans le cadre de la réponse humanitaire. La majorité de ces projets ont été confrontés à des difficultés importantes voire ont été des échecs à cause du manque d’expertise des acteurs de l’aide, du manque d’approche participative, de l’absence de projet pilote qui permettrait de tester les projets à petite échelle en amont d’une mise en œuvre à grande échelle, tout cela combiné à une sous-estimation budgétaire du volet « soft » (accompagnement) pour ce type de projet. Parallèlement la jeune DINEPA, pour qui l’approche EcoSan présentait un intérêt certain, peinait à avoir des informations sur ces projets, jamais évalués ni capitalisés. En Juin 2012 SOIL et UNICEF organisaient à Port au Prince la première conférence nationale sur l’assainissement durable. Plus de cent cinquante personnes représentant cinquante cinq organisations (DINEPA, ONG, Université chercheurs, consultants indépendants [1]) ont participé à la conférence. La conférence était l’occasion d’un premier partage d’expérience sur différents aspects de projets EcoSan (technologies telles que compostage, biodigesteur ; volet social/maintenance ; agronomie, recherches existant sur l’élimination des pathogènes) dans des camps de personnes déplacées, des quartiers urbains, en milieu rural, à échelle individuelle ou communautaire, dans des marchés, des écoles.

L’assainissement durable est défini par SuSanA (Sustainable Sanitation Alliance) comme un système qui doit être non seulement économiquement viable, socialement acceptable, techniquement et institutionnellement approprié, mais qui doit aussi protéger l’environnement et les ressources naturelles. L’assainissement écologique fait partie de la famille de l’assainissement durable et consiste à recycler et valoriser les eaux usées et les excrétas pour fertiliser les sols, considérant nos « déchets humains » (fèces et urine) comme ce qu’ils sont dans tout écosystème terrestre : des ressources valorisables. L’assainissement écologique (qu’on dénommera ici EcoSan) est une approche transversale à la croisée du secteur WasH avec la santé et la sécurité alimentaire. S’il peut se décliner en techniques, l’EcoSan est cependant avant tout un principe global de compréhension et de respect des cycles naturels des nutriments et des matières. Les systèmes EcoSan, en plus de préserver la santé humaine en confinant et hygiénisant [2] les pathogènes contenus dans les matières fécales (comme tout bon système d’assainissement) recyclent les nutriments que les excréta et les eaux usées contiennent. Dans la nature, les excréta provenant des humains, des animaux et des eaux usées jouent un rôle essentiel dans la construction de sols sains et dans la production de nutriments utiles aux plantes. Dans le contexte haïtien d’environnement extrêmement dégradé, tout ce qui contribue à la restauration des sols devrait être encouragé.

Depuis 2006 SOIL est l’ONG la plus active en Haïti dans le domaine de l’assainissement écologique, et a été l’une des première à développer une approche EcoSan réussie en réponse au tremblement de terre : des toilettes à séparation des urines et prise en charge du compost des matières fécales dans les petits camps à Port au Prince, des formations [3] à la construction de système à diversion d’urine, la construction et gestion de plusieurs sites de compostage des matières fécales vidangées [4]. Au plus fort de la réponse, SOIL gérait 200 toilettes publiques dans 31 camps pour 20 000 personnes.

Le séisme a révélé au grand jour l’absence de filière assainissement liquide en Haïti (cadre institutionnel, site de vidange, formalisation du statut des bayakous et renforcement de capacités) : accompagner la création de la filière constitue la première étape vers un processus de développement. Parallèlement, la transition vers un assainissement durable passe par le soutien aux projets d’assainissement à l’échelle des quartiers en lien avec le cadre institutionnel en cours de définition. La valorisation à l’échelle familiale et collective dans les quartiers, en synergie avec les acteurs spécialisés en agronomie et sécurité alimentaire, est une clef de pérennité des projets.

Les principales leçons apprises et recommandations issues de la conférence sont les suivantes :


[1] Voir sur le site web de SOIL les noms intervenants avec le contenu de leurs présentations.

[2] Hygiéniser les excréta consiste à détruire ou désactiver les germes pathogènes et les parasites (responsables des maladies diarrhéiques) qu’ils contiennent, au moyen d’un traitement adapté.

[3] En particulier pour les les maçons

[4] Trois sites de compostage après le tremblement de terre (Delmas 33, Cite Soleil, Pernier) ; aujourd’hui SOIL gère un seul site de compostage situé à Truitier, en plus du site à Limonade en fonction depuis 2009.