Aujourd’hui, en Afghanistan, entre 80% et 90% de la production agricole provient des parcelles irriguées. Au cours des 25 dernières années, la guerre, les mouvements des populations réfugiées et l’insécurité de la période post-talibans ont eu de lourdes conséquences sur les systèmes d’irrigation, qui avaient été conçus en réponse à des besoins qui, depuis, ont énormément évolué. Le bassin de l’Amour Daria près de Kunduz est l’une des zones agricoles les plus avantagées d’Afghanistan. Ce que l’on appelait avant "le grenier à blé de l’Afghanistan" produit aujourd’hui encore le meilleur blé du pays et une partie des produits maraîchers.
Le projet PMIS, financé en quasi-totalité par l’Union Européenne, est un projet de recherche-action de trois ans (2005-08), mené par le consortium Agha Khan Foundation (AKF) for Afghanistan et le Groupe URD. Le Groupe URD est en charge de la partie recherche sur les systèmes agraires et la gestion sociale de l’eau dans quatre canaux des provinces de Baghlan et Takhar, tandis que, dans la seconde phase, notre partenaire AKF met en œuvre la mobilisation sociale sur la base des résultats de la recherche.
L’objectif principal du PMIS est d’aider à réduire la pauvreté en améliorant la sécurité alimentaire. A travers l’acquisition de connaissances en matière de pratiques de gestion de l’eau, le renforcement de l’implication et de l’organisation des usagers agricoles de l’eau d’irrigation, ainsi que le renforcement des capacités institutionnelles afghanes à assurer une distribution, une gestion et des usages de l’eau de manière équitable et efficace, il s’agit d’aider les communautés d’irrigants à améliorer leur gestion sociale et technique des réseaux d’irrigation, et de s’assurer que les plus pauvres ne sont pas exclus de cette gestion.
Pour cela, un travail est mené depuis octobre 2005 sur quatre réseaux de canaux : les canaux de Zargar et Nahr-e-Said dans la province de Takhar, et ceux de Jangharoq et de Qelagai dans la province de Baghlan.
Ce projet se découpe de la façon suivante
- Une première année de recherche (connaissance physique des réseaux, organisation sociale de la gestion de l’eau à l’échelle des communautés, historique et situation actuelle des systèmes agraires en vigueur, etc.) ;
- Une deuxième année de mobilisation sociale (création de groupes d’usagers de l’eau, puis formalisation de ces groupes de façon à intégrer les usagers dans le nouveau schéma d’organisation nationale de la gestion de l’eau par bassin versant) ;
- Ce processus de mobilisation sociale se finalisera durant la troisième année. En parallèle, les résultats du projet et la méthodologie seront transmis aux institutions afghanes en charge de la gestion de l’eau, via des interactions renforcées entre les communautés d’usagers, l’équipe projet et les fonctionnaires des services concernés.
Durant la première année, le Groupe URD a mené une recherche sur les jeux de pouvoir, les difficultés techniques et les systèmes agraires, pour identifier la meilleure façon d’accompagner, dans une phase post-conflit, la mobilisation de groupes d’usagers, de manière à éviter de retomber dans les travers des conflits et à permettre une gestion durable et sociale de l’eau.
Ce travail initial a permis d’approfondir les connaissances quant au tracé cartographique des réseaux d’irrigation, à l’état de ces réseaux et aux ouvrages hydrauliques qu’ils supportent, avec les points critiques et difficultés techniques affrontées. Cela a également permis de mieux appréhender l’organisation sociale passée et présente liée à l’utilisation de ces réseaux d’irrigation, les enjeux de pouvoir qui y sont liés et le rôle des ‘mirabs’, sorte d’intendants de l’eau au rôle incontournable. La recherche s’est aussi concentrée sur l’historique agricole de la région, ainsi que les dynamiques socio-économiques et agricoles à l’œuvre, et leur relation à la ressource hydrique.
La deuxième année du projet porte principalement sur la mobilisation des communautés d’usagers de l’eau pour arriver à une organisation plus efficace et plus formelle.
Ce travail vise à l’élaboration et la formalisation progressive de règles communes de gestion de l’eau sur trois canaux. Il s’agit principalement de jouer un rôle de médiateur pour catalyser, faciliter et formaliser des modes opératoires définis par les communautés.
Après une étape d’identification par les irrigants des principaux problèmes actuels, des besoins des communautés ainsi que des acteurs à impliquer pour apporter des réponses, une seconde étape a été initiée. Il s’agit d’aborder des problèmes plus complexes tels que l’élection des mirabs et les modes de résolution des conflits entre usagers. En parallèle, la troisième étape du processus se prépare, à savoir la mobilisation sociale qui consiste à faire le lien entre les groupes d’usagers et les services administratifs de l’Agriculture et de l’Irrigation sur des questions qui réclament une organisation à ces deux niveaux.
Le Groupe URD sera chargé de la transformation des résultats de la recherche de la première année en orientations méthodologiques pour la mobilisation sociale. Il s’agira également de capitaliser et de communiquer, notamment avec le gouvernement central, sur les avancées de l’organisation des usagers et des besoins de régulation, pour participer activement à la construction du cadre juridique et régulateur, local et national.
En parallèle, l’équipe d’AKF, spécialisée dans la NRM (Natural Ressources Management, qui correspond plus ou moins au développement technique agricole), met en place des essais et des expérimentations à la parcelle, pour vulgariser par l’exemple des cultures permettant de diversifier – à la demande – les productions actuelles ou de trouver d’autres itinéraires techniques (sur le riz par exemple).
En cours de projet, à la demande du programme de réhabilitation qui chapeaute le PMIS, l’un des canaux initialement prévu a été changé, au profit d’un canal plus grand, plus difficile à traiter au niveau de la mobilisation et sur lequel les travaux de réhabilitation sont importants.
L’année 2007 fût également l’occasion d’approfondir la recherche en matière d’urbanisation des plaines irriguées, afin de davantage prendre en compte la diversité croissante des usages de la ressource dans ce contexte. Mieux comprendre cette urbanisation qui est susceptible d’avoir à moyen terme un impact sur la gestion de l’eau s’est révélé capital dans l’avancée des recherches.
Un autre volet de recherche complémentaire a également été mené durant cette même année en collaboration avec deux équipes d’AKF, l’équipe "gender" et l’équipe NSP. Il vise à mieux connaître les conditions d’accès à l’eau, les usages et les besoins, mais aussi les pratiques de gestion de l’eau par les femmes. Par ailleurs, l’étude se concentre sur les impacts des pratiques de gestion du canal par les hommes sur les activités des femmes et les améliorations que l’on peut ainsi apporter à la gestion à l’échelle du canal.
La mise en œuvre d’un projet de développement par la recherche initiale, la capitalisation puis la traduction des résultats de ces études en orientations méthodologiques est un gage de qualité, et, plus globalement, un enjeu important quant à la capitalisation sur l’articulation entre la recherche et la mise en œuvre de projets.
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