Accueil | Publications | Humanitaires en mouvement | Humanitaires en mouvement n°5 | Stratégies d’influence des ONG Internationales sur les politiques publiques

La revue du Groupe URD

Outils et méthodes

CHS Norme humanitaire fondamentale (CHS)
Pictogrammme Sigmah Logiciel Sigmah
Pictogrammme Reaching Resilience

Reaching Resilience
Pictogrammme brochure Formation Environnement
Pictogrammme brochure Manuel participation
Pictogrammme COMPAS Méthode COMPAS
Pictogrammme globe terrestre "Mission Qualité"
Pictogrammme PRECIS Humatem Méthode PRECIS

Stratégies d’influence des ONG Internationales sur les politiques publiques
Véronique de Geoffroy - Alain Robyns

Les limites de l’action de solidarité internationale « en direct » ou seulement opérationnelle sont aujourd’hui plus claires qu’auparavant. Une action de solidarité, aussi pertinente soit elle, ne saurait résoudre par elle-même l’ensemble des problèmes à l’origine des besoins auxquels elle tente de répondre. Ces problèmes étant la plupart du temps d’origine politique, il lui faut dès lors s’intéresser aux politiques publiques. C’est à partir de ce raisonnement que nombre d’ONG internationales ont développé, à des degrés divers, de véritables stratégies d’influence. Elles dédient aujourd’hui, à l’instar d’autres secteurs d’activité, d’importants moyens pour les activités de lobby auprès des décideurs sur la scène nationale ou internationale (Etats ou organisations internationales).

 La place des ONG : contre-pouvoirs ou conseillers des pouvoirs publics ?

Le plaidoyer est un système d’actions comportant diverses activités, en général combinées les unes avec les autres et en cohérence avec la stratégie choisie. Sensibilisation, mobilisation, expertise, réseau et lobby sont autant de composantes d’une stratégie d’influence. Le choix de la stratégie d’influence dépendra de facteurs divers selon le dialogue instauré avec la cible (les autorités), la disposition des autorités, selon l’analyse des risques et la culture de l’organisation.

Traditionnellement portées vers le plaidoyer externe [1] de mobilisation publique et de contestation violente, un grand nombre d’ONG internationales ciblent dorénavant les décideurs politiques et optent pour un plaidoyer interne. Une étude, commanditée par CONCORD [2] en 2003, montre que les campagnes collectives de plaidoyer externe des ONG n’ont eu qu’un impact relativement limité sur les décisions et directives de la Commission européenne. Cette étude conclue sur la nécessité de revisiter les stratégies d’influence sur les institutions européennes et ses fonctionnaires, moins en prise avec les campagnes d’opinion publique. Elle recommande de baser le lobby sur une meilleure analyse des circuits internes de décisions à l’UE, de déterminer des positions sur les différentes problématiques et de se mettre d’accord sur des messages à faire passer par un « plaidoyer de couloir » ou d’action de lobby plus classique.

Fortes de leur expérience de terrain, elles s’engagent activement dans les débats et les enjeux d’aujourd’hui, reflet d’une participation citoyenne, afin d’influencer les politiques publiques. Sans nul doute, les ONG internationales ont acquis ces dernières années une reconnaissance de la part des institutions qu’elles contestent. « Elles ont ainsi déjà gagné deux batailles importantes : en animant le débat social et politique international, elles ont ramené beaucoup de gens vers l’action politique, et elles se sont imposées comme des interlocuteurs des États et des firmes les plus puissantes » [3].

Le développement de réseaux internationaux d’ONG capables de capter et d’organiser des informations, de prendre des positions, de constituer des observatoires sur la mise en œuvre concrète des décisions internationales ou sur le suivi des engagements permet d’accompagner et de servir de garde fou à cette construction de gouvernance mondiale [4]. Mais leur capacité d’influence et de modifier « les règles du jeu » du processus de mondialisation demeure encore bien inférieure à celle des États et des acteurs économiques privés.


[1] C’est-à-dire avec mobilisation de l’opinion pour influer sur le politique, plaçant le débat dans la confrontation avec la volonté d’attirer l’attention et incitant à une réponse publique. Ce type de plaidoyer se distingue du plaidoyer interne ou technique qui réside dans un travail de démarchage auprès des décideurs politiques, avec un apport d’analyse et expertise, une participation aux réunions de travail techniques et éventuellement une négociation dans des conseils consultatifs.

[2] Étude sur l’efficacité des stratégies d’influence politique des ONG, Mirjam van Reisen, EEPA.

[3] La montée en puissance des acteurs non étatiques, Christian Chavagneux, Université de Sussex, Centre for Global Political Economy ; L’Économie Politique et Alternatives Économiques - version raccourcie et légèrement amendée d’une contribution de Christian Chavagneux au rapport Gouvernance mondiale, 2002, n°37, publiée par le Conseil d’analyse économique.

[4] Les coalitions internationales d’ONG, du lobbying à la contribution à la gouvernance mondiale, Pierre Calame, janvier 2004, disponible sur http://www.institut-gouvernance.org/fr/analyse/fiche-analyse-31.html