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« Smart migration » ? Puissance et potentiel des téléphones portables et des réseaux sociaux pour transformer la vie des réfugiés
Marie Gillespie

Fournir des informations fiables et opportunes aux réfugiés devrait être considéré comme une question humanitaire de vie ou de mort, et non craint comme un moyen de faciliter les migrations vers l’Europe. Cela devrait faire partie intégrante de la « smart migration » en termes de politiques et de pratiques.

Cet article s’appuie sur une étude qui a examiné les traces parallèles des trajets physiques et numériques des réfugiés syriens, ainsi que sur le rôle joué par les smartphones dans l’itinéraire des mouvements migratoires et dans la vie des réfugiés. Cette étude a été menée par l’Open University et France Médias Monde de septembre 2015 à avril 2016. Elle a recensé les médias et les sources d’informations que les réfugiés utilisaient sur leurs smartphones depuis leur point de départ, durant leur trajet à travers différents États et frontières, et jusqu’à leur arrivée en Europe – s’ils atteignent la destination souhaitée. Le rapport qui s’en est suivi, « Mapping refugee Media Journeys : Smartphones and Social Media Networks » a été publié en mai 2016 [1].

Cette étude a identifié une énorme lacune dans la fourniture d’informations pertinentes, fiables et opportunes aux réfugiés. L’équipe de recherche s’est alors servi de cette étude pour fournir des preuves à la Commission européenne quant aux sources d’informations dont ont besoin les réfugiés pour prendre des décisions mieux informées. Nous avons également demandé aux États membres européens de respecter leurs obligations induites dans le cadre de la Convention de 1951 des Nations unies relative au statut des réfugiés. En tant que signataires de cette Convention, ces pays sont dans l’obligation de fournir les informations relatives aux législations nationales ayant trait aux réfugiés, et de coopérer avec le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés de façon opportune et ordonnée. Nous estimons ainsi qu’il existe un besoin urgent d’une politique et d’une approche européenne commune pour résoudre ce déficit d’informations.

Cet article présente les principaux résultats de l’étude sur l’utilisation des smartphones parmi les réfugiés. Il identifie certaines leçons apprises reposant sur une évaluation des ressources numériques actuelles produites pour et par les réfugiés. Huit principes ont été tirés de notre étude afin qu’ils puissent être utilisés par tout groupe cherchant à fournir aux réfugiés un support numérique via smartphones. Nous espérons qu’ils pourront contribuer à de futures avancées sur le terrain. De nouvelles réflexions complètent nos résultats sur ce que la « smart migration » pourrait signifier en tant que concept et ce qu’elle pourrait impliquer pour les stratégies et les pratiques : pour les réfugiés, les acteurs humanitaires, les gouvernements, les décideurs, la société civile et les ONG.

 Un an plus tard

Un an après le pic de la crise des migrants en Europe, la situation semble moins critique. L’accord entre l’Europe et la Turquie a réduit les flux de réfugiés venant de Turquie à un mince filet par rapport à août dernier lorsque, par exemple, deux mille réfugiés débarquaient quotidiennement sur la seule île de Lesbos. Néanmoins, les réfugiés continuent d’entreprendre des voyages dangereux jusqu’à l’Europe, en passant par la Libye. La Grèce et l’Allemagne ont assumé la majeure partie de la responsabilité pour ce qui est d’accorder leur protection aux réfugiés. La plupart des autres nations européennes leur ont tourné le dos, renforçant, fermant et militarisant leurs frontières, et continuent de se quereller sur le faible nombre de réfugiés qu’elles souhaitent accueillir. Les gouvernements et les décideurs européens ont en grande partie manqué à leur responsabilité relative à la Convention de 1951 sur les réfugiés qui les oblige à fournir protection et sécurité. Un aspect vital, mais négligé, de cette question est la sécurité de l’information : la fourniture d’informations opportunes, pertinentes, structurées et claires pour aider les réfugiés à accéder aux services et à l’aide humanitaire.

Un des traits distinctifs de ce récent exode humain est l’utilisation très répandue des smartphones par tous ceux qui peuvent s’en offrir, – mais même les réfugiés les plus pauvres peuvent généralement avoir accès à des téléphones portables 2G. Le personnel politique européen, les décideurs et le grand public ont tous été surpris de la capacité des smartphones et des réseaux sociaux à transformer les prises de décision, les trajets et les vies des réfugiés. En août 2015, les médias étaient ainsi inondés de reportages vantant les mérites des smartphones comme un des « indispensables » du réfugié. Toutefois, comme nous l’avons découvert dans notre étude, réfugiés et terroristes ont été associés dans l’imaginaire collectif après les attentats de Paris du 13 novembre, faisant du smartphone un des « indispensables » du terroriste, vu comme une menace, exactement comme les réfugiés. Les médias d’information se sont alors demandé si « des réfugiés maniant des smartphones » comme des armes pouvaient réellement être des réfugiés [2].


[1] 1 Le rapport complet est disponible à l’adresse suivante : http://www.open.ac.uk/ccig/sites/www.open.ac.uk.ccig/files/Mapping%20Refugee%20Media%20Journeys%2016%20May%20FIN%20MG_0.pdf

[2] Pour plus d’informations sur la couverture médiatique de ces questions, voir le premier chapitre du rapport de recherche de l’Open University : Mapping Refugee Media Journeys : Smartphones and Social Media Networks, de Marie Gillespie, Lawrence Ampofo, Margaret Cheesman, Becky Faith, Evgenia Iliadou, Ali Issa, Souad Osseiran, Dimistris Skleparis (publié en mai 2016).