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La revue du Groupe URD

Outils et méthodes

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Reaching Resilience
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Quelle approche pour la mesure de la résilience ?
Valérie Léon & Coline Michon

 

 La méthode de mesure proposée

Inspirée de la théorie du changement, la démarche d’accompagnement proposée vise à guider les acteurs de l’aide dans la construction d’outils de mesure « contextualisés ». Elle fournira un suivi des indicateurs clés, qu’ils facilitent (facteurs positifs) ou entravent (négatifs [6]) le processus de résilience des populations affectées suite à la survenance d’un choc ou lors d’une période de stress plus continue. Le lien avec les programmes d’aide, et donc leur potentiel impact en matière de résilience, seront quant à eux mis en lumière à travers le choix des indicateurs de mesure qui peuvent en bonne partie être extraits des systèmes S&E existants.

La première étape consiste à identifier les facteurs clés (également appelés « les conditions préalables pour le changement ») qui caractérisent au mieux certains « cheminements de résilience ou de relèvement » dans un contexte donné.

Dans cette optique, le modèle Aspen (voir figure ci-dessous) semble le plus approprié pour accompagner les diverses parties prenantes en vue de construire un consensus autour d’une analyse contextuelle spécifique, puis d’en déduire les indicateurs les plus pertinents.

 

Figure 2 : Adaptation du modèle de l’Institut Aspen – Théorie du changement.
Figure 2
Source : Andrea Anderson (2005), The Community Builder’s Approach to Theory of Change, The Aspen Institute Roundtable on Community Change.

 

La seconde étape de la consultation consiste à prioriser, parmi les facteurs de résilience, ceux qui sont à la fois prépondérants (notamment au regard des interrelations entre facteurs) et aisément mesurables (ce qui permettra la compilation de données).

La troisième étape consiste à formuler des indicateurs pour chaque facteur clé priorisé, ceci en prenant en compte les données existantes. La définition d’indicateurs de mesure de la résilience devrait intégrer autant que possible les données disponibles à partir des cadres de S&E existants.

 

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L’épreuve de la réalité : le pilotage d’un outil du relèvement rapide au Bangladesh

Le PNUD et le Groupe URD collaborent pour la mise en œuvre d’un projet, financé par ECHO, qui vise à la clarification, à l’intégration et l’opérationnalisation du concept de relèvement rapide dans la réponse collective aux crises. Dans le cadre de ce projet, la démarche d’accompagnement mise au point vise à guider une communauté d’acteurs pour l’élaboration d’outils de mesure « contextualisés » (Bangladesh, Népal, Niger). A la suite de ces tests « en réel », une version générique de l’outil de mesure sera conçue par le Groupe URD afin de faciliter la réplication dans d’autres contextes.

Au Bangladesh, l’élaboration d’un outil de mesure pour un contexte d’inondations récurrentes se déroule actuellement à distance avec un groupe d’opérateurs. Dans un premier temps, la conception de l’outil s’est basée sur une analyse contextuelle du phénomène d’inondations, d’érosion des rivières et d’engorgement des sols (région du Nord-Ouest) à travers une revue de la littérature [7] et une mission exploratoire (juin-juillet 2015). Suite à un séminaire de présentation de l’outil à Dhaka, une collaboration à distance a été mise en place avec un groupe d’intéressés (ONG nationales et internationales, l’équipe du PNUD et milieu académique).

Depuis juillet, les diverses interactions à distance ont permis de valider une première analyse des facteurs clés du relèvement dans un contexte d’inondations récurrentes. La collaboration engagée avec des opérateurs (notamment des ONG locales) possédant une forte présence opérationnelle sur le terrain et légitimité sociale a été clé à cet égard.

S’il a été relativement aisé de s’accorder sur une compréhension commune du relèvement (analyse du phénomène, sélection et priorisation des facteurs clés), la phase d’identification d’indicateurs appropriés et de collecte de leurs « valeurs » (à différents intervalles de temps) s’est avérée très consommatrice de temps, bien qu’il s’agisse surtout d’une compilation de données existantes. Ceci révèle la segmentation des méthodes de collecte et des sources, ainsi que la discontinuité de certaines séries de données. Lors des exercices d’évaluation conjoints par exemple, les données sont collectées sur une période de temps centrée autour du moment du choc, ce qui ne permet pas d’étudier le processus de relèvement au-delà de la phase strictement humanitaire.

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Afin d’en assurer l’adaptabilité, l’outil de mesure utilisera à la fois des indicateurs génériques et certains spécifiques au contexte. Dans sa version « générique » (c’est-à-dire adaptable à tout type de contexte), certaines rubriques ou exemples d’indicateurs possibles pourront être précisés. Cependant, ces derniers devront être complétés et/ou révisés, en consultation avec les acteurs terrain, afin de refléter au mieux les déterminants de la résilience (ou du relèvement) en relation avec un contexte ou programme opérationnel spécifique.

De plus, il est important de souligner que l’analyse des processus de résilience ou de relèvement peut être revue à tout moment par les acteurs sur la base des évolutions observées (ce qui inclut la récurrence ou la multiplicité des chocs, par exemple). Ceci implique donc une révision des indicateurs choisis pour illustrer les processus à l’œuvre dans un contexte donné.

La méthode de mesure possède une forte dimension liée au temps (avant, pendant, après la crise). Pour cela, l’outil inclura une série de valeurs de référence (baseline) avant le choc (ou immédiatement après), puis à intervalles réguliers après la survenance du choc. Par ailleurs, pour nourrir une analyse holistique du phénomène, il est également nécessaire de réfléchir selon plusieurs dimensions [8] et à différents niveaux (par exemple, aux niveaux ménage, communauté, district et national).

Enfin, le schéma ci-dessous présente le cadran méthodologique qui doit ensuite être rempli avec les données de terrain. Dans ce schéma, les indicateurs mentionnés sont utilisés à titre d’exemples pour clarifier la logique de construction d’une telle démarche de mesure.


[6] Dans ce cas, les indicateurs peuvent alors jouer un rôle d’alerte ou de « sentinelle ».

[7] Voir notamment : The JNA Consolidated Project (2014), Flooding in North-Western Bangladesh : HCTT Joint Need Assessment.

[8] Ici, a été adopté le cadre conceptuel largement répandu des 7 dimensions de la résilience (Humaine, Physique, Economique, Environnementale, Sociale, Politique et Gouvernance, Ressources Externes). Cf. Twigg (2009), « Caractéristiques d’une communauté résiliente », disponible à : http://tilz.tearfund.org/ /media/Files/TILZ/Topics/DMT/Characteristics%20French.pdf