Accueil | Publications | Humanitaires en mouvement | Humanitaires en mouvement n°16 | Quelle approche pour la mesure de la résilience ?

La revue du Groupe URD

Outils et méthodes

CHS Norme humanitaire fondamentale (CHS)
Pictogrammme Sigmah Logiciel Sigmah
Pictogrammme Reaching Resilience

Reaching Resilience
Pictogrammme brochure Formation Environnement
Pictogrammme brochure Manuel participation
Pictogrammme COMPAS Méthode COMPAS
Pictogrammme globe terrestre "Mission Qualité"
Pictogrammme PRECIS Humatem Méthode PRECIS

Quelle approche pour la mesure de la résilience ?
Valérie Léon & Coline Michon

 

 Comment mesurer ? enjeux méthodologiques

 

Les difficultés conceptuelles et méthodologiques

Parce que les notions de résilience et de relèvement ne sont pas forcément répandues et pratiquées dans l’ensemble des contextes, il existe un risque de confusion au sujet de leurs définitions, donc par rapport à l’interprétation des résultats de toute tentative de mesure. En ce sens, les acteurs impliqués doivent créer un consensus autour de ce que signifie et implique un processus de résilience (ou de relèvement) dans leur contexte d’intervention avant de développer une quelconque méthode de mesure.

A ce sujet, il existe un débat central autour de la pertinence des concepts de résilience et de relèvement dans des situations de crise chronique où la récurrence des chocs vient amoindrir les capacités des populations (par exemple, en région sahélienne). L’outil envisagé par le Groupe URD pourra tout à fait combiner des indicateurs de relèvement et/ou de résilience, les deux phénomènes étant très ténus dans des contextes de crise à évolution lente. En cas de crises soudaines (par exemple un ouragan au Bangladesh ou un séisme au Népal), l’enjeu d’ordre méthodologique consiste alors à sélectionner des indicateurs mesurables sur une période dite de « relèvement rapide » (entre 6 mois et deux ans).

De manière générale, il existe une difficulté intrinsèque à décrire un processus holistique et le simplifier sous forme d’outil de mesure [2]. A cela s’ajoutent parfois la faiblesse des interactions et la variété d’approches entre acteurs, ce qui complique la mise au point d’une matrice commune d’indicateurs.

En outre, certains aspects - pourtant essentiels au phénomène de résilience - peuvent s’avérer délicats à mesurer en raison d’un manque de données empiriques (et fiables) ou de consensus à leur sujet. De telles difficultés de quantification sont courantes en matière de protection, d’équité sociale, de tensions intercommunautaires ou encore de santé mentale des populations affectées.

Enfin, l’intégration des perceptions des populations au sein de l’outil nécessite un arbitrage additionnel lors de l’identification et de la sélection finale des indicateurs.

 

Que cherche-t-on à mesurer ? Le processus ou la performance ?

Méthodologiquement, il existe deux manières d’appréhender et de mesurer le phénomène de résilience : 1) par l’évolution dans le temps des capacités inhérentes des individus, des ménages, des communautés et des sociétés dans le but de progresser vers la résilience [3] ; 2) par la contribution des programmes, d’un ou plusieurs acteurs de l’aide, qui ont pour but de renforcer la résilience des populations face à un certain type de choc.

Le Groupe URD appréhende essentiellement la résilience comme un phénomène, et non comme la somme des réalisations des opérateurs. Ainsi, au-delà de la mesure de la performance des interventions, la démarche de mesure adoptée vise à capturer et suivre un phénomène multifactoriel, déterminé en partie par les capacités internes, ainsi que par les stratégies des différentes parties prenantes (agences UN, bailleurs, ONG, États, etc.).

C’est pourquoi l’outil de mesure en cours d’élaboration ne prétend pas démontrer en premier lieu la performance (ou encore la contribution) de certaines interventions. En effet, les questions de causalité et d’attribution seraient bien trop complexes pour être tranchées objectivement et ce, d’autant plus pour un outil destiné à être utilisé par des opérateurs de terrain.

L’existence de ces deux niveaux de mesure (phénomène vs. performance des actions) soulève la question du « Quand mesurer ? » : avant et après la survenue d’un choc ou stress, ainsi qu’à intervalles réguliers pendant le processus de renforcement de la résilience.

Dans le même temps, il est également crucial que ces méthodes de mesure soient spécifiques au contexte et au(x) risque(s) en présence. La démarche suivie en l’espèce encourage ainsi les parties prenantes à analyser et souligner les vulnérabilités structurelles, les diverses contraintes et opportunités, mais également les processus d’organisation et d’autonomisation des populations face à un choc.


[2] Levine S., “Assessing resilience : why quantification misses the point”, HPG, 2014.

[3] Ici, la résilience est entendue comme la récupération des pertes antérieures, mais aussi la création de nouvelles capacités pour mieux faire face en cas de chocs futurs (i.e. la capacité à "rebondir").