Accueil | Publications | Humanitaires en mouvement | Humanitaires en mouvement n°17 | Tremblement de terre au Népal : une synthèse de la réponse et quelques leçons apprises

La revue du Groupe URD

Outils et méthodes

CHS Norme humanitaire fondamentale (CHS)
Pictogrammme Sigmah Logiciel Sigmah
Pictogrammme Reaching Resilience

Reaching Resilience
Pictogrammme brochure Formation Environnement
Pictogrammme brochure Manuel participation
Pictogrammme COMPAS Méthode COMPAS
Pictogrammme globe terrestre "Mission Qualité"
Pictogrammme PRECIS Humatem Méthode PRECIS

Humanitaires en mouvement n°17, N° spécial " Sommet humanitaire mondial "

Tremblement de terre au Népal : une synthèse de la réponse et quelques leçons apprises
François Grünewald & Anne Burlat

Le 25 avril 2015, le Népal a été frappé par un séisme de magnitude 7,8 dont l’épicentre était situé à 81 km au nord-ouest de la capitale népalaise, frappant des zones rurales, de petites villes et certains quartiers de Katmandou. Les répliques se sont poursuivies pendant plusieurs mois. Au total, on estime qu’environ 8 millions de personnes ont été affectées. Même si le Népal a été l’un des premiers pays d’Asie du Sud à mettre en place des lois et des politiques relatives à la gestion des risques de catastrophes, de nombreux facteurs complexifient la réponse à ce type d’urgence. Cet article détaille certaines caractéristiques du contexte d’intervention et de la réponse, une préoccupation majeure de la communauté de l’aide ayant été de ne pas répéter les erreurs commises en Haïti après le séisme. Il rappelle les leçons apprises, et les points à améliorer et anticiper pour la gestion de possibles urgences similaires à venir.

 Profil des risques au Népal

Le Népal est l’un des vingt pays les plus sujets à des catastrophes naturelles dans le monde et il a connu de nombreuses crises durant les vingt dernières années, y compris une guerre civile sanglante et des catastrophes naturelles régulières de différents types (inondations, glissements de terrain, séismes, tempêtes de vent et de grêle, incendies, vidanges brutales de lacs glaciaires et avalanches). Sur 200 pays, le Népal est classé respectivement 11e et 30e en matière de vulnérabilité relative aux tremblements de terre et aux inondations (PNUD/BCPR, 2004). La vulnérabilité physique du Népal est très élevée en raison de la présence de nombreux bâtiments et infrastructures construits sans la moindre référence à des techniques résistant aux aléas.

Katmandou, le district le plus peuplé du Népal, a fait depuis de nombreuses années l’objet d’une attention particulière en matière de « préparation aux séismes ». Sur les 21 villes dans le monde situées dans des zones sismiques similaires, Katmandou est celle qui encourt le plus de dangers au niveau de l’impact sur les populations. En outre, le développement urbain rapide et désorganisé – qui se traduit notamment par la non-conformité au Code de construction, la non-utilisation d’ingénieurs qualifiés ou de maçons formés, l’empiètement de bâtiments sur des espaces ouverts et la diminution de la nappe phréatique – augmente fortement la vulnérabilité. Les infrastructures et les services de base de Katmandou sont également extrêmement vulnérables.

Pour autant, en raison de son positionnement sur les pentes de la chaîne de l’Himalaya, la partie rurale du Népal a également été une priorité pour ceux qui s’emploient à réduire les risques de catastrophes (RRC), avec plusieurs bailleurs (ECHO, DFID, OFDA, etc.) qui ont investi des sommes considérables dans le développement des capacités en matière de réduction et de gestion des risques, notamment à travers un programme phare, le Nepal Risk Reduction Consortium (NRRC), qui réunit des agences des Nations unies et d’autres acteurs du RRC [1] pour travailler sur la préparation aux séismes et aux inondations. Des activités spécifiques ont été réalisées pour rendre le système de santé résilient aux chocs et capable de rester opérationnel pour fournir des services de santé de tout type après une catastrophe naturelle de fort impact. Les programmes mis en œuvre ont impliqué des programmes de gestion des risques au niveau communautaire (Community Based Disaster Risk Reduction ou CBDRR) en zones urbaines et rurales, et un certain nombre de programmes spécifiques financés par USAID, DFID et DG ECHO ont cherché à garantir que les services de santé fonctionneraient si un séisme de fort impact frappait la vallée de Katmandou et d’autres parties du pays.

Le Népal a été l’un des premiers pays d’Asie du Sud à mettre en place des lois et des politiques relatives à la gestion des risques de catastrophes (Natural Calamity Relief Act de 1982). Ce document fait officiellement de la réponse aux catastrophes une responsabilité gouvernementale qui oblige l’État à porter secours aux victimes des catastrophes. De plus, il désigne aux niveaux central et du district les autorités chargées de coordonner les efforts de sauvetage et de secours des diverses agences de réponse. Malgré cela, l’expérience des trois dernières décennies a démontré que cette structure est seulement capable de coordonner des catastrophes de petite ou moyenne ampleur.

Tirant les leçons du dévastateur tremblement de terre d’Udayapur (1988), le gouvernement népalais a commencé à élaborer le Code de construction national du Népal (finalisé en 1994) et a réalisé plusieurs études. Ce Code de construction comprenait des dispositions pour que les bâtiments soient construits selon les normes de résistance aux séismes, et traitait non seulement les problèmes de bâtiments conçus par des ingénieurs mais aussi de maisons dans les zones rurales, semi-urbaines et urbaines qui sont le plus souvent construites sans les apports d’un personnel qualifié en matière de construction parasismique. Toutefois, ce Code de construction n’a pas été appliqué de façon immédiate. Le gouvernement a seulement décidé de le rendre conforme au Code de construction obligatoire pour tous les bâtiments gouvernementaux (2003) et encouragé sa mise en œuvre dans toutes les zones municipales. La plupart des experts considèrent qu’il n’est pas encore appliqué par les municipalités qui n’ont pas les capacités pour cela.


[1] Pour plus d’informations, voir : F. Grünewald et S. Carpenter ; 2014 ; Urban Disaster preparedness in Katmandu, Nepal ; Croix-Rouge britannique et Groupe URD.