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Quid de l’humanitaire d’Etat en France ?
Véronique de Geoffroy

La France a été classée 20ème sur 23 sur l’échelle des ‘bons donateurs humanitaires’ [1], loin derrière la Suède, la Norvège, l’Irlande ou le Danemark. Le niveau des contributions pour l’aide humanitaire française est particulièrement bas (57 millions de dollars en 2007, moins de 1% de l’APD), ce qui la place en 19ème position en termes de générosité.
Ce classement fait ressortir de façon flagrante le décalage entre l’image de la France – pays à la tradition humanitaire forte, dont le Ministre des Affaires Étrangères reste une figure – et la réalité caractérisée par la faiblesse de l’aide humanitaire française, que ce soit en termes de moyens ou de stratégie.

Image Index PDV

La réforme du dispositif humanitaire français en cours (création récente du Centre de Crise, renforcement prochain du rôle de l’Agence Française de Développement) permettra, espérons-le, une véritable structuration des moyens, des hommes et des idées pour une meilleure efficacité face aux situations de crise et de post-crise. Il est urgent en effet que l’État français réaffirme sans fausse pudeur mais aussi sans arrière pensée son engagement dans le « projet humanitaire » international, un projet de solidarité structuré par des valeurs et des principes forts, en lien les ONG, les Nations Unies, le mouvement de la Croix Rouge et l’Europe.

Mais il faudra pour cela que la question délicate du rôle de l’État dans l’humanitaire se clarifie. De nombreuses ONG (et par tradition les ONG françaises en général, construites en opposition à l’État) questionnent la légitimité d’un « humanitaire d’État ». Certaines pensent que l’action humanitaire est et doit rester une question de société civile, l’État n’étant mû que par des intérêts géostratégiques ou économiques.
Pourtant, c’est à ces mêmes États que l’on doit les textes du Droit International Humanitaire sur lesquels se base l’aide internationale et qui rappellent le fait que l’individu, en toutes circonstances – y compris au milieu des guerres et face à la folie des hommes –, a droit au respect de sa dignité et de son intégrité physique et corporelle. Signataire des Conventions de Genève ou de la Convention sur les Réfugiés, l’État a ainsi une responsabilité primordiale de respecter et faire respecter ces droits. Cet enjeu n’est pas mince dans un monde où la bataille de l’axe du ‘bien’ contre l’axe du ‘mal’ a bien failli faire oublier les acquis de 150 ans de construction du droit humanitaire.
D’autres encore rappelleront, à raison, que l’humanitaire ne peut constituer une politique au risque de masquer les véritables enjeux politico-diplomatiques de gestion des crises ou l’impérieuse nécessité de la prévention. Le côté médiatique et visible de l’aide d’urgence ne devrait en effet jamais occulter les véritables enjeux qui se situent en amont. ‘Humanitaire- cache-misère’ de la diplomatie ou ‘humanitaire-doigt sur la gâchette’, les différentes guerres des Balkans ont montré combien il faut se méfier de l’instrumentalisation de l’humanitaire par le politique. Mais les négociations politiques, les opérations de maintien de la paix, ou les problématiques de sortie de crise – sort des réfugiés, accès à la terre pour les déplacés, intégration urbaine de certains quartiers, etc. – ont aussi tous leurs « résonances humanitaires ». Les risques de ‘liaisons dangereuses’ ne font que souligner l’importance d’élaborer la stratégie d’un humanitaire d’État civil, basé sur les principes humanitaires. Pour ce faire, il importe de clarifier les interactions entre l’action humanitaire et les instruments de gestion de crise, et notamment les dispositifs militaires qui s’y trouvent impliqués.

De plus, comment nier que la quasi-totalité du système humanitaire international repose sur les financements étatiques ? MSF qui fonctionne majoritairement sur fonds privés ne peut constituer un modèle au niveau global au vu des besoins et des sommes colossales en question. 130 millions de victimes de catastrophes naturelles pour la seule année 2006, 24,5 millions de personnes déplacées de par le monde … En plus de la responsabilité des États de tout faire pour éviter l’apparition de ces besoins, il y a donc aussi une responsabilité éthique à ne pas fermer les yeux et à répondre à la détresse, notamment celle qui est loin des projecteurs et des caméras et de mettre en œuvre tout ce qu’il est possible pour protéger les populations civiles, là où l’argent du donateur privé sera moins à même de se diriger.

Dans un monde où les catastrophes naturelles et l’instabilité politique se multiplient, faisant toujours plus de victimes, il y a urgence à élaborer, au-delà des restructurations institutionnelles et des multiples réformes des dispositifs de gestion des crises et en concertation avec les ONG, une vision nouvelle, une stratégie de l’aide humanitaire française. L’élaboration de cette stratégie, qui doit n’être ni naïve, ni cynique, est indispensable pour faire face aux enjeux à venir. Que ce soit dans le cadre de la Réforme du système humanitaire des Nations Unies ou encore pour la mise en œuvre du ‘Consensus Humanitaire Européen’, les opportunités sont nombreuses et les besoins réels d’une participation active de chaque nation à ces débats. Ainsi alors, et seulement ainsi, la France pourra remonter durablement dans le classement des donateurs au niveau international, non pas par des jeux de chiffres et de coefficients de pondération mais par un travail stratégique de fond – non pour des questions de ‘concours de beauté’ mais pour mieux répondre aux besoins des populations dans les crises.

 

Véronique de Geoffroy, directrice des opérations, Groupe URD

[1] The Humanitarian Response Index, pour plus d’information voir sur http://www.hri.daraint.org/