La revue du Groupe URD

Outils et méthodes

CHS Norme humanitaire fondamentale (CHS)
Pictogrammme Sigmah Logiciel Sigmah
Pictogrammme Reaching Resilience

Reaching Resilience
Pictogrammme brochure Formation Environnement
Pictogrammme brochure Manuel participation
Pictogrammme COMPAS Méthode COMPAS
Pictogrammme globe terrestre "Mission Qualité"
Pictogrammme PRECIS Humatem Méthode PRECIS

Quelques leçons apprises sur le travail de l’Observatoire d’Haïti
Yvan Conoir

Depuis 2012, le Groupe URD a engagé des initiatives multiformes dans le but de renforcer l’analyse, le partage, la formation et la diffusion de savoirs sur les meilleures pratiques de l’humanitaire et de la reconstruction en Haïti, ceci dans le but d’enrichir les connaissances des organisations et d’améliorer les pratiques des professionnels humanitaires. Voici les enseignements qui ressortent de l’évaluation de l’un des projets menés.

L’évaluation finale du projet HELP [1] – Humanitarian Evaluation and Learning Project - est en voie de finalisation et un certain nombre de constats préliminaires permettent de dresser un bilan positif des initiatives engagées, tout en questionnant la durabilité du travail engagé en Haïti. Depuis 2012, le Groupe URD a engagé des initiatives multiformes dans l’objectif de renforcer l’analyse, le partage, la formation et la diffusion de savoirs sur les meilleures pratiques de l’humanitaire et de la reconstruction en Haïti, ceci dans le but d’enrichir les connaissances des organisations et d’améliorer les pratiques des professionnels humanitaires. Les études poussées réalisées par le Groupe URD dans un certain nombre de domaines thématiques ont démontré la capacité de l’organisation à ouvrir des champs de recherche novateurs (« Sécurité et aide humanitaire en Haïti » par exemple) ou axés sur des recherches thématiques en appui à de véritables chantiers de reconstruction : « Reconstruction et environnement dans la région métropolitaine de Port-au-Prince » ou « Approches communautaires en contexte urbain ». Une étude plus fondamentale sur le rôle des facteurs socioculturels dans la gestion des programmes WASH (Eau Hygiène et Assainissement) réalisés en Haïti a également eu un retentissement qui a largement dépassé les frontières du pays. La pertinence de l’étude a inspiré les travaux des cadres et professionnels de la Fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) et a conduit l’organisation à solliciter la production d’un « Guide mode d’emploi » des meilleures pratiques culturelles en matière de montage de projet WASH qui puisse appuyer les travaux d’autres représentations de la Fédération tant en Haïti que dans d’autres contextes humanitaires.

Un autre grand axe de travail du Groupe URD, sous l’égide du projet HELP, a consisté à étudier comment renforcer les capacités nationales en matière d’évaluation des organisations humanitaires nationales et internationales, et pérenniser ces enseignements dans le cadre d’une approche institutionnelle locale durable. Les différentes formations prodiguées par le Groupe URD pour des publics tant professionnels qu’universitaires, qui ont reçu un grand nombre d’évaluateurs nationaux effectifs (ayant déjà réalisé un certain nombre d’évaluation) ou potentiels (sans expérience en évaluation préalable), ont atteint leurs objectifs de qualité et de pertinence. En revanche, force est de reconnaître que la mesure de l’effet à moyen terme présente un tableau un peu plus contrasté. Les évaluateurs haïtiens formés par le projet ont en effet bénéficié d’une assistance de la part du bureau du Groupe URD pour affiner leur méthodologie ou leur matrice d’évaluation et l’appliquer à des évaluations en Haïti. Pour autant, la réalité à laquelle beaucoup se heurtent en raison de leur inexpérience et de l’absence d’un groupe formel plus ou moins constitué d’évaluateurs nationaux représente une limite évidente à la capacité des plus volontaires de pouvoir « franchir le mur » de la profession.

