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Travailler dans une prison au Myanmar : l’expérience de Médecins Sans Frontières dans la prison d’Insein
Jean-Marc Biquet

Travailler en prison pour une organisation humanitaire n’est pas chose facile, notamment à cause des caractéristiques spécifiques des lieux de détention. L’expérience de MSF au Myanmar dans la prison d’Insein illustre bien les difficultés d’atteindre des objectifs à la fois en termes de résultats (pérennité de la prise en charge médicale correcte et complète des patients) et de conditions de travail (minimisation de l’instrumentalisation, accès indiscriminé aux patients dans le besoin…).

L’action humanitaire en milieu carcéral est peu documentée, ce qui laisserait penser qu’elle est également peu développée : ne rentre pas en prison toute ONG qui le souhaite et l’information sur ce qui s’y passe n’est a priori pas disponible publiquement.
La situation est donc paradoxale, et l’on peut aussi aisément considérer que les détenus sont parmi les moins susceptibles d’accéder à une aide extérieure quand celle-ci est nécessaire.
Mis au ban de la société pour ce qu’ils ont fait ou pour ce qu’ils pensent, les prisonniers sont totalement dépendants, pour leur bien-être, du bon vouloir des autorités. Si la situation sanitaire est désastreuse, c’est bien souvent le résultat d’une négligence parfaitement volontaire : la sécurité est la préoccupation principale – voire unique – des autorités et la couverture, dans la dignité, des services de base comme la nourriture, l’hygiène, la santé ou la protection des droits des prisonniers vient éventuellement après comme le rapportait Manfred Nowak en 2010 (à l’époque rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture), après quatre années passées notamment à visiter de très nombreux centres de détention dans le monde entier [1].
Une des raisons du manque de projets d’assistance en milieu de détention est très certainement l’ensemble des difficultés liées aux conditions d’action : ce qui peut être fait en prison dépend totalement des autorités et est imposé par celles-ci ou l’objet de négociations très serrées. En fait, l’ensemble des problèmes pouvant se poser dans tous les projets humanitaires, quels qu’ils soient, existent en prison, mais de manière plus dense qu’ailleurs (risques d’instrumentalisation, de complicité, de manque d’adhérence des personnes aidées, atteintes à l’indépendance et à l’impartialité, problèmes de sécurité…).

Médecins Sans Frontières (MSF) a une certaine pratique des actions en milieu carcéral visant à répondre à une urgence médicale vitale pour la population qui y séjourne (choléra, famine, etc.). Parfois, l’organisation prend l’initiative de proposer une action de prise en charge des détenus atteints d’une maladie chronique et sans accès jusqu’alors à une prise en charge complète par les autorités responsables (tuberculose (TB), sida…) [2]. L’action est alors de plus longue haleine pour répondre à ce problème de santé publique.

L’expérience de MSF au Myanmar illustre bien ce cas de figure et les difficultés pour atteindre des objectifs à la fois en termes de résultats (pérennité de la prise en charge médicale correcte et complète des patients) et de conditions de travail (minimisation de l’instrumentalisation, accès indiscriminé aux patients dans le besoin…).


[1] « J’ai eu une impression assez globale des conditions de détention dans le monde. Dans beaucoup de pays, j’étais tout simplement choqué par la manière dont les êtres humains étaient traités en détention. Dès qu’ils sont derrière les barreaux, les détenus perdent la plupart de leurs droits humains et sont tout simplement oubliés par le monde extérieur ». Extrait du Report of the Special Rapporteur on torture and other cruel, inhuman or degrading treatment or punishment du 5/2/2010, p. 61. Consultable à l’adresse suivante : http://www2.ohchr.org/english/issues/torture/rapporteur/index.htm

[2] BIQUET J.-M. « Action humanitaire en milieu carcéral : l’expérience de Médecins Sans Frontières » in Humanitaires en Mouvements, avril 2014, pp. 12-15. Disponible sur : http://www.urd.org/IMG/pdf/URD_HEM_13_FR.pdf