De même, les efforts engagés en Haïti par le Groupe URD pour faire intégrer des formations et curricula au sein de Départements universitaires n’ont pas donné les résultats escomptés, malgré des efforts certains, particulièrement avec l’Université d’État. La reconnaissance de l’évaluation, comme outil d’amélioration de la qualité et de mesure des efforts et changements engagés par des institutions humanitaires ou autres, n’est pas une réalité enchâssée dans une pratique régulière, récurrente, reconnue, et disposant d’un réseau de praticiens ou d’adeptes insérés dans une architecture professionnelle de validation des acquis ou des travaux, et intéressés à progresser seuls ou en association avec des praticiens internationaux. La double absence à Port-au-Prince d’une structure institutionnelle dédiée à la mise en œuvre de l’évaluation comme outil formatif ou sommatif, et le retrait du Groupe URD comme institution de référence en ce domaine (formation, pratique de l’évaluation, coaching de nationaux, diffusion de résultats d’évaluation) minimalisent l’impact à moyen terme de la formation d’un groupe de référence d’évaluateurs nationaux. Pourtant, l’évaluation a pu constater un désir d’appropriation certain de la part de certaines ONG nationales, désireuses de « nationaliser » ou « créoliser » tout ou partie du matériel du Groupe URD. Il en est de même de la part du ministère du Plan et de la Coopération Externe (MPCE). Avec détermination, en capitalisant sur des ressources humaines formées par le Groupe URD (et grâce à un financement espagnol de l’AECID), la Direction de coordination ou liaison avec les ONG du MPCE a organisé au printemps 2015 des séminaires de formation pour personnels de 10 différents ministères dans chacune des provinces du pays, en les faisant reposer sur le matériel de formation du Groupe URD. Plus modestement, une autre organisation spécialisée dans le microcrédit a fait part de son intention de former son personnel national à l’échelle du territoire, sur les techniques de suivi et évaluation, en « créolisant » le matériel de formation du Groupe URD.

La disparition récente de l’Observatoire du Groupe URD en Haïti et donc la fin de ses travaux de recherche, formation et diffusion est pressentie comme une perte importante à la fois pour les professionnels formés à l’évaluation ainsi que pour un grand nombre d’humanitaires nationaux et internationaux. Pour reprendre les propos d’un observateur interrogé par sondage : « Les travaux du Groupe URD nous permettent d’aller au-delà en creusant des thématiques et en tentant de mettre en perspective plusieurs points de vue, souvent contradictoires mais qui font avancer les débats. La capitalisation, autre que celle imposée par les bailleurs de fonds, est essentielle ». Les étudiants en évaluation espéraient que « l’Observatoire permette aux bénéficiaires de l’évaluation de l’action humanitaire de participer à des évaluations réelles afin de parfaire leur formation » [2].

Au terme de cette expérience de trois années, deux questions demeurent sans réponse : 1) pourquoi le Groupe URD n’a-t-il pas réussi à disposer des moyens et ressources lui permettant d’inscrire sa présence et ses travaux dans une perspective pérenne en Haïti, seul ou en association avec d’autres structures locales/internationales ; et 2) pourquoi une institution analysant les transitions entre l’urgence et le développement se retire d’un pays où pour la première fois les Nations unies viennent de passer d’un Plan humanitaire annuel (HAP) à un Plan de transition annuel (TAP) qui définit de nouveaux objectifs en termes de relèvement, de résilience et de transition vers le développement. Ces questions, qui ont déjà été posées d’une certaine façon lors des phases de fermeture des Observatoires en Afghanistan et au Tchad, montrent que le concept d’Observatoire de l’humanitaire et de la reconstruction comme outil d’appui continu à l’apprentissage proche du terrain, au renforcement des analyses contextuelles et à la construction de capacités nationales d’évaluation, n’a pas encore prouvé sa valeur ajoutée, et pérenne, aux bailleurs.

« Chapo ba pou ekip la, se moun ki angaje epi ki respekte pawòl. Mèsi anpil pou kouraj ak detèminasyon nou genyen pou kontribiye nan mete kanpe yon Rezo Nasyonal Evalyatè Aysiyen »
« Chapeau bas à l’équipe, des gens engagés et qui respectent leur parole. Merci beaucoup pour le courage et leur détermination à contribuer à la mise en place d’un réseau national d’évaluateurs haïtien »
.

Yvan Conoir, Universalia Management Group, évaluateur externe du projet HELP financé par USAID.

[1] Le projet HELP, financé par USAID, est l’un des projets qui a permis la conduite des activités de l’Observatoire en Haïti. Cet Observatoire a également bénéficié des soutiens de DFID, IrishAid et ECHO.

[2] Propos tenus dans le cadre d’un sondage réalisé pour l’évaluation du projet HELP.